Projet de loi «asile et immigration»: Avant le débat, des députés visitent un centre de rétention «pour voir la réalité»

REPORTAGE Quatre députés de La République en marche ont visité ce lundi matin un centre de rétention administrative dans Paris pour préparer le débat sur le projet de loi sur l’immigration…

Laure Cometti

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Les députés LREM Pacôme Rupin, Laëtitia Avia, Emilie Chalas et Paula Forteza discutent avec un policier dans le centre de rétention administrative de Paris Vincennes, le 12 février 2018.
Les députés LREM Pacôme Rupin, Laëtitia Avia, Emilie Chalas et Paula Forteza discutent avec un policier dans le centre de rétention administrative de Paris Vincennes, le 12 février 2018. — L. Cometti / 20 Minutes
  • Le projet de loi sur l'asile et l'immigration sera présenté le 21 février en conseil des ministres.
  • Une trentaine de députés ont visité des centres de rétention administrative (CRA) dans toute la France ce lundi dans l’optique de se préparer au débat à l'Assemblée.
  • Ces centres accueillent des ressortissants non-européens qui font l’objet d’une décision d’éloignement, dans l’attente de leur renvoi forcé.
  • « 20 Minutes » a visité le CRA de Vincennes (Paris 12e) avec quatre députés macronistes.

Des députés « hors les murs » de l’Assemblée. Ils étaient une trentaine, de divers bords politiques, à se rendre dans des centres de rétention administrative (CRA) ce lundi. Quatre élus de la majorité ont passé une heure et demie dans celui de Vincennes, le seul CRA situé dans Paris. À une semaine de la présentation du projet de loi asile et immigration le 21 février en Conseil des ministres, ils ont utilisé leur droit de visite des lieux de privation de liberté afin de « voir la réalité avant de légiférer », explique la députée LREM de l’Isère Emilie Chalas.

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Une visite « indispensable » pour ces non-spécialistes de l’immigration

Il s’agit d’une première pour les quatre marcheurs, Laëtitia Avia, Emilie Chalas, Paula Forteza et Pacôme Rupin, escortés par un collaborateur parlementaire chacun - qui photographie en vue d’alimenter les pages Facebook et Twitter des élus - et par trois journalistes (dont 20 Minutes). Le commandant Bruno Marey les guide dans les bâtiments et les préfabriqués, de l’accueil au réfectoire, en passant par les chambres dotées de deux lits, les sanitaires collectifs, la salle commune et les bureaux des agents de police et de l’OFII. Il a l’habitude, d’autant que les visites « surprise » de députés « sont nombreuses depuis début janvier », observe-t-il.

En effet, à l’approche du débat sur la future loi asile et immigration, de nombreux députés, encouragés par la présidente de la Commission des Lois Yael Braun-Pivet, ont utilisé leur droit de visite, qui existe depuis 2000. « C’est indispensable de visiter ces lieux avant de voter », estime Emilie Chalas, qui travaillait auparavant dans la fonction publique territoriale et assume de « découvrir le sujet » de la gestion de l’immigration clandestine.

Le centre de Vincennes peut accueillir environ 170 hommes répartis dans trois unités, pour une durée limitée à 45 jours par la loi, à l’issue de laquelle les étrangers sont expulsés du territoire français (près de 50 % des retenus selon la police début 2018, 28,5 % selon le rapport 2015 de l’association France Terre d’asile), ou relâchés.

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Confronter la théorie à la réalité du terrain

Pour les députés, cette matinée est l’occasion de confronter leur travail analytique au terrain. « Pensez-vous qu’allonger le délai de rétention à 90 jours augmenterait le taux de reconduite ? » s’enquiert Pacôme Rupin auprès du commandant Marey. C’est ce que prévoit le projet de loi du gouvernement, selon une version du texte fuitée courant janvier 2018.

« Je n’en suis pas sûr », lui répond le commandant, qui souligne aussi que « vu l’état des infrastructures, occupées en moyenne à 85 % à 100 %, doubler la durée de rétention n’est pas sans risques, pour nous [300 fonctionnaires de police se relaient sur ce site], comme pour les retenus, chez qui cela peut générer plus de stress, d’angoisse, et de tensions ». « Chez nos voisins européens qui autorisent des délais de rétention plus longs, la durée moyenne n’a pas augmenté pour autant », enchaîne le député de Paris, pensif.

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« Il faut faire preuve d’humanité »

Dans la salle commune où une petite trentaine d’hommes tue le temps tandis qu’un téléviseur crache de la musique, les parlementaires prennent un quart d’heure pour discuter avec des retenus de leurs conditions de rétention et de leur parcours. « Je travaille en France depuis 2006 », raconte Pakou*, un Malien d’une quarantaine d’années arrêté lors d’un contrôle de police à Gare du Nord. « Je n’ai jamais rien fait de mal, pas de vol, pas de bagarre », se défend-il, désespéré d’avoir perdu son emploi. Retenu depuis 22 jours à Vincennes, il assure qu’il tentera de revenir en France s’il est finalement expulsé au Mali, où il « n’a plus de famille ».

Un autre fait état de tentatives de suicides dans l’établissement. « Il y a des histoires de vie très touchantes, il faut faire preuve de beaucoup d’humanité dans ce débat », estime Laëtitia Avia en quittant la salle. À la sortie, la députée reste silencieuse quelques secondes avant de livrer ses premières impressions. « Il va falloir rechercher des solutions équilibrées », estime-t-elle, voyant aussi des pistes pour de futurs débats sur la « régularisation de certains étrangers » et le « visa biométrique ».

Emilie Chalas retient quant à elle « les parcours individuels surprenants de certains retenus » mais aussi les « difficultés » de la police, «qui a un fort turnover et peine à recruter ici». Le centre connaît ponctuellement des épisodes violents - comme en décembre dernier où des retenus ont provoqué des incendies - mais aussi des évasions.

Les députés restitueront leurs observations lors d’une réunion de la Commission des Lois mercredi, une semaine avant la présentation du projet de loi en Conseil des ministres.