Législative partielle en Haute-Garonne: Et si cette écrasante victoire annonçait le renouveau du PS?

ELECTION Le socialiste Joël Aviragnet a largement battu le candidat LREM dimanche dans la huitième circonscription de la Haute-Garonne. L’amorce d’un renouveau pour un Parti socialiste très affaibli ?

Nicolas Stival

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L'ancien siège du Parti socialiste, rue de Solférino.
L'ancien siège du Parti socialiste, rue de Solférino. — N. Messyasz / Sipa
  • Le nouvel élu défend un « socialisme de terrain, des territoires ».
  • Il reste à savoir si le PS peut exporter avec succès cette méthode sur des terres qui lui sont moins favorables sur le plan électoral.

Depuis le printemps 2017 et son effondrement lors des élections présidentielles puis législatives, le Parti socialiste trouve rarement une bonne raison de se réjouir. Aussi, il n’a pas boudé l’écrasante victoire de Joël Aviragnet dimanche, au second tour de la législative partielle dans la huitième circonscription de la Haute-Garonne, aux dépens du candidat En Marche !, Michel Montsarrat, avec 70,31 % des voix.

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Le représentant d’Emmanuel Macron et de la majorité présidentielle avait obtenu l’invalidation par le Conseil constitutionnel de l’élection du seul député socialiste du département rescapé du naufrage, en juin 2017. Finalement, il a été battu de près de 10.000 voix dimanche, contre 91 suffrages d’écart neuf mois plus tôt.

« Ce qui a été extrêmement important, c’est tout le travail de terrain fait pendant la campagne, avec des tractages à domicile, sur les marchés, le matin dans les gares, explique Joël Aviragnet (61 ans), joint par 20 Minutes. S’il y a vraiment une chose à retenir, c’est que les gens, notamment à la campagne, ont besoin d’être écoutés. »

Un « socialisme de terrain, des territoires »

Selon l’élu, c’est avec cette méthode, « ce socialisme de terrain, des territoires, pas uniquement sur des bases technocratiques et purement financières », que le PS peut renaître de ses cendres. Malgré la concurrence des Insoumis, sur sa gauche, ou encore de Génération. s, le mouvement de Benoît Hamon. « Olivier Faure dit aussi qu’il faut repartir de la base », ajoute le maire du village d’Encausse-les-Thermes (700 habitants), qui a soutenu le prochain premier secrétaire du parti lors de la campagne interne.

Lundi matin sur RMC et BFMTV, ce dernier a réagi sans s’enflammer à l’élection haut-garonnaise. « C’est un signe, mais il faut le prendre pour ce qu’il est », a-t-il affirmé, saluant « la reconnaissance d’un député » symbole d’« une gauche mobilisée, que l’on comprend, incarnée, qui fait encore envie ». Mais c’est loin d’être le cas partout.

On a un parti, celui de la rue de Solférino, qui a été disqualifié semaine après semaine, qu’on a du mal à comprendre. Donc il y a des circonscriptions où on fait 2 %, d’autres 70 %. Il n’y a pas de règle absolue et cela prouve l’effort que nous devons produire pour retrouver la confiance des Français. »

En d’autres termes : pour retrouver son lustre d’il n’y a pas si longtemps, le PS a encore beaucoup de boulot à abattre. Dans des terres de mission très éloignées politiquement du Comminges et du Savès, secteurs essentiellement ruraux qui forment la huitième circonscription de la Haute-Garonne, laquelle n’a connu que des député(e) s socialistes.

Gérard Grunberg partage cette analyse. « Je vois dans cette élection davantage la relative faiblesse de La République en marche que la force des socialistes, explique le politologue, spécialiste de la gauche. On l’a d’ailleurs vu dans d’autres circonscriptions. »

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« On l’a déjà constaté dans de précédentes élections partielles qui suivent une élection générale, avec le parti au pouvoir qui perd ces scrutins, poursuit le directeur de recherche émérite au CNRS et au Centre d’études européennes de Sciences Po. Cela veut dire que LREM n’est pas encore bien affirmé, que c’est un grand parti, mais pas le grand parti. »

Et le PS dans tout ça ? « Cette victoire est un événement qui redonne un peu d’espoir, notamment aux militants, même si cela reste ténu. »

Joël Aviragnet et ses soutiens ont donc gagné en labourant le terrain, certes favorable, en y recueillant les inquiétudes des habitants au sujet des retraites agricoles, de la défaillance des services publics, ou encore du pouvoir d’achat, autant de domaines qui grignotent la popularité de l’exécutif.

« Depuis 2012, avec Carole Delga, on défend un socialisme de pratiques politiques renouvelées, reprend l’élu, ancien suppléant de l’actuelle présidente de la région Occitanie. On travaille avec tous les acteurs du territoire. Olivier Faure s’inscrit aussi dans cette démarche. »

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Le nouvel homme fort du PS affirme aussi une démarche d’opposition de plus en plus marquée à la politique d’Emmanuel Macron puisqu’il a annoncé ce lundi qu’il participerait à la manifestation de jeudi contre la réforme de la SNCF et du service public. Pour rappel, le 4 juillet dernier, Joël Aviragnet avait été l'un des cinq députés socialistes, sur 31, à voter contre la confiance au gouvernement d’Edouard Philippe…

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