«Fronde des retraités»: Attention danger pour Emmanuel Macron

POLITIQUE L’exécutif reste attentif à ne pas décevoir les seniors qui ont voté pour Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017…

Anne-Laëtitia Béraud

— 

Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse à Varanasi, le 13 mars 2018.
Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse à Varanasi, le 13 mars 2018. — Rajesh Kumar Singh/AP/SIPA
  • Les retraités manifestent ce jeudi, réclamant des mesures en faveur du pouvoir d’achat pour compenser la hausse de la CSG entrée en vigueur le 1er janvier.
  • Si leur niveau de vie est pour l’instant supérieur à celui des actifs, ce ne sera plus le cas dans quelques années.
  • L'exécutif vise à conserver cet électorat qui a largement voté pour Emmanuel Macron à la présidentielle 2017.

Les retraités manifestent ce jeudi pour défendre leur pouvoir d’achat. Comme en septembre puis fin janvier, ils descendent dans la rue pour dire non à la « baisse de leurs pensions ». Le motif de la grogne est la hausse, depuis le 1er janvier, de 1,7 % de la CSG pour les retraites supérieures à 1.200 euros brut par mois, une mesure destinée à compenser la suppression des cotisations chômage et maladie du privé. Mais d’autres mécontentements s’ajoutent à cette réforme, comme la hausse du prix du diesel ou le sentiment qu ’Emmanuel Macron est un « président des villes ». Déplaire aux retraités pourrait coûter cher à l’exécutif…

>> A lire aussi: Pourquoi les retraités et les personnels des Ehpad vont manifester ce jeudi

Les retraités représentent un électorat cher à Emmanuel Macron. Au premier tour de la présidentielle, le candidat réalisait 27 % chez les retraités, avant d’emporter 76 % de ces électeurs au second tour. « Cet électorat a bien voté pour Emmanuel Macron à la présidentielle, et encore plus en faveur les candidats d’En Marche pour les législatives qui ont suivi », remarque Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’OpinionWay.

Baisse significative de la popularité du président

Mais cet électorat acquis au président de la République a une opinion changeante. Si Emmanuel Macron obtient début mars trois points de plus chez les retraités (45 % de satisfaits) que dans la moyenne de la population (43 %), sa popularité baisse de manière significative parmi ces électeurs. « Chez les retraités, Emmanuel Macron perd 11 points entre la dernière semaine de janvier et le 9 février, contre 7 points perdus pour l’ensemble des Français », révèle Bruno Jeanbart. Une baisse que le sondeur explique par les premiers effets de la hausse de la CSG.

Avec ces électeurs, pas question de verser dans le clash. Surtout quand les retraités disposent d’un poids électoral plus important alors qu’ils représentent environ 25 % des électeurs inscrits : « Ils votent beaucoup plus que le reste de la population. Par exemple, la participation globale aux élections européennes de 2014 était de 42 %, mais 60 % des plus de 60 ans sont allés voter à cette élection », précise Bruno Jeanbart.

Argument de la solidarité entre générations

Face à des électeurs attentifs, mieux vaut avancer en douceur. La petite phrase du député LREM Eric Alauzet, qui a estimé le 4 mars dans Le Parisien que « les retraités d’aujourd’hui font partie d’une génération dorée », a ainsi provoqué quelques étranglements. L’exécutif s’attelle désormais à proposer un autre argument pour justifier sa réforme : la solidarité entre les générations.

>> A lire aussi: Une «génération dorée» qui doit «faire un effort»… Les retraités français sont-ils des nantis?

Mercredi, le porte-parole du gouvernement a ménagé les retraités, en appelant à leur « responsabilité ». « J’appelle chacun à un grand sens des responsabilités sur ce sujet. Ça ne veut pas dire que nous n’entendons pas les impatiences, et parfois la colère », a déclaré Benjamin Griveaux à la fin du conseil des ministres. En déplacement à Tours, Emmanuel Macron a demandé ce même jour « un petit effort pour aider à relancer l’économie et les actifs » face à des retraités mécontents.

Parole qui passe

Cet appel à la solidarité intergénérationnelle est bien vu, juge Johann Fourmond, directeur conseil au cabinet en stratégie de communication VaeSolis : « Emmanuel Macron utilise le registre de l’émotion en parlant de solidarité intergénérationnelle, et fait appel à la capacité de ces retraités à transcender leur colère car ils pourraient aider les actifs. Il décale par ailleurs la problématique en leur rappelant qu’ils seront gagnants de la baisse de la taxe d’habitation. Cette communication qui mêle pédagogie et contact direct me semble gagnante », estime le communicant.

>> A lire aussi: Hausse de la CSG: «L'effort» concernera les retraités «les plus aisés», assure Macron

Cette parole « jupitérienne » ne devrait pas s’attarder sur la grogne des retraités, ajoute Johann Fourmond. Selon le communicant, « Emmanuel Macron ne reviendra pas sur cet épisode pour ne pas laisser trop de place au mécontentement ». Et quand bien même les retraités sont déçus, la sentence pour le président ne serait pas immédiate. « Emmanuel Macron lance les réformes qui suscitent le plus d’opposition en début du quinquennat, et terminera sur des réformes consensuelles. Afin d’envisager au mieux la présidentielle de 2022… ». Ce qui fait dire au communicant : « A mon avis, cette grogne des retraités ne l’inquiète pas aujourd’hui ».