Municipales 2020: A deux ans de l'élection, les partis sont dans les starting-blocks

SCRUTIN Les élections municipales, qui sont prévues pour 2020, mobilisent déjà les partis politiques...

Laure Cometti

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Un bureau de vote lors des élections municipales de 2014.
Un bureau de vote lors des élections municipales de 2014. — LANCELOT FREDERIC/ SIPA/SIPA
  • A deux ans des élections municipales, 20 Minutes fait le point sur les points chauds de ce scrutin et sur les enjeux pour les partis politiques.
  • Le jeune parti présidentiel espère enfin acquérir un maillage politique local avec ce scrutin compliqué.
  • Les Républicains devraient être le principal adversaire des macronistes aux municipales, tandis que le PS devra limiter la casse et que La France insoumise espère faire une percée.

Un peu plus de 35.000 communes à conquérir, un paysage politique en plein bouleversement et un test électoral avant la présidentielle de 2022. A deux ans (ou trois si l’exécutif décide d’un report) des élections municipales, les partis politiques s'affairent déjà à élaborer leur stratégie et labourer le terrain.

  • Les points chauds

Dans plusieurs grandes villes symboliques, le jeu est très ouvert. A Marseille, le maire LR Jean-Claude Gaudin, en place depuis 1995, ne se représente pas, ce qui attise les convoitises des Républicains (LR), de La France insoumise (LFI) et de La République en marche (LREM). Lyon, ville berceau du macronisme dirigée par un socialiste, pourrait passer sous les couleurs de LREM. Quant à Nice, l’attitude du maire LR Christian Estrosi, qui ménage le parti présidentiel, intrigue.

Des fiefs symboliques pourraient basculer. A Lille, dernier bastion PS des Hauts-de-France, Martine Aubry pourrait avoir des difficultés à former une alliance. Le parti d’Emmanuel Macron convoite aussi les fiefs socialistes que sont Nantes, Rennes, Brest, Rouen, Strasbourg et bien sûr Paris.

  • LREM en quête d’alliances et de prises symboliques

« Parmi les villes de plus de 30.000 habitants, environ 15 % sont instables et basculent à chaque municipale, ce qui suscite de l’espoir pour de jeunes mouvements comme LREM ou LFI », observe le politologue Martial Foucault, directeur du Cevipof *. Or les deux partent de très loin en matière de maillage local. « Le macronisme municipal est conditionné à sa capacité à mobiliser et faire des alliances avec des élus d’autres formations politiques. »

Au QG du parti présidentiel, on reconnaît qu'« il y a des trous dans la raquette » et que « les européennes et les municipales sont fondamentales pour la réussite du quinquennat » (et la préparation du suivant). Depuis quelques mois, le mouvement met l’accent sur les initiatives locales et citoyennes, avec des arrière-pensées politiques. « Il y a un boulot énorme, on l’a vu aux législatives partielles. LREM n’a pas de réseaux d’élus locaux », observait fin janvier le sénateur François Patriat, « Monsieur territoires » du parti.

LREM remobilise donc ses comités locaux, dont certains sont en hibernation depuis les législatives de 2017, et prépare des alliances territoriales en scrutant la carte des parrainages de maires obtenus par Emmanuel Macron. « On recense qui soutient le gouvernement. L’idée est d’agglomérer le MoDem, et au-delà », annonce François Patriat. En d’autres termes, poursuivre la recomposition politique en débauchant des élus de droite et de gauche.

  • Le MoDem en renfort du parti présidentiel

Le parti de François Bayrou ambitionne de conserver des mairies « orange », comme Pau, Saint-Brieuc ou Mont-de-Marsan, et pourquoi pas d’en conquérir d’autres, fort de son nombre historique de députés qui sont autant de relais locaux. Il apportera son soutien et son réseau local à LREM. « On a vocation à reproduire la majorité présidentielle dans un maximum de communes », déclare Yann Wehrling, secrétaire général du parti, qui n’exclut pas, bien au contraire, de faire alliance avec d’autres formations de centre-droit, centre gauche ou écologistes. « On construira des majorités basées sur des projets communaux qui rassemblent. »

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  • Les Républicains, challenger numéro 1 d’Emmanuel Macron

Le parti avait réalisé des gains importants aux dernières municipales, en 2014, et peut compter sur « un corps de représentants locaux très dense », souligne Martial Foucault : « 55 % des villes de plus de 30.000 habitants sont dirigées par LR ». La poussée de LREM pourra-t-elle grignoter cette assise ?

Pour l’éviter, le président du parti Laurent Wauquiez laboure le terrain depuis son élection, en incarnant une opposition frontale à Emmanuel Macron et au gouvernement. « Etant donné qu’il n’y aura aucun maire sortant LREM, il a tout intérêt à nationaliser le scrutin. En l’état des forces politiques, on voit mal comment LFI, le FN ou le PS pourraient contester la première ou la deuxième position au premier tour aux listes des Républicains », note le politologue.

  • Le PS en grande difficulté

Le Parti socialiste, traumatisé par son échec cuisant à la présidentielle puis aux législatives, semble en mauvaise posture. « En Paca et dans les Hauts-de-France, il n’a plus d’élus locaux, très peu de députés. Cela peut vraiment être le chant du cygne du PS, analyse Martial Foucault. S’il ne parvient pas à limiter les pertes, le parti sera affaibli et presque rayé de la carte du maillage territorial. Or, il faut 20 à 25 ans pour reconstituer un maillage politique local. »

Le sénateur PS Patrick Kanner est du même avis. « Si nous ratons les élections municipales, il y a un risque d’extinction pour ce que nous représentons », a-t-il déclaré sur FranceInfo le 29 janvier. Le parti, qui doit élire en avril une nouvelle direction, n’a pas encore arrêté de stratégie, notamment en matière d’alliances avec d’autres formations de gauche.

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  • LFI espère une percée

Le parti de Jean-Luc Mélenchon part aussi de loin en termes de maillage local. Il mise sur ses groupes d’appui répartis sur le territoire et a lancé des projets de « community organizing » pour renforcer sa présence à l’échelle locale.

La France insoumise formera-t-elle des alliances avec les écologistes ou Générations, le mouvement de Benoît Hamon ? Rien n’est acté à ce stade. « LFI peut aborder ce scrutin comme un tour de chauffe avant la présidentielle. Tout gain sera interprété comme une victoire car elle part de zéro », estime Martial Foucault.

  • Le FN mal en point

En 2014, le Front national avait conquis 12 villes, dont Cogolin et Hénin-Beaumont. Le parti, affaibli par la présidentielle et le départ de Florian Philippot qui a fondé Les Patriotes, pourra-t-il à nouveau créer la surprise ? « Cela correspondait à une période de montée en puissance du "nouveau FN". Or, le parti est extrêmement handicapé pour les municipales car il a des difficultés à trouver des candidats sérieux et crédibles et ensuite à transformer les gains du premier tour en succès au second », observe Martial Foucault.

Plusieurs cadres rejettent désormais le «présentisme » qui prévalait en 2014 et veulent cibler des communes. Par ailleurs, le parti, qui doit changer de nom prochainement, envisage de renouveler son alliance avec Debout la France, selon Jean-Lin Lacapelle.

* Auteur de Villes de gauche, ville de droite, à paraître en avril 2018 aux éditions Sciences-Po.