Alsace: Comment avoir plus de femmes maires dans une région encore loin de la parité?

ELECTIONS L'écologiste Danielle Dambach va devenir maire de Schiltigheim ce dimanche, mais dans la région, plus qu'ailleurs encore, le pourcentage de femmes maires est toujours bien faible...

Bruno Poussard

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En Alsace, mieux vaut donc s'appeler Bernard que Bernadette pour devenir maire. Illustration
En Alsace, mieux vaut donc s'appeler Bernard que Bernadette pour devenir maire. Illustration — A. Gelebart / 20 Minutes.
  • Une enquête sur le profil sociologique d’édiles élus en 2014 en Alsace a mis en avant le très faible pourcentage de femmes maires dans la région.
  • Pourtant, les choses changent progressivement, comme le confient plusieurs femmes édiles à 20 Minutes mais il faudra encore «du temps».

Une de plus ! Après l’élection de sa liste au deuxième tour des municipales anticipées de Schiltigheim ce dimanche, l'écologiste Danielle Dambach va vraisemblablement devenir dans quelques jours la première femme élue maire de la troisième commune du Bas-Rhin. Dans une région, l’Alsace, où plus de neuf maires sur dix sont des hommes.

Un nombre (avec jusqu’ici 88 femmes maires sur 900) loin de la parité, bien sûr, et de la moyenne nationale de 16,1 % (5.877 sur 30.751). Selon une petite étude réalisée par un étudiant de Sciences Po Lille sur la sociologie des maires alsaciens, leur profil type est celui d’un homme de bientôt 63 ans, prénommé Bernard et retraité du privé.

Sur 900 maires, 88 femmes élues en 2014

Un constat que la sénatrice du Bas-Rhin Fabienne Keller, ancienne maire de Strasbourg de 2001 à 2008 - où elle a toutefois pris la suite d’une autre femme, Catherine Trautmann, élue de 1989 à 1997 et de 2000 à 2001 - a effectué par le passé, bien avant les prochaines élections municipales de 2020 :

« On le constate plus qu’on ne l’explique. Il y a peut-être décalage dans le temps en Alsace. Mais depuis l’époque où je suis devenue la première femme élue au Conseil général du Bas-Rhin (en 1992), les choses ont énormément progressé. On le voit dans les hémicycles. »

Après l’élection de Jean Rottner au conseil régional du Grand Est, Michèle Lutz est devenue la première femme maire de Mulhouse. Avec fierté. « Mais au XXIe siècle, on ne devrait plus se poser ces questions-là », coupe-t-elle. Mais comment accélérer la féminisation de la fonction ? L’édile espère pourquoi pas, « donner envie à d’autres » dans la société française. Et alsacienne.

« En pratique, il faudra plus ou moins de temps. »

A la mairie de Niedernai (Bas-Rhin) au gros millier d’habitants, Jeanne Schmitt est élue depuis 2008 après un mandat d’adjointe pour son entrée en politique. Ex-enseignante de lycée, l’intéressée prolonge : « Vis-à-vis des habitants, j’ai toujours été considérée avant tout comme une personne. » Sans ressentir de différence en tant que femme.

Ce qui n’est pas toujours le cas face à « certaines structures » ou dans « l’impact médiatique », ainsi que la maire de Niedernai l’aborde sobrement. Et de reprendre : « Après, sur les chantiers, je suis connue et respectée. » Pour tenter d’expliquer la difficile parité chez les édiles, Jeanne Schmitt évoque le reflet de la société, tandis que les conseils municipaux, eux, se rapprochent de la parité :

« Il faut que ça se fasse naturellement. Le changement ne passera pas par la force. En pratique, il faudra plus ou moins de temps. Et que les femmes aient le temps. Non pas qu’elles aient plus de responsabilités à la maison, mais quand elles ont encore des enfants par exemple, certaines femmes n’ont peut-être pas envie de prendre plus de leur temps. Parce qu’être maire, ce sont parfois des heures et des heures. Peut-être encore plus dans les petites communes. »

 

Plus de Bernard, moins d'agriculteurs parmi les maires alsaciens

Intéressé par la « représentativité des élus » et le « décalage avec la population », l’étudiant en sciences politiques à l'origine de cette étude réalisée sur plusieurs régions a notamment observé qu'en Alsace, les Bernard sont par ailleurs plus nombreux à être maires que les Michel, à l’inverse du reste du pays.

Tim Laurence a aussi remarqué que la moyenne d’âge des maires, le jour de leur élection, est de 58 ans et huit mois. Ou que le pourcentage d’agriculteurs parmi l’ensemble des maires d’Alsace, est plus de deux fois plus faible que dans toute la France, tandis que les retraités y sont, par contre, aussi bien représentés.