Pourquoi Emmanuel Macron adore les rencontres avec les étudiants à l'étranger

PRESIDENT Lors de ses déplacements à l’étranger, Emmanuel Macron participe régulièrement à des séances de questions-réponses avec des étudiants…

Laure Cometti

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Emmanuel Macron avec des étudiants indiens, à New Delhi, le 10 mars 2018.
Emmanuel Macron avec des étudiants indiens, à New Delhi, le 10 mars 2018. — Jacques Witt/SIPA
  • En visite d’Etat aux Etats-Unis, Emmanuel Macron va répondre aux questions d’étudiants d’une prestigieuse université de Washington ce mercredi.
  • Ce n’est pas la première fois que le président français s’adonne à cet exercice de com' inspiré d’Obama et de Clinton.
  • Ces échanges avec des jeunes permettent au chef de l’Etat de s’émanciper un peu du protocole en affichant l’image d’un président « cash ».

Comme une parenthèse dans sa visite d’Etat outre-Atlantique. Emmanuel Macron se rendra ce mercredi à la prestigieuse université George Washington dans la capitale des Etats-Unis pour participer à un Town hall meeting avec des étudiants, dès 21h (heure de Paris), comprendre une séance de questions-réponses introduite par un bref discours du président français. Dans le programme ultra-protocolaire de ce déplacement qui confine le chef de l’Etat à des allers-retours entre la Maison Blanche et le Congrès, cette apparition publique détonne un peu.

Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron s’octroie un temps d’échange avec des étudiants au cours d’un déplacement à l’étranger. Fin novembre dernier, c’est à l’université de Ouagadougou au Burkina Faso qu’il avait choisi de prononcer son discours fleuve adressé à «la jeunesse africaine», avant de répondre, non sans remous, aux questions des étudiants invités. Puis c’est en bras de chemise, et en anglais, qu’il avait échangé début mars avec des étudiants à New Delhi, profitant de sa visite d’Etat pour se livrer à une véritable masterclass sur son parcours personnel et politique.

Parce que Barack Obama

Ce mercredi, environ 1.200 étudiants américains et internationaux pourront interroger le président français pendant plus d’une heure. Selon l’université, les places ont été attribuées via une loterie et la rencontre sera filmée et diffusée en direct. « Les questions ne sont pas présélectionnées, tout est unscripted (non scénarisé) », assure Reuben Brigety, doyen de la Elliott School of International affairs au sein de l’université, « ravi » de recevoir Emmanuel Macron. « Son désir est d’échanger librement avec les étudiants, avec un maximum d’interaction », rapporte-t-il.

Ce type de rencontre s’inspire de Barack Obama, souligne Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Bourgogne Franche-Comté. « Obama s'adressait à des étudiants en marge de ses déplacements présidentiels, lors de séances de questions-réponses, c’était une façon de montrer son anticonformisme en assouplissant les codes, en s’affranchissant du protocole ».

En bras de chemise, détendu, le président des Etats-Unis Barack Obama s'était offert une cure de jouvence au Young Southeast Asian Leaders Initiative (YSEALI) à l'université de Kuala Lumpur, en Malaisie, le 20 novembre 2015.
En bras de chemise, détendu, le président des Etats-Unis Barack Obama s'était offert une cure de jouvence au Young Southeast Asian Leaders Initiative (YSEALI) à l'université de Kuala Lumpur, en Malaisie, le 20 novembre 2015. - AP Photo/Susan Walsh

Barack Obama avait quant à lui puisé l’inspiration auprès d’un précédent président américain démocrate, Bill Clinton. Pendant la campagne présidentielle de 1992, il avait accepté une séance de questions-réponses de 90 minutes avec des jeunes de tout le pays, filmée et diffusée sur la chaîne musicale MTV, et avait remis le couvert en 1994.

Pour se la jouer cash (même si tout est sous contrôle)

S’il a vanté pendant sa campagne la figure du président «jupitérien», Emmanuel Macron veut désormais jouer la carte de la proximité. « Cette distance lui a été reprochée au début du quinquennat, d’où la multiplication des rendez-vous télévisés et des rencontres avec des électeurs qui permettent de donner l’impression qu’on peut lui poser toutes les questions », note Alexandre Eyries.

S’adresser aux étudiants fait partie de « la stratégie de communication de reconquête tous azimuts de l’opinion publique du président », abonde le professeur de communication politique Philippe Maarek. Par ailleurs, le choix des questions-réponses avec un public « accrédite la thèse de la démocratie directe, sans intermédiaires, et donne une impression de proximité avec le peuple, d’accessibilité et de disponibilité, même si tout cela est très contrôlé », poursuit Alexandre Eyries.

Pour aller au contact des jeunes (mais pas en France)

Cette prédilection macronienne pour les rencontres avec des étudiants est mûrement calculée. Pour Alexandre Eyries, elles lui permettent de « cultiver son image de président jeune, qui se soucie plus que ses prédécesseurs des jeunes ». Une opération séduction auprès de cette catégorie d’électeurs qui boude bien des scrutins.

En s’y adonnant à l’étranger, et non dans l’Hexagone (seul le discours de la Sorbonne sur l’Europe s’était achevé par des questions d’étudiants français et étrangers), Emmanuel Macron limite la casse. « Il s’agit de montrer qu’il va au contact, en particulier des étudiants. Mais rencontrer des étudiants étrangers, c’est une solution de prudence alors qu’en France certains jeunes contestent ParcourSup et occupent des universités. On évite habilement la prise de risque tout en indiquant qu’on parle aux étudiants », observe Philippe Maarek.

A New Delhi, le président n’avait pas été bousculé par les étudiants, issus des classes aisées, dont les questions assez lisses portaient sur la carrière du fondateur d’En marche !. Si les questions des étudiants burkinabè étaient plus incisives, elles portaient principalement sur la politique africaine de la France. Devant les étudiants américains de Washington, Emmanuel Macron échappera-t-il à des interrogations sur ses réformes ou les grèves en France ?

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