Nicolas Sarkozy en roue libre sur les «grands leaders» lors d’une conférence à Abu Dhabi

DEMOCRATIE Le 3 mars dernier, l’ancien président a déploré que « les démocraties soient devenues un champ de bataille »…

L.Br.
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Nicolas Sarkozy au zoo de Beauval, le 22 novembre 2017.
Nicolas Sarkozy au zoo de Beauval, le 22 novembre 2017. — GUILLAUME SOUVANT / AFP

En conférence face à 150 personnes à Abu Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis, le 3 mars dernier, Nicolas Sarkozy s’est exprimé sur le sujet des « grands leaders ». Le Monde a eu accès à ce discours et aux surprenants propos de l’ancien président de la République sur la démocratie.

Pour Nicolas Sarkozy, les grands leaders aujourd’hui, ce sont Xi Jinping, le président chinois, Vladimir Poutine ou encore le grand prince Mohammed Ben Salman d’Arabie Saoudite. En Occident, les grands leaders d’hier comme « De Gaulle ou Churchill » ont disparu, détruits par… la démocratie. « Les démocraties détruisent tous les leadership. C’est un grand sujet, ce n’est pas un sujet anecdotique ! (…) Les démocraties sont devenues un champ de bataille, où chaque heure est utilisée par tout le monde, réseaux sociaux et autres, pour détruire celui qui est en place. Comment voulez-vous avoir une vision de long terme pour un pays ? C’est ce qui fait que, aujourd’hui, les grands leaders du monde sont issus de pays qui ne sont pas de grandes démocraties. »

Dix ans, « pas assez » !

L’ex homme fort de la droite a pris comme exemple la comparaison entre la durée du mandat du président américain, qui est de quatre ans, et celle du président chinois, qui devrait bientôt obtenir un mandat illimité. 

Si Nicolas Sarkozy défend le modèle démocratique, il regrette le manque de leadership des pays concernés. «  Le président Xi considère que deux mandats de cinq ans, dix ans, c’est pas assez. Il a raison ! (Rires) Le mandat du président américain, en vérité, c’est pas quatre ans, c’est deux ans : un an pour apprendre le job, un an pour préparer la réélection. Donc vous comparez le président chinois qui a une vision pour son pays et qui dit : "Dix ans, c’est pas assez", au président américain qui a en vérité deux ans. (…) Ce matin, j’ai rencontré le prince héritier MBZ [Mohammed ben Zayed, héritier saoudien]. Est-ce que vous croyez qu’on construit un pays comme ça, en deux ans ? Ici, en cinquante ans, vous avez construit un des pays les plus modernes qui soient. La question du leadership est centrale. La réussite du modèle émirien est sans doute l’exemple le plus important pour nous, pour l’ensemble du monde », a-t-il martelé.

Démonstration volontairement incisive

L’ancien président a ensuite donné son avis sur la Russie et son « leader », Vladimir Poutine, « un homme prévisible, avec qui on peut parler et qui respecte la force. » Quant au populisme, selon Nicolas Sarkozy, il n’existe pas là où un grand leader est aux commandes. « Mais là où il y a un grand leader, il n’y a pas de populisme ! Où est le populisme en Chine ? Où est le populisme ici ? Où est le populisme en Russie ? Où est le populisme en Arabie Saoudite ? Si le grand leader quitte la table, les leaders populistes prennent la place. Parce que la polémique ne détruit pas le leader populiste, la polémique détruit le leader démocratique. »

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Nicolas Sarkozy a conclu sa présentation en évoquant l’immigration, l’un des sujets forts qui ont marqué sa présidence. « Il ne s’agit pas de supprimer l’immigration. Mais dans trente ans, il y aura 500 millions d’Européens, et 2,3 milliards d’Africains. Si l’Afrique ne se développe pas, l’Europe explosera. Ce n’est pas un sujet populiste, c’est un sujet tout court. » Nos confrères de BuzzFeed News ont contacté l’entourage de Nicolas Sarkozy, qui confirme la teneur de cette conférence et explique qu’il s’agissait d’un discours « volontairement incisif » qui visait à pointer du doigt les difficultés des grandes démocraties.