Collectivités: L'Alsace peut-elle suivre le modèle corse?

REFORME TERRITORIALE Alors qu'Emmanuel Macron rencontre les dirigeants nationalistes corses, son Premier ministre a lancé une mission pour étudier une fusion des deux départements alsaciens...

Alexia Ighirri

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Collectivités territoriales: Alsace et Corse, même combat?  (Archives)
Collectivités territoriales: Alsace et Corse, même combat? (Archives) — G. Varela / 20 Minutes et Rita Scaglia/SIPA
  • Le président de la République, en déplacement en Corse ce mardi et mercredi, rencontre les dirigeants nationalistes. Le discours d'Emmanuel Macron sur sa vision de la collectivité corse et sa possible évolution est très attendu.
  • Le Premier ministre Edouard Philippe a chargé le préfet du Grand Est d'étudier les pistes d'une fusion entre les deux départements alsaciens, en vue de l'éventuelle création d'une nouvelle collectivité.
  • Pourquoi l'exemple corse est difficilement applicable à la situation alsacienne?

Compliqué de mettre l’Alsace et la Corse dans le même bateau. Même si certains Alsaciens optent pour des plaques d'immatriculation corses (mais bon, ils ne sont pas les seuls en France). Et même s’ils sont un certain nombre, sur l’île de Beauté comme au bord du Rhin, à militer pour un statut particulier aux yeux de l’Etat.

Il faut dire qu’à la lumière de la situation corse, animée par les désirs autonomistes, on entend des «Et pourquoi pas l'Alsace » ? D’autant que ça pourrait aussi bouger sur ce territoire.

>> A lire aussi: Comment Emmanuel Macron va tenter de déminer le dossier sur le statut de l'île de Beauté

Alors qu’Emmanuel Macron, en déplacement en Corse, doit se prononcer un discours ; très attendu par les dirigeants nationalistes de la nouvelle collectivité unique, son Premier ministre se préoccupe de l’Alsace. Fin janvier, Edouard Philippe a chargé le préfet d'une mission sur les pistes de fusion des deux départements alsaciens et de création d’une nouvelle collectivité d’Alsace dans le Grand Est, région dont la formation avait été vivement critiquée sur le territoire alsacien.

Une décision saluée par les élus alsaciens, dont Frédéric Bierry. Selon le président du conseil départemental du Bas-Rhin, 2018 doit être l’année de la construction concrète de ce projet, du travail pour obtenir un consensus et « retrouver l’identité institutionnelle et politique de l’Alsace ». Bien que « très attaché à la patrie », il ne s’oppose pas totalement à l’idée de « reproduire la situation corse ».

« Beaucoup d’Alsaciens me disent qu’ils ne comprendraient pas qu’ils aient moins de droits que les Corses »

L’exemple corse reste toutefois difficilement applicable à la situation alsacienne.

Le statut. Les deux territoires n’occupent pas la même place sur la ligne de départ. L’île de Beauté est, depuis le 1er janvier 2018, la « collectivité de Corse » disposant d’un statut particulier en lieu et place de l’ancienne collectivité territoriale de Corse et des de ses deux départements.

L’Alsace fait aujourd’hui partie de la région Grand Est dans le cadre de la réforme territoriale de 2015. Il n’est plus question, désormais, de sortir de cette région, mais d’examiner « l’entente interdépartementale ou la création d’un département Alsace par fusion des deux départements existants », dixit le courrier d’Edouard Philippe.

Un appel baptisé «Cap vers l'Alsace » lancé par 130 signataires (élus de tous bords et membres de la société civile) il y a quelques jours, insiste sur l’attachement « indéfectible à la création d’une collectivité territoriale d’Alsace à statut particulier, seule évolution institutionnelle acceptable ».

« On veut la création d’une nouvelle collectivité par la loi, clarifie encore l’eurodéputée Anne Sander, signataire. On est au-delà de la fusion des départements. On veut retrouver l’existence institutionnelle pour l’Alsace, que le Grand Est avait effacée. » Avec « a priori une seule assemblée, mais ce sera à l’Etat de le définir ».

Les politiques. Autre différence, la collectivité de Corse est dirigée par des nationalistes, élus lors des élections territoriales de décembre 2017. Et c’est avec eux que le gouvernement dialogue.

Les conseils départementaux alsaciens et du Grand Est sont dirigés, eux, par des élus Les Républicains. Malgré une percée lors des dernières élections locales, les candidats régionalistes autonomistes alsaciens d’Unser Land ne sont pas en mesure de gouverner.

Les revendications. Logiquement, les demandes exprimées par les uns et les autres ne sont pas identiques. En Corse, il est question de mention spécifique dans la Constitution, de statut de résident ou encore d’amnistie des « prisonniers politique ».

La déclaration commune « Cap vers l’Alsace » évoque une collectivité qui « devra réunir les compétences des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin et pourrait se voir transférer, par la loi, pour tout ou partie, des compétences d’Etat (enseignement linguistique, relations transfrontalières, réseau routier national non concédé) et, pour tout ou partie, les compétences de la région qui font sens dans le cadre d’un projet de territoire global (économie, tourisme, formation professionnelle, relations transfrontalières, bilinguisme, culture et sport) ».

Anne Sander rejette l’idée d’un parallèle entre les deux territoires : « En Corse, on parle d’indépendance, d’autonomie. Moi, en tout cas, je ne suis pas dans cette optique-là. Je suis Alsacienne, Française et Européenne. Ça va de pair. On n’est pas pour l’autonomie totale. Nous nous inscrivons dans une action républicaine. Nous sommes pour l’ouverture, pas le repli identitaire. »

L’identité. On connaît la fierté corse. Et même si on a l’impression qu’il y a plus de facilité à brandir un drapeau corse ( mais toujours moins que le fameaux drapeau breton qui s'invite partout), l’Alsace a elle aussi une forte identité.

 

« Je ne sais pas si on peut comparer, estime l’eurodéputée. L’identité alsacienne est liée à son histoire, sa position géographique, enclavée entre les Vosges et le Rhin mais avec, toujours, l’ouverture. A sa langue aussi, même si l’alsacien s’est perdu. Il y a un attachement avec le nombre de classes bilingues en Alsace, qu’on ne voit pas ailleurs. Et il en faudrait plus ! »

L’une des revendications des nationalistes corses consiste en la coofficialité de la langue. Soit de son enseignement obligatoire à l’école à son usage dans les services publics, entreprises et médias.

Selon  un rapport présenté au ministère de la Culture en 2013, la Corse comptait 70.000 locuteurs (un peu plus de 20 % de la population), auxquels il faut ajouter 100.000 personnes qui parlent le corse occasionnellement. Quant à l’Alsace, il y a 650.000 locuteurs (10 % de plus) et 230.000 autres qui le pratiquent de temps en temps.