Minoritaire, la gauche chipe la présidence de la communauté urbaine

POLITIQUE Muselier avait préparé son discours, il a dû le remballer...

Frédéric Legrand

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Eugène Caselli, président de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, a été élu jeudi à la surprise générale président de la communauté urbaine de Marseille qui regroupe 18 communes, succédant à l'UMP Jean-Claude Gaudin qui ne se représentait pas.
Eugène Caselli, président de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, a été élu jeudi à la surprise générale président de la communauté urbaine de Marseille qui regroupe 18 communes, succédant à l'UMP Jean-Claude Gaudin qui ne se représentait pas. — Michel Gangne AFP

Essai marqué, transformation ratée. Déjouant tous les pronostics, la gauche a réussi à ravir ce jeudi la présidence de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) pour se retrouver, aussitôt après, mise en minorité sur le premier dossier soumis au vote de l’assemblée.

En début de séance, tout semblait pourtant joué d’avance. Bénéficiant d’une majorité de 89 élus ralliés à l’UMP sur les 157 de MPM, Renaud Muselier, ancien premier adjoint au maire de Marseille, avait déjà rédigé son discours de remerciements. La gauche présente contre lui Eugène Caselli, premier secrétaire du PS 13 et fidèle de Jean-Noël Guérini.

Silence de mort

Le vote démarre, à bulletins secrets. Dès le début du dépouillement, Caselli est en tête, de deux à trois voix. Un silence de mort s’installe peu à peu dans l’hémicycle. Au bout d’une demi-heure, le verdict tombe: Caselli l’emporte avec 79 voix contre 77 pour Muselier, et une abstention. Tassé dans son siège, Jean-Claude Gaudin semble assommé. Bruno Gilles éructe: «Il faut recompter!». Le second décompte confirme. La gauche applaudit debout. La droite, incrédule, est tétanisée.

S’installant dans le siège de président, Eugène Caselli suspend la séance «pour trois quarts d’heure». La pause durera en réalité près d’une heure et demie. Quand les débats reprennent, toute la droite est là, sauf Jean-Claude Gaudin et Renaud Muselier. Au bout d’un quart d’heure, les deux élus font leur entrée, esquivant une forêt de caméra. Muselier demande la parole: «Cette élection est une trahison, par certains élus communautaires, du vote des municipales. Il faut savoir comment va être composée la majorité».

Et ça tombe bien: il faut voter des délibérations techniques, qui attribuent les compétences du bureau et du président de MPM. Dès le premier dossier, toute la droite se lève: 89 voix contre. Les élus UMP se déchaînent: «Elle est où la majorité?» «Et c’est que le début!», «Démission!» «On leur avait pas dit qu’il fallait trahir à chaque vote?». Eugène Caselli suspend la séance. La salle se vide. Sous le pupitre de Renaud Muselier, le discours de remerciements gît par terre, déchiré en deux.

Consensus Pour pouvoir gérer la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM), la gauche va devoir consolider une majorité dont elle ne dispose pas pour l’instant, avec seulement 65 élus sur 157. Eugène Caselli l’a annoncé dès son élection: «Le consensus est nécessaire sur les objectifs et sur les moyens. Je compte m’appuyer sur les maires, et avant tout celui de Marseille.» Le PS, qui gère désormais la région, le département et la communauté urbaine, souligne les synergies et les aides possibles entre collectivités locales, au profit des communes de MPM. Pas sûr que le consensus soit cependant facile à atteindre: la situation financière de MPM, très tendue, va nécessiter des sacrifices, et l’UMP est vent debout contre certains projets-phares du PS. Celui-ci a annoncé durant les municipales vouloir arrêter l’incinérateur de déchets et supprimer le «fini-parti» dans la collecte des ordures.