Front national: Les adhérents croient-ils au nouveau départ professé par Marine Le Pen?

POLITIQUE Le Front national a organisé samedi et dimanche à Lille un congrès de « refondation »…

Anne-Laëtitia Béraud
De gauche à droite, Steeve Briois, Bruno Bilde, Marine Le Pen, Nicolas Bay, membres du Front national, le 10 mars 2018 à Lille
De gauche à droite, Steeve Briois, Bruno Bilde, Marine Le Pen, Nicolas Bay, membres du Front national, le 10 mars 2018 à Lille — Alain ROBERT/SIPA
  • Ce dimanche à Lille, s’est tenu le congrès de refondation du Front national.
  • Marine Le Pen, présidente du parti, a proposé un nouveau nom pour sa formation politique : le Rassemblement national.
  • Après l’adoption des nouveaux statuts du FN, Jean-Marie Le Pen n’est désormais plus le président d’honneur du parti.

Un congrès, un changement de nom et ça repart ? Les militants du Front national venus à Lille tout ce week-end participer à la « refondation » de leur parti espèrent un nouveau départ. Dix mois après l’échec de leur candidate à la présidentielle de 2017, puis les départs de Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot, ils espèrent que leur formation va se relancer et devenir un « parti de gouvernement ». Place au «Rassemblement national», comme l’a proposé Marine Le Pen lors de son discours de clôture dimanche après-midi. Les adhérents devront valider ce nom lors d’un vote par correspondance, et dont les résultats devraient être connus dans six semaines environ.

« Rassemblement national, ça semble logique, car seuls nous ne gagnerons pas. Maintenant il faut mettre en œuvre ce projet », avance Alexis Salmon, conseiller régional des Hauts-de-France. Sans grand enthousiasme mais par « pragmatisme », Kévin Diebold, 23 ans, espère que le nouveau nom du parti pourra lui apporter une image plus douce auprès des électeurs. Car le militant du Bas-Rhin juge que jusqu’à présent « le mot FN peut apparaître violent, voire péjoratif ».

Seul le député européen Bruno Gollnisch s’est dit opposé à un changement de nom. « Je ne vois aucune raison de changer de nom. Il n’y a de modernité qu’enracinée dans la tradition », juge-t-il auprès de 20 Minutes.

« Des alliances avec des nationaux »

Avec ce nom, les militants espèrent enfin que le parti pourra nouer des alliances électorales et devenir un parti de gouvernement. « L’alliance nouée avec Nicolas Dupont-Aignan a débloqué un verrou des alliances avec le FN. Maintenant il faut aller plus loin car Debout la France reste le plus grand des petits partis », ajoute Kévin Diebold. « Des alliances avec la base éclatée du parti Les Républicains est possible, car il y a des nationaux comme nous chez eux », promet Jacques Colombier, président du groupe FN à la région Nouvelle-Aquitaine et député européen, qui arbore la flamme d’argent au revers de sa veste. « Mais pas avec les états-majors », tranche-t-il.


Mais si le nom de la formation politique change, la tête, elle, ne change pas. Et bien que Marine Le Pen confie avoir « un trou d’air », les militants, eux, soutiennent majoritairement leur présidente, qui entame un troisième mandat à la tête du parti qu’elle dirige depuis 2011. « Il y a eu une déception après le débat télévisé d’entre deux tours de Marine Le Pen. Mais elle a le cuir tanné par rapport à une personnalité en devenir comme Marion Maréchal-Le Pen. Marine Le Pen garde aujourd’hui le soutien du plus grand nombre », affirme Etienne Dobremetz, d’Oignies (Pas-de-Calais). Quant à savoir qui sera le ou la candidate du FN devenu Rassemblement national à la présidentielle de 2022, cet adhérent sourit : « On verra bien en 2022 ! »


La fin de Jean-Marie Le Pen

A l’issue du congrès, la dirigeante de 49 ans reste seule à la barre du parti, réélue « à l’unanimité » après le vote des adhérents. Aucun adhérent ne s’est présenté, contrairement au congrès de 2011, où Bruno Gollnisch était candidat contre la benjamine des filles Le Pen. « Je préfère pousser des petits jeunes et influer sur la direction du FN. Et croyez-moi, j’y parviens souvent », glisse l’ancien bras droit de Jean-Marie Le Pen.


Ce congrès marque enfin la fin de Jean-Marie Le Pen au Front national, parti qu’il a cofondé en 1972. La fonction de président d’honneur, qu’il occupait jusqu’alors, a été supprimée par les nouveaux statuts du parti, adoptés dimanche matin. La page du « menhir », en guerre avec sa fille et la direction du FN depuis 2014, se referme douloureusement.

Pour certains militants, Jean-Marie Le Pen, qui affirme désormais que sa fille lui inspire de la « pitié », reste un ennemi politique. « Ses critiques ne sont pas pertinentes car il n’a pas su se retirer à temps. Il vise seulement à nuire au FN aujourd’hui », estime Florian André, 22 ans, membre du Front national jeunesse à Reims. « Jean-Marie Le Pen critique Marine Le Pen, qui a accueilli [l’ancien conseiller ultra-conservateur de Donald Trump] Steve Bannon samedi, en disant que cela n’aide pas à la dédiabolisation du FN. Mais est-ce crédible que Steve Bannon soit diabolisé par le diable ? », interroge Yvan Chichéry, secrétaire départemental du FN du Morbihan. Ce militant garde cependant du « respect » pour le dirigeant qui l’a motivé à adhérer au parti en 2002.