VIDEO. Gérald Darmanin est-il fragilisé au sein du gouvernement par cette deuxième plainte?

POLITIQUE Le ministre de l’Action et des Comptes publics, déjà visé par une plainte pour viol, fait désormais l’objet d’une enquête pour abus de faiblesse…

T.L.G.
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Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale devant Edouard Philippe le 24 janvier 2018
Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale devant Edouard Philippe le 24 janvier 2018 — Jacques Witt / Sipa/SIPA
  • Gérald Darmainin fait l’objet d’une enquête pour abus de faiblesse, après avoir été visé par une plainte pour viol.
  • Le gouvernement lui maintient-il « sa confiance » ?

 

Gérald Darmanin est dans la tourmente. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, déjà visé par une plainte pour viol, fait désormais l’objet d’une enquête pour abus de faiblesse.

La plaignante aurait indiqué avoir fait l’objet de « demandes à caractère sexuel » en échange d’un nouveau logement lorsque Gérald Darmanin était maire de Tourcoing (Nord), révèle Le Point. L’intéressé a dénoncé « une nouvelle calomnie », assurant dans La Voix du Nordn’avoir « rien à (se) reprocher ». Sa présence au gouvernement est-elle menacée par ces deux plaintes ?

Pas de mise en examen, pas de démission

Pas pour le moment, officiellement. Mercredi, Matignon a rappelé la règle en cours et répétée lors des accusations visant Nicolas Hulot : pas de mise en examen, pas de démission. « La règle est simple : le droit, rien que le droit », a insisté Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement sur Sud Radio. « La règle a été fixée par le Premier ministre et quand on fixe une règle on s’y tient. »

Après la révélation de la première plainte, fin janvier, le Premier ministre et Emmanuel Macron avaient affiché leur soutien au ministre, qui avait alors « toute la confiance » de l’exécutif. Cette fois, dans son communiqué, Matignon semble plus mesuré :

« Le Premier ministre a posé une règle générale et sa position reste la même. Il rappelle qu’il est important de laisser travailler la justice en toute indépendance, de veiller à ce que l’on respecte les droits de chacun, la parole du plaignant comme la présomption d’innocence ». Faut-il y lire une évolution ?

« Non », répond Stéphane Guérini, porte-parole du groupe La République en marche à l’Assemblée. « La ligne fixée par le Premier ministre est la seule qui fait la différence entre une mise en cause et une mise en examen. Il ne faut donc pas voir d’évolution mais une réponse de confiance dans la justice. C’est tout l’avantage de s’être fixé des règles claires. Il faut s’en tenir à cette règle, qui n’est d’ailleurs pas antinomique avec la libération de la parole des femmes. »

« Deux poids, deux mesures » ?

Les Républicains (LR) ont de nouveau demandé la démission de leur ancien collègue. Clémentine Autain, députée de La France insoumise, a dénoncé sur BFMTV le « deux poids deux mesures » de l’exécutif : « Quand il y a eu des soupçons d’emplois fictifs, même pas d’enquête ouverte, il y a trois ministres qui ont pris la porte du gouvernement, souvenez-vous, c’était Richard Ferrand, François Bayrou et Marielle de Sarnez. »

« Ces démissions étaient des décisions personnelles, pour ne pas entraver l’action du gouvernement. Elles intervenaient d’ailleurs dans une situation politique différente d’aujourd’hui », élude Stéphane Guérini.

Cette nouvelle plainte place les marcheurs dans une situation délicate. « Le précédent Cahuzac nous démontre que nous ne pouvons pas garder des secrets enfouis, cachés, et qu’il vaut mieux les libérer immédiatement », a estimé le député LREM François-Michel Lambert, à FranceInfo. « Gérald, c’est lui, en son âme et conscience, qui sait s’il est victime d’une cabale et nous serons tous à ses côtés, ou s’il y a peut-être autre chose… »

« On conserve au gouvernement une personne déjà visée par deux plaintes ? »

Les députés LREM ne se bousculent pas au portillon pour une déclaration. « Je ne dis rien sur ce genre d’affaire, cela ne nous regarde pas », déclare ainsi Gilles Le Gendre à FranceInfo. Un des rares députés de la majorité à nous répondre, s’agace :

« C’est aujourd’hui que se terminent les derniers contrats de nos conjointes ou enfants employés comme collaborateurs parlementaires. Nous sommes obligés de les licencier, à cause des soupçons de la vox populi… Et dans le même temps, on conserve au gouvernement une personne déjà visée par deux plaintes ? C’est-à-dire un peu plus que de simples soupçons ». Le parlementaire ajoute sous couvert d’anonymat :

« Je n’ai rien contre Gérald, je trouve ça même triste, mais il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures, dégager les faibles et conserver les puissants »

L’Elysée n’a pas communiqué sur ces nouvelles révélations, renvoyant vers Matignon. Mais, mardi soir, lors d’une rencontre avec la presse présidentielle, Emmanuel Macron a mis en garde contre une « République du soupçon ».