Strasbourg: «Laurent Wauquiez a un double langage, cynique et inadmissible», regrette Fabienne Keller

INTERVIEW La sénatrice du Bas-Rhin Fabienne Keller a annoncé son départ du parti Les Républicains, elle assume et «se sent très à l’aise avec ça»…

Propos recueillis par Gilles Varela

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La sénatrice du Bas-Rhin Fabienne Keller. STrasbourg le 23 février 2018.
La sénatrice du Bas-Rhin Fabienne Keller. STrasbourg le 23 février 2018. — G. Varela / 20 Minutes

Et un(e) de plus. La sénatrice du Bas-Rhin Fabienne Keller a annoncé vendredi son départ du parti Les républicains. Les propos tenus par le président du parti, Laurent Wauquiez l’ont décidé à prendre ses distances, avec un parti qu’elle juge « s’être terriblement droitisé et qui ne représente plus les valeurs à l’origine de sa création », d’ouverture, de volonté de fédérer.

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Pourquoi vous avez attendu ?

Ce n’était pas volontaire, mais à un moment donné… Il y a trois mois j’ai participé comme cofondateur avec Antoine Herth, député du Bas-Rhin et Olivier Becht, député du Haut-Rhin à la création d’« Agir, la droite constructive », qui est un parti politique clairement de droite et du centre, clairement européen, humaniste, très soucieux du respect des collectivités locales, des communes, des acteurs de terrain. C’était déjà une forme de prise de distance par rapport aux LR prenant en compte qu’on arrivait plus à avoir de vrais débats. J’ai participé à plusieurs bureaux politiques, mais les débats de fond n’existaient plus. On croyait à cette « CDU » à la française. Moi je me suis longtemps battue pour que les valeurs centristes soient respectées jusque très récemment dans les instances. Les Républicains c’est un renoncement.

Pour vous, les propos de Laurent Wauquiez étaient volontaires ?

Ah, mais c’est incroyable. C’est un bel esprit, c’est un major de Normal Sup. Donc ce qu’il a fait, c’est volontaire. J’ai du mal à croire qu’il ait été surpris. Il n’a pas peur de dire mardi sur BFM qu’il assume les paroles qu’il a prononcé mais en même temps poursuivre ceux qu’ils l’ont rediffusé. Ce double langage, ce n’est pas possible. Quand de manière très cynique il reconnaît son double langage, explique aux étudiants que les paroles devant les médias, c’est de la foutaise, ce n’est pas admissible. Ça ne correspond pas aux valeurs très alsaciennes humanistes, respectueuses de la parole donnée. J’en prends acte. D’ailleurs ce qui m’a frappé c’est que cette histoire sort vendredi, et la veille au soir il y a Jean-Michel Blanquer à L’Emission politique qui rencontre un beau succès et qui n’est que sur le fond. C’est ça que les Français attendent. Du fond, des personnes qui s’engagent pour la France : c’est ce qu’on veut porter à « Agir ». (…) Laurent Wauquiez est passé dans le registre du populisme. Ses paroles l’expriment. Il n’hésite pas à faire sienne des critiques très globales. De manière claire, c’est un populiste oui. C’est sa posture aujourd’hui.

LR c’est derrière vous, et maintenant ?

Avec Agir, les constructifs, on veut porter un message clair. On soutient les bonnes réformes même si elles sont difficiles comme le droit du travail, comme le travail de Blanquer pour l’éducation. Mais point de vigilance : contre proposition sur le respect des maires, du financement des collectivités, respect de la famille aussi. On est une start-up, en train de se structurer. Il y a une super dynamique. On a beaucoup de gens, notamment depuis les paroles de Wauquiez à l’EM qui nous rejoignent. Il y a un sursaut d’intérêt de personnes qui se disent clairement de droite et du centre mais qui ne se reconnaissent plus dans Wauquiez et les LR.

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Les centristes ont-ils été oubliés ?

Oui. Son manque de respect des sensibilités, le fait qu’il n’ait rien proposé à Maël de Calan, candidat à la présidence des LR, qui représentait une sensibilité. Moi je l’ai vu finaliser la rédaction de ce qui a fait la décision du bureau politique dans l’entre-deux tour des présidentielles. On a été incapable de dire clairement de voter pour Emmanuel Macron. Ses paroles sur l’Europe, sur la France, sur Macron dans le JDD

Son discours sur l’Europe ne pouvait pas passer avec vous ?

Non, c’est pour ça que je suis très à l’aise. Ce qu’il a dit à l’EM de Lyon était particulièrement caricatural. Le doute sans cesse mis sur l’Europe… Oui on a des problèmes d’asile et d’immigration mais c’est bien le niveau de l’Europe qui est la bonne échelle ! L’Europe c’est nous, il faut avoir la volonté de s’y investir. « Agir » est clairement européen, clairement humaniste, clairement respectueux de chacun. Il y a un bon esprit, c’est le bonheur. En termes de travail, chacun a une mission, c’est un travail d’équipe. On reconstruit quelque chose. C’est une fidélité à une démarche centriste. Moi, j’étais très proche d’Adrien Zeller. Aujourd’hui les centristes n’ont plus vraiment leur place.

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Mais même dans la majorité il y a différentes sensibilités, vous n’auriez pas pu intégrer les LREM ?

Non, je suis à droite et au centre. Avec les vingt co fondateurs (parlementaires et maires) on a fait le choix de rester clairement au centre et à droite, dans cette posture constructive où on soutient ce qui nous semble utile pour la France car on a plus le temps d’attendre, pour que la prochaine présidentielle ne soit pas le jeu des extrêmes. Sur les collectivités territoriales, sur la famille, on garde notre capacité de proposition. Nous proposons cette autre voie qui est d’être pragmatique : soutenir le gouvernement quand c’est bon pour la France et là où il nous apparaît au contraire qu’il faut agir autrement, nous feront des contres propositions. En tout cas nous sommes dans une démarche d’action. On ne répète pas les inquiétudes des gens, on leur fait des propositions, on fait avancer. Au lieu de rassembler, Laurent Wauquiez a écarté.