SNCF, fonctionnaires, pouvoir d’achat… Mais que va dire Emmanuel Macron pendant son interview au JT de Pernaut?

GRAND ORAL Le chef de l’État sera interviewé ce jeudi à 13h lors du JT de Jean-Pierre Pernaut sur TF1...

C.P, avec N.R (avec AFP)

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Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à l'Elysée le 10 avril 2018.
Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à l'Elysée le 10 avril 2018. — Abd Rabbo Ammar-POOL/SIPA
  • Le président de la République donne une grande interview ce jeudi. 
  • Alors que les grèves et les mobilisations contre sa politique se multiplient, la parole du chef de l'Etat sera scrutée à la loupe. 
  • Emmanuel Macron a souvent répété qu'il « ferait » ce qu'il a annoncé. 

Grand oral ou simple coup de com’? Resté discret jusqu’à présent face aux contestations sociales, Emmanuel Macron lance ce jeudi son offensive médiatique : avant son interview dimanche soir pour BFMTV/RMC et Mediapart, le chef de l’Etat sera l’invité ce jeudi du JT de 13h de Jean-Pierre Pernaut sur TF1.

Sur la forme, la chaîne annonce une heure d’entretien entrecoupée de reportages en direct depuis l’école d’un petit village normand, Berd’huis (Orne). La cible est claire : les retraités et les ruraux, publics fétiches du JT de Pernaut… et particulièrement courtisés par la droite et l’extrême droite ces derniers temps. Hasard de la géographie électorale ? Au premier tour de l’élection présidentielle, la candidate du FN Marine Le Pen était arrivée en tête à Berd’huis.

Sur le fond, que peut-on attendre de l’interview ? TF1 a d'ores et déjà annoncé le programme :  réduction à 80 km/h de la vitesse sur les routes, fermetures de classes en milieu rural ou hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) pour les retraités devraient être abordés. Et sur les conflits sociaux du moment ? Depuis plusieurs semaines, Edouard Philippe et ses ministres martèlent un discours alternant «  fermeté » et «  pédagogie » sur les réformes contestées. Emmanuel Macron déviera-t-il de cette posture intransigeante pour jouer la carte de l’apaisement ? 20 Minutes livres ses pronostics sur les dossiers sensibles qui devraient être abordés ce jeudi.

Grève à la SNCF > La fermeté avant tout

Edouard Philippe l’a encore répété ce mardi pendant une réunion à huis-clos avec les députés LREM : « Il se joue quelque chose de plus large que la réforme ferroviaire ». « Il faut toujours plus d’explications et toujours plus de pédagogie. En matière d’explication, nous n’en faisons jamais assez », a exhorté le Premier ministre, selon des propos rapportés par les députés présents. Emmanuel Macron ne devrait pas dire autre chose alors que le projet de réforme ferroviaire doit être voté à l’Assemblée nationale le 17 avril prochain. « Quand vous engagez des transformations très profondes, il y a toujours besoin d’explication, surtout quand vous faites face à des oppositions qui sont dans la caricature, le raccourci et dans la politique du tweet », a expliqué mercredi le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Emmanuel Macron le fera « avec beaucoup de calme et de détermination », a-t-il précisé.

Pourtant, la menace d’un durcissement de la grève est réelle. Comme l'a relevé Libération, les assemblées générales de cheminots de la gare du Nord (la plus grande gare d’Europe en termes de trafic) et de la gare Saint-Lazare à Paris ont décidé d’une grève reconductible chaque jour à partir de vendredi. Et le mouvement pourrait s’étendre.

Pour Roger Dillenseger, secrétaire général de l’Unsa-Ferroviaire, l’entretien télévisé d’Emmanuel Macron est l’occasion d’avoir « des avancées » pour « sortir positivement d’un conflit qui s’enlise », a-t-il expliqué ce mercredi, lors d’une conférence de presse.

Blocage des universités > La réforme, rien que la réforme

Les amphis sont toujours aussi surchauffés. A la veille de l’interview, trois universités étaient toujours complètement bloquées (Paul-Valéry à Montpellier, Jean-Jaurès à Toulouse, et Paris-8) tandis que dans plusieurs autres facs, la situation variait entre nouveaux blocages et occupations levées chaque jour. Les étudiants veulent faire reculer le gouvernement sur la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur, vue par beaucoup comme une sélection déguisée.

