VIDEO. Propos de Laurent Wauquiez: Bruno Bonnell pointe «une image extrêmement dégradée du monde politique»

INTERVIEW Le président du conseil d’administration de l’EM Lyon s’est confié ce lundi à « 20 Minutes » après le « bad buzz » ayant suivi le cours donné par Laurent Wauquiez…

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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Bruno Bonnell, ici en mai 2017 à Lyon lors d'une conférence de presse dans le cadre des élections législatives.
Bruno Bonnell, ici en mai 2017 à Lyon lors d'une conférence de presse dans le cadre des élections législatives. — JEFF PACHOUD / AFP
  • Des attaques en « off » de Laurent Wauquiez, notamment contre Gérald Darmanin et Nicolas Sarkozy, font polémique depuis vendredi.
  • Ce « Wauquiez Gate » est né après la diffusion par Quotidien de propos tenus durant une intervention à l’EM Lyon.
  • Le président du conseil d’administration de cette grande école de management et de commerce, Bruno Bonnell, a réagi auprès de 20 Minutes ce lundi.

Comme tout l’EM Lyon, Bruno Bonnell a encore du mal à encaisser l’extrait de l’émission Quotidien dévoilant le cours assez lunaire donné par Laurent Wauquiez à une trentaine d’élèves. Contacté par 20 Minutes ce lundi, le président du conseil d’administration de l’Ecole de management et de commerce (mais aussi député LREM de Villeurbanne) refuse de commenter cette affaire « sur le plan politique ». Mais il ne se montre pas tendre avec « le non-respect des règles déontologiques » de Laurent Wauquiez.

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Est-ce fréquent pour l’EM Lyon d’accueillir des hommes politiques pour des cours ?

Depuis toujours, des personnalités sont venues s’exprimer à l’EM Lyon comme Raymond Barre, Valéry Giscard d’Estaing et beaucoup d’autres. Il y a aussi eu plusieurs présidents de chambre de commerce, des chefs d’entreprise, des musiciens ou des scientifiques. Ça fait selon moi vraiment partie des missions de l’école que de confronter des élèves à des personnalités dans un contexte direct et privilégié. Il faut savoir que ça ne fait pas partie du programme. Les élèves doivent donc motiver leur présence à ces cours.

Quel est le cadre défini et connu de tous pour ces cours sortant de l’ordinaire ?

Le cours ne doit pas faire de prosélytisme. Il doit être factuel, apolitique et inspirant, ce qui est le plus important. Il doit donner une hauteur de vue pour élever les élèves, pas pour les ramener dans des discussions de café du commerce comme j’ai pu le découvrir vendredi. Je n’ai entendu que les enregistrements et c’était une tribune politisée, et malheureusement plutôt désespérante qu’inspirante. Ça a donné une image extrêmement dégradée du monde politique avec des petites histoires, des coups bas, et en fait l’opposé de ce que les jeunes leaders de demain aimeraient voir dans la politique. C’est mon regret. Même si ce n’est que trois minutes sur 1h30, c’est finalement ce qu’on retient. Le reste était peut-être formidable, ce dont je ne doute pas avec la qualité de Laurent Wauquiez. Mais il a tué son cours avec ces trois minutes.

Aviez-vous craint en amont que les règles de cours apolitique ne soient pas respectées par Laurent Wauquiez ?

Je suis président du conseil d’administration et je n’interviens pas dans les choix de l’équipe pédagogique de l’EM Lyon qui donne son accord pour des interventions. Laurent Wauquiez souhaitait faire le même cours qu’à Sciences Po [à Paris en 2013 et 2014]. Vu cet historique, le principe était qu’il fasse le même cours. Or, il n’y avait pas eu un scandale comme ça à Sciences Po. L’apolitisme est une règle absolue et c’est quand même évidemment une règle de bon sens. On ne va pas faire venir dans l’école un mec de la secte Moon pour qu’il dise « venez rejoindre la secte Moon », c’est juste n’importe quoi…

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Le conseil d’administration pourrait-il évoquer cette situation à la vue de l’ampleur du « bad buzz » touchant l’EM Lyon ?

Non, ce n’est pas du tout une affaire EM Lyon. Ça aurait pu arriver n’importe où. Je ne crains pas le « bad buzz ». L’école ne va pas s’arrêter sur des écarts de langage. C’est un chargé de cours qui s’appelle M. Wauquiez et qui n’a pas respecté les règles déontologiques. J’ai aussi un très gros regret : quand on forme des futurs managers à la responsabilité et à la confidentialité des informations, ils doivent la respecter, même dans une enceinte privée. S’ils sont demain dans un conseil d’administration avec des décisions difficiles à prendre du type plans sociaux, ils seront obligés de respecter la confidentialité. Sinon ça s’appelle un délit d’initié ou d’entrave.