VIDEO. Salon de l'agriculture: Visant Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez (sur)joue la carte de la ruralité

REPORTAGE Le président d'Auvergne-Rhône-Alpes arpente pendant deux jours les stands d'agriculteurs...

Thibaut Le Gal

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Laurent Wauquiez hilare avec une vache
Laurent Wauquiez hilare avec une vache — Thomas SAMSON / AFP
  • Laurent Wauquiez arpente pendant deux jours les stands d'agriculteurs, au Salon de l'agriculture.
  • Le président d'Auvergne-Rhône-Alpes tente d'installer un duel avec Emmanuel Macron.

La politique se nourrit de détails, comme d’une parka rouge. Au Salon de l'agriculture ce mardi, on la remarque de loin. « Y a Laurent Wauquiez là-bas ! Toujours avec sa veste rouge… », lâche un visiteur, le nez en l’air. Le président des Républicains a décidé d’arpenter les stands d’agriculteurs pendant deux jours : mardi, en tant que patron de la droite, mercredi comme président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Un dédoublement de personnalité qui lui permettra de faire exploser les douze heures et demie  d'Emmanuel Macron samedi dernier porte de Versailles.

Car dès son arrivée, vers 8 h 30, Laurent Wauquiez évacue les questions sur Alain Juppé et attaque son adversaire désigné. « Je suis là pour témoigner de ma solidarité aux agriculteurs. C’est un monde que je connais bien, c’est le monde de mon département et de ma région… Ce monde-là, Emmanuel Macron ne le comprend pas. Il ne l’écoute pas. C’est un monde qu’il méprise et qu’il ignore », dit-il, avant de forcer le trait :

 

« Il y a quelque chose qu’il n’a pas compris : l’agriculture en France n’est pas juste un secteur économique. C’est une part de la culture française, et c’est ça qu’il faut défendre. Combien de fois, depuis qu’il est président de la République, il est venu sur une exploitation agricole ? Moi, tous les mois, je vais échanger et discuter avec des agriculteurs. »

« Laurent Wauquiez ne surjoue pas du tout »

Le tableau est planté depuis des mois : à Macron, les métropoles et « la haine de la province », à Wauquiez, l'« amour charnel pour la France » et la défense des territoires oubliés. Dégustations, bises, poignées de main, tapes au cul des vaches… Au fil des rencontres, l’ancien maire du Puy-en-Velay, sourire éclatant, surjoue de sa proximité avec les éleveurs. Entre deux croupes, les formules fusent comme du Chirac :

  • « Elle a quel âge ? Elle est quand même jolie… Je le regarde un peu là… Vous avez fait un beau travail. »
  • « Elle vient d’où ? (…) Vous plaisantez ? C’est l’Auvergne la plus belle des régions ! »
  • A une petite fille : « Tu vois, là, y a les mamelles, il faut qu’elles soient attachées hautes, comme ça, ça te garantit une bonne qualité de lait… C’est beau, hein ? »

Si la droite tient à installer ce duel, c’est qu’elle a analysé les législatives de juin dernier. Les 100 députés LR ayant survécu à la vague macroniste sont élus des territoires ruraux. « Laurent Wauquiez ne surjoue pas du tout. Il connaît l’agriculture et se tient informé des enjeux. Sur ces sujets-là, Emmanuel Macron a un point faible. Il mène une politique jacobine, pour les métropoles. Sur le rural, il ne fait pas ce qu’il dit. On l’a vu pour le Mercosur ou pour le glyphosate », glisse entre deux fromages, le sénateur LR Laurent Duplomb.

« On voit bien que Macron a une fragilité sur les territoires, la ruralité »

« C’est un angle d’attaque important, car on voit bien que Macron a une fragilité sur les territoires, la ruralité. On l’a vu lors des sénatoriales ou des partielles, les gens ont le sentiment que le président n’est pas de leur monde. Il y a une attente forte chez les agriculteurs notamment, qui n’ont obtenu comme seules réponses que la remise en cause de la PAC (politique agricole commune), la réforme de la carte des zones défavorisées, etc. », abonde Damien Abad. Le député, chargé d’une mission sur le sujet pour Les Républicains, poursuit : « La droite peut retrouver un souffle avec ces sujets, comme avec la fracture sociale à l’époque de Chirac. Face à la marginalisation de la France rurale, notre message politique doit être solide. »

Dans l’entourage du chef de l’Etat, on ne rêve pas encore de parka rouge. « Il est clair que Marine Le Pen, Laurent Wauquiez, Gérard Larcher et d’autres n’ont jamais autant parlé de ruralité que ces six derniers mois… Mais ils vont avoir des mauvaises surprises, car le chef de l’Etat a pris des engagements sur la politique rurale », répondait Thierry Coste, conseiller du président sur la chasse et la ruralité.

Au Salon comme ailleurs, Laurent Wauquiez poursuit minutieusement l’écriture de son « storytelling ». Des chaussures pleines de glaise au coach vocal pour retrouver son accent de Haute-Loire, les anecdotes affluent. Un soutien s’en amuse : « Cela fait partie de la politique. Il y a toujours une part de réel, et une volonté de jouer un peu… »