Emmanuel Macron milite pour une «souveraineté européenne réinventée» (mais c'est vraiment pas gagné)

POLITIQUE Le président français s'est exprimé devant le Parlement européen à Strasbourg...

T.L.G.

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Emmanuel Macron au Parlement européen
Emmanuel Macron au Parlement européen — Jacques Witt /SIPA/SIPA
  • Emmanuel Macron a livré un plaidoyer pour la défense de la démocratie en Europe.
  • Le président français a appelé à une « souveraineté réinventée ».
  • Sa mise en œuvre s’annonce assez compliquée.

« Je ne veux pas appartenir à une génération de somnambules ». Emmanuel Macron s’exprimait ce mardi matin devant le Parlement européen à Strasbourg. Le chef de l’Etat a mis en garde contre « les tentations autoritaires » en Europe, et appelé à « défendre fermement » une «souveraineté européenne réinventée».

J’ai la conviction que si nous décidons d’abandonner notre attachement à la démocratie, nous ferons fausse route. Nous devons construire une nouvelle souveraineté européenne, donner la réponse ferme à nos concitoyens que nous pouvons les protéger et que nous pouvons apporter une réponse à ces désordres du monde ».

Les cinq piliers (sécurité, croissance, protection commerciale, développement durable, numérique) de cette souveraineté européenne figuraient déjà dans le volet européen de son programme.

« L’idée d’Emmanuel Macron n’est pas de porter un projet d’intégration fédéraliste mais de renforcer la coopération entre les pays européens sur ces sujets qui touchent à la souveraineté des Etats », avance Thierry Chopin, directeur des études à la Fondation Robert-Schumann, think tank favorable à la construction européenne. « Le président a la conviction que les enjeux actuels ne peuvent pas être traités au seul niveau national car les défis qui touchent les les Européens dépassent les frontières nationales : le terrorisme, les régulations des flux migratoires, la défense des intérêts commerciaux, la lutte contre la fraude fiscale, etc. »

« La souveraineté européenne n’existe pas »

Le discours du président français a été applaudi par une partie du Parlement et critiqué par d'autres eurodéputés. « Evoquer la souveraineté européenne est une manière fallacieuse de saper la souveraineté nationale, la seule qui vaille en démocratie […] Vous êtes condamnés à promettre de réformer l’Union européenne et vous décevez déjà, car elle est irréformable. Vous avez déjà échoué sur le glyphosate et le travail détaché », a ainsi taclé l’ancien frontiste Florian Philippot.

« La souveraineté européenne n’existe pas. J’ai la triste impression qu’Emmanuel Macron veut substituer la souveraineté nationale à une oligarchie européenne non élue comme la Commission », note Manuel Bompard, chef d’orchestre de La France insoumise. « Bien sûr, certains éléments doivent être traités à l’échelle européenne, mais c’est impossible dans le cadre des traités actuels, qui sont guidés par la concurrence libre et non faussée. Jusqu’ici, les grandes déclarations du président se heurtent à la réalité de la construction européenne ».

« Sur certains sujets, Emmanuel Macron a du mal à avancer »

Le chef de l’Etat a reçu quelques freins à ses ambitions de réforme, sur les listes transnationales pour les Européennes ou la création d’un budget propre à la zone euro notamment. Les récents succès électoraux des partis critiques de l’UE ne devraient pas davantage lui faciliter la tâche.

« Sur certains sujets, Emmanuel Macron a du mal à avancer. Certains pays (Allemagne, Pays-Bas, Finlande…) sont réticents à l’idée d’un budget commun de la zone Euro. Pour eux, il s’agit d’un mécanisme de transfert financier du nord vers le sud. La crise de la zone Euro a montré que l’économie est redevenue un champ de tensions politiques, et qu’il sera difficile de faire avancer l’Europe par ce biais », assure Thierry Chopin. « Mais sur la fiscalité, on a avancé. Dans un contexte où les défis lancés par l’optimisation et la fraude fiscales interpellent les citoyens, il y a une prise de conscience importante des États membres de l’UE qu’il faut agir au niveau européen ».

Ces propositions seront au sujet de la rencontre entre Emmanuel Macron et Angela Merkel prévue jeudi à Berlin.