François De Rugy, un président de l'Assemblée nationale «autoritaire»?

POLITIQUE Le président de l'Assemblée nationale est notamment critiqué par les députés de la France insoumise...

Thibaut Le Gal

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François de Rugy perché.
François de Rugy perché. — ALAIN ROBERT/SIPA
  • Le président de l'Assemblée nationale est régulièrement critiqué par les députés de La France insoumise.
  • Les réformes de l'institution annoncées par François de Rugy ne plaisent pas à tous les députés.

Règlement à la main, Jean-Luc Mélenchon prend à partie François de Rugy, lors d’une séance à l’Assemblée le 19 décembre dernier. « Dans un moment d’émotion, vous vous êtes abandonnés à une de ces crises d’autorité que nous n’acceptons pas… ». Du haut de son perchoir, l’intéressé réplique : « Sachez, monsieur Mélenchon que nous ne sommes pas ici pour nous menacer mutuellement, en tout cas, cela ne me fera pas dévier de ma route ».

Depuis quelque temps, les députés de La France insoumise accusent le président de l’Assemblée nationale de faire preuve « d’autoritarisme ». « Il n’a pas été élu papa de l’Assemblée, ni directeur de l’école. Il n’a aucune autorité ni responsabilité devant nous autre que celle qui est liée à sa fonction », disait ainsi l’ancien candidat à la présidentielle. Dimanche, dans le JDD, l’ancien écolo reproche aux insoumis d’avoir « lâché les chiens ». Comment expliquer ces tensions ?

La première pomme de discorde est un maillot de foot. Début décembre, le député insoumis François Ruffin est sanctionné par le patron de l’Assemblée pour avoir revêtu le maillot d’un petit club dans l’hémicycle en soutien à une proposition de loi pour taxer les gros transferts. « On a tenté d’aller lui parler, en bas des marches de la salle des séances avec François, après la suspension de séance. Est-ce qu’il a échangé avec nous pour nous expliquer ce qu’il allait faire ? Non, il a prononcé cette sanction comme un prince, un seigneur de l’Assemblée. Ça, c’est une séquence autoritaire. », s’agace, Ugo Bernalicis, député du Nord de LFI.

« J’espère qu’il va se calmer »

Les critiques ne se limitent pas aux rangs insoumis. L’ancien écolo a reçu une pluie d’injures, de la gauche et la droite, lorsqu’il a indiqué son intention de faire « appliquer strictement » les sanctions financières prévues pour les députés « multirécidivistes de l’absence ».

Des « méthodes de petit comptable », a fustigé le patron du groupe Les Républicains (LR), Christian Jacob. Même Richard Ferrand, le premier des marcheurs à l’Assemblée, l’a égratigné : « Attention de ne pas donner le sentiment, auquel nous n’avons pas besoin de contribuer, que les parlementaires seraient paresseux, absents, et même des multirécidivistes. Ce n’est pas rendre service à l’institution, ce n’est pas juste », a pesté l’élu du Finistère.

La députée LREM Claire O’Petit a, elle, dénoncé une « faute politique extrêmement grave » sur LCI, accusant même son président… d’être responsable des deux défaites aux législatives partielles. « J’espère qu’il va se calmer […] Nous l’avons élu pour deux ans et demi, nous ferons nous aussi le constat de son travail… »

« Son indignation est à géométrie variable »

Le président de l'Assemblée nationale doit « veiller au respect du Règlement » et « à la discipline dans l’hémicycle ». Mais le style Rugy agace. Le voilà même affublé d’un surnom, « serial coupeur », pour sa propension à couper les ministres et députés trop longs au micro, révélait Paris Match fin novembre. De Rugy n’hésite pas non plus à rabrouer ses collègues lorsque la pagaille éclate. « Ici, ce n’est pas la loi de celui qui crie le plus fort ! » lance-t-il en décembre sous les huées.

« Son indignation est à géométrie variable. Quand les députés en Marche font claquer leur pupitre, il attend cinq minutes avec un petit sourire narquois. Il joue au grand seigneur autoritaire mais servile de l’exécutif… », tacle Ugo Bernalicis. « J’ai de bons rapports avec les questeurs LREM, on peut travailler avec eux en bonne intelligence sur des sujets internes. Mais avec François de Rugy, aucune discussion n’est possible ».

« Si le capitaine qui tient la barre n’est pas rigide, le navire risque de dériver »

« Rugy ne défend pas assez les droits de l’opposition et est trop lié au groupe LREM. C’est pour cette raison qu’il est autant attaqué. La tradition veut que le président de l’Assemblée nationale protège à la fois l’institution et l’opposition », explique un ex-député PS devenu macroniste, dans le Monde.

François-Michel Lambert, député LREM proche de François de Rugy, réplique : « Est-ce qu’on veut un président être adapté à la période ? Pour avoir une transformation profonde de la société, il ne faut pas un président consensuel, qui ménage la chèvre et le chou. Aujourd’hui, nous avons un président qui bouge pour transformer notre institution, la rendre plus agile, plus efficace. Qu’est ce qu’on lui reproche ? D’aller trop loin trop vite ? »

Le parlementaire écologiste balaie les accusations. « Sa présidence est moins politique que celle de Claude Bartolone ou Bernard Accoyer. Et pour les accusations de rigidité ? Si le capitaine qui tient la barre n’est pas rigide, le navire risque de dériver ».

Et le « capitaine » Rugy devrait tenir le gouvernail jusqu’au bout. En janvier, il revenait sur sa promesse de remettre son mandat en jeu à la moitié.