Permanents du PS licenciés: «On prend tout dans la gueule à la place des élus»

TEMOIGNAGE A l’occasion du congrès du PS organisé ce week-end à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) « 20 Minutes » a interrogé un permanent récemment licencié par le Parti socialiste…

Thibaut Le Gal

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Le poing et la rose, symboles du PS
Le poing et la rose, symboles du PS — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

« Du jour au lendemain, quand tout s’arrête, ça fait bizarre ». Thibaud Pikorki est l’une des victimes collatérales des déroutes électorales du Parti socialiste. A 30 ans, ce salarié du PS fait partie de la soixantaine de permanents licenciés par le parti. A l’heure où le mouvement du poing et la rose entend célébrer « sa renaissance » lors de son traditionnel Congrès, organisé ces samedi et dimanche à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le jeune homme, encarté au PS depuis l’âge de 17 ans, nous raconte ses cinq ans au sein de « sa fédé » d'Isère et sa déception à l’annonce du plan social.

« On porte les fédérations sur notre dos »

« Dans notre fédération, on était deux, avec un stagiaire et parfois du renfort pour les élections. Il faut comprendre que toute l’action d’une fédération tourne autour de nous. Tout ce qui concerne le PS retombe sur une seule personne. C’est un boulot prenant ».

Le job est multitâches. « On est les petites mains, on porte les fédérations sur notre dos. Au quotidien, nous gérons l’organisation des événements, les votes internes, la gestion financière, la communication de la fédé, la coordination des campagnes électorale… C’est parfois délicat car on est censé rester neutre, représenter toutes les motions. Notre mission principale est d’être l’assistant du premier fédéral, souvent des bénévoles ».

« C’est ça qui m’a le plus marqué. Etre en première ligne à la place des élus »

Le permanent travaille quotidiennement au siège de chaque fédération. En cas de crise, il est en première ligne. « On sert de tampon. Dans notre fédération, il y a plus de 2.000 militants. Quand il y a un problème, ils n’appellent pas Solfé mais leur fédé, ou viennent directement nous voir. Au milieu des conflits, il faut avoir le cuir solide. Au moment de la loi Travail [El Khomri], on a été exposés. Il y a eu des saccages, des envahissements soudains par des manifestants et même des tirs d’armes en mai 2016… Là, on se dit "putain, on prend tout dans la gueule à la place des élus". C’est ça qui m’a le plus marqué. Etre en première ligne à la place des élus ».

Autre difficulté évoquée par le militant, les défaites électorales : « Quand vous multipliez les soirées électorales et que vous perdez, on ressent une remise en cause du travail effectué. C’est dur de se prendre des baffes à chaque élection ». Thibaud garde malgré tout quelques bons souvenirs. « J’ai organisé la marche républicaine pour Charlie à Grenoble. Quand on met 110.000 personnes dans la rue et que tout se déroule bien, c’est un plaisir. La reconnaissance des militants aussi fait du bien. On tisse des liens humains ».

« J’ai inventé l’auto-licenciement, c’est humiliant… »

A l’annonce du plan social, le militant tombe de haut. « Du jour au lendemain quand tout s’arrête, ça fait bizarre. Mais on sait tous comment est financé le PS, alors je comprends cette décision. Au lendemain des législatives, j’ai tout de suite flippé. On a dû accepter une baisse des subventions, et quand ça représente un tiers ou la moitié du budget, on sait que le personnel sera le premier touché. La seule interrogation que j’ai, c’est la gestion financière de Solférino. Est-ce que d’autres choix auraient pu être possibles ? »

Comme l'a également raconté Eric Plumer, l’historique chef de sécurité du parti lui aussi licencié, Thibaud regrette surtout la manière dont a été géré le plan social. « Comme on reste des petites structures associatives, on fait un peu tout, donc la gestion RH nous incombe. J’ai donc inventé l’auto-licenciement, c’est original… Heureusement que je suis équilibré et que j’ai 30 ans, je peux rebondir. Mais ça n’a pas été classe, ils nous ont laissés nous démerder. On a eu zéro soutien au niveau national. Zéro aide juridique, et un sentiment d’isolement vis-à-vis de Paris. L’ancienne équipe dirigeante n’a pas bien géré ces licenciements. Heureusement qu’il y avait un cadre départemental. Mes employeurs ont été clean, à l’écoute, ils m’ont accompagné ».

Certains de ses collègues licenciés « ne veulent plus entendre parler du Parti socialiste », mais Thibaud a décidé de rester « par fidélité à son parti ». Il s’est d’ailleurs investi lors du Congrès en soutenant Stéphane Le Foll.​ « On ne pourra pas garder le même fonctionnement. Le parti s’est beaucoup appuyé sur nous, mais maintenant il faut trouver d’autres moyens, attendre plus des bénévoles ». En attendant, l’ancien permanent cherche un nouveau job.

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