Pourquoi le discours de Macron devant les catholiques fait polémique

RELIGION La prise de parole du président de la République a provoqué une avalanche de réactions indignées de personnalités de gauche..

T.L.G.

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Emmanuel Macron
Emmanuel Macron — ludovic MARIN / POOL / AFP
  • Emmanuel Macron a prononcé un long discours devant la Conférence des évêques lundi soir.
  • Des personnalités de gauche ont dénoncé une atteinte au principe de la laïcité.

« La République attend beaucoup de vous ». Emmanuel Macron a prononcé un long discours devant la Conférence des évêques lundi soir. Cette prise de parole a provoqué la colère de personnalités de gauche, dénonçant une atteinte au principe de la laïcité. Pourquoi cette adresse aux responsables catholiques français fait-elle polémique ?

« Contraire aux principes fondamentaux de la laïcité dont il devrait être le premier garant »

« Les religions chez elle, l’Etat chez lui », a fulminé Jean-Luc Mélenchon ce mardi. « Le président de la République a mis le doigt dans un engrenage dont il ne pourra pas sortir et dont le pays ne se sortirait pas ». Même constat pour Benoît Hamon, qui juge le discours du président « profondément contraire aux principes fondamentaux de la laïcité dont il devrait être le premier garant ».

Les détracteurs d’Emmanuel Macron lui reprochent une remise en cause de  la loi de 1905, dite de séparation des Églises et de l’État, citant notamment l’article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

Plusieurs passages de son élocution ont ainsi été pointés du doigt :

  • « Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer »
  • « Une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation » tandis « qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir ».
  • « Dans ce moment de grande fragilité sociale […] je considère de ma responsabilité de ne pas laisser s’éroder la confiance des catholiques à l’égard de la politique - et des politiques ».

« Emmanuel Macron a tenu un discours de rapprochement et de conciliation avec l’Eglise et les catholiques. Ce qui a été retenu, c’est cette idée de renouer le contact, qui est peut-être une maladresse car il n’a jamais vraiment été rompu. Il semble essayer de refermer les tensions nées lors du Mariage pour tous », analyse l’historien Jean Garrigues. « C’est une démarche politique qui consiste à se rapprocher de la communauté catholique, mais qui ne touche pas, en réalité, aux liens structurels entre l’Etat et l’Eglise ».

« Le président de la République s’adresse par définition à tous les Français », a indiqué le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux sur Europe 1, rappelant que le chef de l’Etat était « de la même manière intervenu » lors du récent dîner annuel du Crif ou, à l’automne, devant l’Église protestante.

« Ce que l’on peut se demander, effectivement, mais cela existe depuis trente ans, c’est de savoir si nos présidents ne vont pas vers une forme de communautarisation de la société, bien que l’on reste loin des modèles anglo-saxons », s’interroge Jean Garrigues.

« D’autres présidents sont allés plus loin dans leur proximité avec la religion »

Dans son discours, Emmanuel Macron a également mis en avant des convictions personnelles :

  • « Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. Et il ne me semble ni sain ni bon que le politique se soit ingénié avec autant de détermination soit à les instrumentaliser soit à les ignorer ».
  • « Je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain ».

Jean Garrigues n’y voit rien de nouveau. « D’autres présidents sont allés plus loin dans leur proximité avec la religion ou l’affichage même de leur foi. C’était par exemple le cas du général de Gaulle, qui avait installé une chapelle au sein de l’Elysée, même si cela restait dans le cadre privé », rappelle l’historien. « Souvenons aussi de Sarkozy à Latran en 2007, qui déclarait que "l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur", ce qui tendait de faire de l’Eglise la référence majeure de notre vivre ensemble. Peut-être qu’Emmanuel Macron prend ici ses distances avec la conception de ceux qu’on appelle les tenants d’une laïcité intransigeante, comme Manuel Valls ».

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a reconnu une nouveauté dans l’approche macronienne sur LCI : « Ce qu’il (Macron) dit : chez l’homme, il n’y a pas simplement une matérialité, il y a une quête d’absolu, de spiritualité, donner un sens à sa vie. C’est peut-être une tonalité nouvelle mais qui ne rompt en rien avec les grands principes de laïcité ».