Loi asile et immigration: Les conseils des ex-frondeurs PS aux députés «rebelles» LREM pour résister aux pressions

POLITIQUE Deux anciens frondeurs PS livrent leurs conseils aux députés LREM qui bataillent contre le projet de loi asile et immigration qui doit être adopté ce week-end en première lecture à l’Assemblée nationale…

Thibaut Le Gal

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Sonia Krimi, députée de la République en marche.
Sonia Krimi, députée de la République en marche. — Patrick KOVARIK / AFP
  • Le projet de loi asile et immigration de secoue pour la première fois les rangs de la majorité. Les députés LREM ont déposé  200 amendements et certains marcheurs ont annoncé qu’ils s’abstiendraient ou qu’ils voteraient contre le texte controversé .
  • Deux anciens frondeurs PS, Laurent Baumel et Alexis Bachelay donnent leurs conseils aux parlementaires « indisciplinés », alors que le texte doit être adopté en première lecture à l'Assemblée nationale ce week-end.

Le début d’une fronde dans la majorité ? Le projet de loi asile et immigration secoue pour la première fois les rangs de La République en marche. Les députés LREM ont déjà déposé 200 amendements, un record.

Si les responsables du parti rejettent tout parallèle avec les frondeurs socialistes du précédent quinquennat, certains marcheurs ont pourtant annoncé qu’ils s’abstiendraient ou qu’ils voteraient contre le texte controversé de Gérard Collomb. Deux anciens frondeurs PS donnent leurs conseils aux parlementaires « indisciplinés », alors que le texte doit être adopté en première lecture à l’Assemblée nationale ce week-end.

Résister à la pression

Richard Ferrand a déjà prévenu : « On ne fait jamais d’omelettes sans casser des œufs, et s’il faut casser des œufs, je le ferai ! », a lâché le patron du groupe LREM, lors d’une réunion du groupe, menaçant les rebelles d’exclusion. L’ancien chef de file des frondeurs socialistes, Laurent Baumel, se souvient de pressions similaires : « Il y avait une montée de la tension, qui s’exacerbait le matin du vote. A neuf heures, on avait une réunion pour déterminer notre position, on comptait alors les députés prêts à déboîter. Ça déclenchait toute une contre-offensive menée par Matignon, le groupe PS, quelques ministres, voire l’Elysée ». Il précise :

« Pour tenter de réduire le nombre de frondeurs, il pouvait y avoir une pression morale par téléphone, un "je te chope dans le couloir après le déjeuner". Il y avait les "bad cops", comme Jean-Marie Le Guen, qui disait "tu vas avoir de gros problèmes". Et les "good cops", dans un autre genre : "t’as besoin de quoi pour ta circonscription ?" »

Alexis Bachelay, proche de Benoît Hamon, abonde : « Etre contre son groupe, c’est une position désagréable. On entre dans une sorte de schizophrénie. On se dit qu’on appartient bien à la majorité, mais il y a une forme de déchirement… Ça crée des tensions avec les collègues, qui nous regardent de travers. Le président de groupe n’était pas apprécié et n’a jamais ramené personne à la maison… On n’est pas dans un climat de confiance, de sérénité. Je n’ai jamais voté contre avec légèreté ou gaieté de cœur ».

Se coordonner

« Chez nous, il y avait deux types de frondeurs, les occasionnels et les historiques. Le pic de défiance a été atteint sur deux textes, la loi Macron et la déchéance de nationalité, lorsque tous les frondeurs se sont mis en mouvement en même temps, se souvient Alexis Bachelay, ancien député des Hauts-de-Seine. On est entré dans une mécanique, on était dans le groupe PS mais on avait notre propre agenda. On a rapidement pris le droit de déposer des amendements contre le gouvernement quand la fronde s’est durcie. On en déposait aussi avec d’autres groupes, les Verts, le PCF. La motion de censure de gauche [déposée pendant la loi Travail] était commune avec la bande à Duflot et la bande à Chassaigne [patron du groupe communiste] ».

Voter en libre conscience

A plusieurs reprises, Richard Ferrand a appelé à la discipline de vote. « En réalité, un bon frondeur est quelqu’un qui aspire à être un vrai parlementaire. Tous les députés devraient être potentiellement des frondeurs. Quand ils ne sont pas d’accord, que le projet n’est pas dans le programme initial, ou que l’équilibre s’est déplacé, les marcheurs devraient pouvoir exprimer leur opinion. Sinon, ce sont des députés godillots », juge Laurent Baumel. « Nous, on avait 20 ou 30 ans d’expérience politique derrière nous. L’expérience des médias, du débat interne, de la pression. Les marcheurs sont en quelque sorte franchisés à Macron, ils ont dès le départ signé pour la fermer, en gros », tranche l’ex-député d’Indre-et-Loire.

« Je dis à ceux qui hésitent qu’ils ont raison de faire primer leur conscience personnelle sur leur discipline de groupe. Je crains que cela reste marginal car le ciment d’En Marche reste l’allégeance à Macron. C’est plus difficile quand on n’est pas aguerri, mais leur force, c’est qu’ils ne viennent pas du monde politique. S’ils ne sont pas réinvestis, ils pourront retourner travailler. Ils peuvent avoir cette liberté de ne pas vouloir faire de carrière politique », confie Alexis Bachelay.

Le décompte des frondeurs se fera au moment du vote, prévu samedi, voire dimanche.