Rumeurs de harcèlement sexuel: Le déminage préventif de Nicolas Hulot, une stratégie gagnante?

COM' POL' Le ministre de la Transition écologique a démenti ce jeudi des rumeurs de harcèlement sexuel à la veille de la parution de révélations dans la presse…

L.C.
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Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot
Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot — LUDOVIC MARIN / AFP
  • Le ministre de la Transition écologique a démenti ce jeudi des rumeurs de harcèlement sexuel dans une interview sur RMC et BFMTV.
  • Le parquet de Saint-Malo a confirmé ce jeudi une plainte pour «viol» en 2008, classée sans suite.
  • Nicolas Hulot s’est exprimé la veille de la publication de l’hebdomadaire Ebdo, qui envisage de publier des informations sur le ministre.
  • Il a ainsi mis en pratique une technique bien connue de communication de crise.

Nicolas Hulot a choisi de participer à l’émission de Jean-Jacques Bourdin ce jeudi matin sur RMC et BFMTV pour répondre à des allégations de harcèlement sexuel « devant la France entière ». Il ne s’agissait jusqu’à présent que de rumeurs qui circulaient dans le milieu médiatique, où les enquêtes menées par plusieurs journaux étaient connues depuis plusieurs jours.

Le ministre de la Transition écologique a choisi de démentir ces accusations avant même qu’elles ne soient publiées dans la presse et accessibles au grand public. Une tactique de communication de crise classique, mais mise en œuvre imparfaitement par le ministre d’État, selon Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences-Po et président de MCBG Conseil.

La technique : contrôler l’agenda et cadrer le débat

« Depuis quelques années, les hommes politiques ont pris l’habitude d’anticiper les affaires qui vont sortir, ou les rumeurs. C’est ce qu’a fait Emmanuel Macron en s’exprimant  sur les rumeurs sur son homosexualité [en mars 2017, pendant la campagne présidentielle], ou François Fillon lorsqu’il a évoqué les emplois de ses enfants, après les premières révélations sur son épouse », explique Philippe Moreau-Chevrolet.

Nicolas Hulot s’est exprimé la veille de la publication de l’hebdomadaire Ebdo, qui envisage de publier des informations sur le ministre, selon BFMTV et Closer.

« Il est au courant de cette publication donc il décide de s’exprimer publiquement avant, à la fois pour reprendre le contrôle de l’agenda, d’une séquence médiatique, pour ne pas la subir, et aussi pour maîtriser le contenu, en orientant en sa faveur le sujet », souligne le spécialiste en communication. En communication de crise, on appelle ça le framing, le « cadrage ». « L’opinion publique n’a pas eu le temps de se forger une opinion sur l’affaire [voire d’en prendre connaissance] que Nicolas Hulot dit ce qu’il faut en retenir ».

Le ministre a pu exprimer dans cette émission sa vision des faits. Il a nié tout harcèlement sexuel envers une ancienne collaboratrice et a reconnu l’existence d’une plainte en 2008, classée « sans suite », de la petite-fille d’un homme politique célèbre, une jeune femme « majeure », concernant « des allégations remontant à 1997 ».

Les erreurs du ministre

Si la technique est « habile » et le timing « bon », l’expert en communication relève quelques erreurs dans l’interview du ministre d’État. « Sa défense n’est pas très heureuse et beaucoup de choses ne sont pas cadrées dans sa communication. Il emploie le terme de victime en parlant de la femme qui a porté plainte contre lui », relève le communicant.

Le ministre a-t-il bien fait de jouer la carte de la famille, indiquant que « ça fait mal, quand c’est injuste, quand c’est infondé, car moi hier on a fait pleurer mes enfants » ? « C’est une figure un peu stéréotypée, mais c’est toujours habile surtout dans une affaire de harcèlement sexuel d’invoquer la famille, image morale, juge Philippe Moreau-Chevrolet. Cela peut être à double tranchant », prévient-il.

Et la suite ?

Après l’interview de Nicolas Hulot, le Premier ministre a adressé ce jeudi « un message de soutien » à son ministre « et à sa famille ». « Nicolas Hulot s’est exprimé avec sincérité et émotion sur les rumeurs dont il est l’objet depuis plusieurs jours. Ses explications ont été claires, précises, et nous n’avons aucune raison de douter de sa parole. Comme il l’a rappelé, la justice s’est prononcée », a indiqué Matignon dans une brève déclaration à l’AFP. Peu après, l'Elysée a à son tour exprimé son soutien au ministre. 

La réaction du chef du gouvernement est semblable à celle adoptée pour Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics, après la réouverture d’une enquête sur une accusation de viol pour des faits présumés datant de 2009, que l’intéressé conteste catégoriquement. « Le meilleur rempart de Hulot, c’est l’exécutif », juge Philippe Moreau-Chevrolet.

L’image du ministre peut toutefois pâtir de cette affaire, après les révélations sur son patrimoine, ou sa maison en Corse. « Avec les affaires et l’écart entre ses convictions et les actions menées par le gouvernement, il devient de plus en plus assimilé à un homme politique par l’opinion publique », note le spécialiste en communication. Dans les enquêtes d’opinion, l’ancien journaliste figure (encore) parmi les personnalités politiques les plus populaires.

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