A en croire Benjamin Griveaux, Emmanuel Macron n’entend pas céder. « Le gouvernement entend poursuivre la réforme engagée pour permettre à chaque étudiant de réussir ». Par ailleurs, toujours selon Benjamin Griveaux, le chef de l’Etat a fustigé « des mobilisations violentes qui cherchent la convergence des luttes ».

 

Fonction publique > Une colère entendue ?

C’est ce qu’on appelle un coup de pression : sept syndicats de fonctionnaires appellent à une nouvelle journée de grève et de manifestations le 22 mai. Ce sera la troisième mobilisation depuis le début du quinquennat Macron. Les fonctionnaires dénoncent notamment la suppression de 120.000 postes sur la durée du quinquennat, et la future évolution du point d’indice (qui sert de base aux rémunérations). La hausse de la CSG - qui a été seulement compensée, sans donner lieu à un gain de pouvoir d’achat - n’a pas non plus été oubliée.

« Les organisations ne partagent pas (…) les objectifs poursuivis par le gouvernement consistant à réduire le périmètre de l’action publique avec la perspective d’abandon, voire de privatisation de missions publiques », écrivent les syndicats dans un communiqué. « Le gouvernement n’a pas suffisamment appréhendé le mouvement social du 22 mars donc, s’il n’a pas compris, on va recommencer », a lancé Christian Grolier de FO.

Emmanuel Macron va-t-il comprendre ? Pour Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop « S’il y a une catégorie qui se sent particulièrement mal aimée par l’action présidentielle, c'est bien la fonction publique. Mais vu le format de l’émission, présentée comme le moyen de faire un bilan de l’action présidentielle, je vois mal Emmanuel Macron se lancer dans un discours catégoriel ».

Evacuation de NDDL > Une pause ?

L'expulsion menée à Notre-Dame-des-Landes est en cours depuis lundi. Au vu de la confrontation parfois violente entre les gendarmes et les zadistes, deux députés LREM ont réclamé une « pause » dans l’évacuation. Une option aussitôt balayée par Edouard Philippe mercredi, devant l’Assemblée nationale : « Les opérations vont se poursuivre dans le même esprit, avec la même fermeté et avec la même mesure » a-t-il déclaré.

Emmanuel Macron ne devrait pas contredire la parole de son Premier ministre. « Par rapport aux couacs des quinquennats Hollande et Sarkozy, l’exécutif actuel joue à plein sur la cohérence, rappelle Frédéric Dabi. Et l’expulsion des occupants de la Zad, même si Emmanuel Macron a enterré le projet d'aéroport, est plutôt soutenue par l’opinion au nom de cette cohérence ».

La grogne des retraités > Je t’aime, moi non plus

Au deuxième tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron était arrivé largement en tête chez les électeurs de plus de 60 ans (plus de 70 % des voix). Depuis, la hausse de la CSG est passée par là pour 7,5 millions de seniors. L’exécutif n’est pas resté insensible à leur mécontentement. Fin mars, Edouard Philippe a fini par annoncer que 100.000 couples de retraités, qui se situaient juste au-dessus du seuil retenu, seraient exemptés de la mesure.

« C’est un enjeu extrêmement important pour Emmanuel Macron, abonde Frédéric Dabi. Si la hausse de la CSG a fait un peu reculer sa popularité chez les retraités, la catégorie la plus à surveiller est à mon sens celle des 50-64 ans. Ils voient arriver l’horizon de la retraite avec l’angoisse de toucher des pensions moins élevées que prévu ».

Attaques chimiques en Syrie > Une annonce en direct ?

Emmanuel Macron est dans une situation délicate après avoir répété à plusieurs reprises que la France interviendrait en Syrie si la ligne rouge - l’utilisation d’armes chimiques- était franchie. Or, le régime de Bachar El-Assad a très probablement utilisé ces armes lors d’une frappe qui a fait plusieurs morts samedi.

Au pied du mur, Emmanuel Macron a annoncé mardi qu’il allait prendre la décision d’une riposte « dans les prochains jours ». Jusqu’à l’annoncer en direct ce jeudi ? « La volonté d’intervention de François Hollande avait été mal perçue en 2013, rappelle Frédéric Dabi. Pour convaincre Emmanuel Macron devra montrer qu’il ne part pas seul au front et qu’il a le soutien d’autres pays [comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni] ».