Soupçons de financement libyen: Après la mise en examen de Nicolas Sarkozy, Les Républicains dans l'embarras

JUSTICE Les Républicains soutiennent quasi-unanimement leur ancien patron, mis en examen mercredi, mais un léger malaise est perceptible...

L.C.

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Laurent Waquiez et Nicolas Sarkozy au conseil national du parti Les Républicains à la Mutualité à Paris le 2 juillet 2016.
Laurent Waquiez et Nicolas Sarkozy au conseil national du parti Les Républicains à la Mutualité à Paris le 2 juillet 2016. — WITT/SIPA
  • Les Républicains affichent un soutien unanime à leur ancien patron.
  • Dans le détail, des nuances apparaissent entre les sarkozystes et les autres.
  • Les péripéties judiciaires de Nicolas Sarkozy parasitent le discours du parti d'opposition.

Un soutien unanime, ou presque. Si Les Républicains font bloc derrière Nicolas Sarkozy, mis en examen mercredi dans le dossier du soupçons de financement libyen de sa campagne en 2007, un léger embarras est perceptible au sein du parti, en pleine refondation… qui réclamait il y a peu de temps la démission des deux ministres visés par des plaintes.

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Différentes nuances de défense de Sarkozy

Les nuances dans les réactions LR à la mise en examen de l’ancien président ne sont pas étonnantes dans un parti où cohabitent différents courants. Les sarkozystes ont bien sûr été les plus rapides et les plus véhéments dans la défense de Nicolas Sarkozy. « C’est une histoire de calomnie et surtout de vengeance de la part des proches de l’ex-dictateur libyen, qui ont tout perdu avec l’intervention de la coalition internationale. On est tous persuadé qu’il sera complètement blanchi », affirme le député du Nord Sébastien Huyghe qui dénonce un « acharnement » contre l’ancien chef de l’Etat.

Le terme agace le député LR de la Manche Philippe Gosselin, cité par Europe 1 : « Arrêtons de parler de boîte noire, de cabinet secret, d’acharnement. Moi, j’ai confiance en la justice de mon pays ». « Je suis attachée au principe de séparation des pouvoirs et en tant que parlementaire je ne souhaite pas commenter le fond de l’affaire », répond sobrement Virginie Duby-Muller, députée de Haute-Savoie et secrétaire générale adjointe du parti et proche de Laurent Wauquiez.

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Le poids du sarkozysme au sein des Républicains

Le nouveau président a attendu mercredi soir pour commenter l’affaire, lors d’un dîner avec l’équipe dirigeante du parti, estimant que « mise en examen ne vaut pas culpabilité ». Mardi, il a dénoncé une garde à vue « humiliante et inutile » pour son prédécesseur. Mais « sur le fond du dossier, je fais confiance à la justice », a-t-il tweeté. Une réaction jugée timorée par certains Républicains, alors que les relations entre Laurent Wauquiez et Nicolas Sarkozy s'étaient tendues après que le premier a affirmé que l’ancien président avait mis ses ministres sur écoute.

« Il a dit l’essentiel, l’important c’est que notre famille politique soit à fond derrière lui », balaie Sébastien Huyghe. Tous ont intérêt à soutenir l’ancien président dont les fidèles sont encore nombreux au sein du parti, et qui jouit surtout d’une importante aura auprès des militants. « Nicolas Sarkozy a une autorité morale vis-à-vis de notre famille politique », reconnaît Virginie Duby-Muller. « Il reste un excellent président. Cette filiation, cet héritage n’est pas nié, malgré cette affaire ».

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Une affaire qui parasite le parti, en pleine reconstruction

Si les déboires judiciaires du parrain de la droite offrent aux Républicains l’occasion d’une union sacrée, ils parasitent le discours et l’action d’un parti qui se remet difficilement d’une campagne présidentielle très difficile qui a morcelé le parti. « Ça éclabousse toute la famille politique, c’est sûr qu’on s’en passerait. C’est pesant, car cela nous empêche de parler des sujets de fond, comme la grève de ce jeudi, le pouvoir d’achat… », énumère Virginie Duby-Muller.

Ruralité, retraites, droit d’amendement des parlementaires… La stratégie des Républicains est de multiplier les angles d’attaque à l’égard d’Emmanuel Macron et du gouvernement. Mais depuis 48 heures, l’affaire Sarkozy occupe tout l’espace médiatique.

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« La vie politique n’est jamais un long fleuve tranquille », relativise Sébastien Huyghe, qui attend beaucoup du passage de Nicolas Sarkozy au journal télévisé de TF1 ce jeudi soir. « Il va pouvoir se défendre ».