Le sondage sur la sortie de l'Alsace du Grand Est peut-il vraiment changer quelque chose pour la région?

COLLECTIVITES TERRITORIALES Tandis qu’un sondage commandité par quatre clubs de réflexion alsaciens met en avant la volonté des habitants de « sortir du Grand Est », ses conséquences politiques concrètes semblent compliquées…

Bruno Poussard

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Une manifestation contre la fusion avec la Lorraine et Champagne-Ardenne dans les rues de Strasbourg et près des institutions européennes en 2014.
Une manifestation contre la fusion avec la Lorraine et Champagne-Ardenne dans les rues de Strasbourg et près des institutions européennes en 2014. — Gilles Varela
  • Dans un sondage révélé ce mardi, 83 % des Alsaciens demandent une nouvelle collectivité régionale et 67 % veulent la sortie du Grand Est.
  • Mais dans les faits et dans les votes, comment de telles réponses pourraient se retranscrire concrètement dans le débat public et politique ?

Le sondage de l'Ifop débute par ces quatre questions : « Vous sentez-vous Alsacien ? », « quel sentiment la disparition de la région Alsace a-t-elle fait naître chez vous ? », « que pensez-vous, pour l’Alsace, de l’intégration dans le Grand Est ? », et encore « êtes-vous favorable à ce que l’Alsace renaisse et retrouve un statut de collectivité territoriale ? »

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Devant les résultats des 1.002 habitants qui ont répondu à ces questions commandées par quatre clubs de réflexion citoyens, on y apprend ainsi d’abord trois choses :

  • 83 % des participants demandent une nouvelle collectivité alsacienne
  • Mais 67 % seulement se disent en faveur de la sortie du Grand Est
  • En revanche, 82 % sont pour l’organisation d’un nouveau référendum

« Que toute la classe politique alsacienne le prenne en compte »

Tandis que la fusion des départements alsaciens a été rejetée lors d’un référendum en 2013, qu’une pétition en faveur d’une consultation citoyenne a ensuite recueilli plus de 100.000 signatures, qu’un autre sondage du parti politique régionaliste Unser Land est arrivé aux mêmes conclusions en 2017, ce sondage pourra-t-il vraiment faire bouger les choses ?

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C’est ce qu’espèrent ses commanditaires, alors qu’une étude vient d’être demandée par le Premier ministre au préfet du Bas-Rhin et de la région Grand Est sur une possible fusion des départements bas-rhinois et haut-rhinois (mais en restant au sein de la grande région). Président du collectif Initiative citoyenne alsacienne, Pierre Klein insiste :

Nous demandons que l’ensemble de la classe politique alsacienne prenne ce sondage en considération et donne satisfaction à cette forte demande de la population d’Alsace.

Un « rejet déterminé par des questions identitaires et culturelles »

Le président du conseil départemental du Bas-Rhin Frédéric Bierry estime, lui, entendre souvent les mêmes remarques : « Nos concitoyens ne se retrouvent pas dans le périmètre du Grand Est. Toutes les questions formulées vont dans ce sens, la population présente une vraie volonté, un vrai besoin qu’il faut prendre en considération. »

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« On voit par plusieurs indicateurs que la pilule de la brutale fusion des régions n’est pas passée, rebondit le sociologue strasbourgeois Philippe Breton à propos de la vision du Grand Est par les Alsaciens. Mais ce rejet de la grande région est d’abord déterminé par des questions identitaires et culturelles. » Est-il généralisé, dans le détail du sondage ?

On voit que ce jugement est plus fortement exprimé par une sous-population plus proche de la culture alsacienne, plutôt de droite, retraitée et péri-urbaine.

« Ce n’est ni l’Alsace, ni le Grand Est qui paie mes factures »

Enfin, dans le bas du sondage, on remarque que si ces revendications ne sont pas entendues, 56 % des participants affirment qu’ils le prendront en compte dans leur vote aux prochaines élections. Un pourcentage plus faible que les précédents. Preuve que des paroles aux actes, il y a une trop grande marche ? C’est ce que pense Philippe Breton : « Le jugement majoritaire me semble plus identitaire que politique. Et l’opposition culturelle a souvent du mal à déboucher sur des conséquences politiques. Aux municipales, peut-être qu'Unser Land [le parti régionaliste] aura quelques points à gratter mais, à mon avis, si quelque chose avait dû se passer, cela aurait déjà été le cas. »

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Comme le gouvernement n’envisage pas vraiment d’organiser un référendum sur la sortie de l’Alsace du Grand Est, Frédéric Bierry voit quant à lui plutôt dans ce sondage un argument supplémentaire pour une évolution vers la construction d’un département unique qu’il attend, à condition que les Alsaciens soient « associés » aux réflexions en cours.

« On nous avait déjà demandé notre avis et sous la pression politique le non avait gagné, il faut assumer ! » réagit pour sa part Ji Mmy sur la page Facebook de 20 Minutes à Strasbourg. Lalia, elle, n’en a cure : « Ce n’est ni l’Alsace, ni le Grand Est qui paie mes factures. » Les quatre clubs de réflexion, eux, doivent transmettre dans les prochains jours un projet concret sur l’avenir institutionnel de l’Alsace à tous les élus du territoire.