VIDEO. Affaire Erignac: Le transfert d'Yvan Colonna en Corse, une question politique?

CORSE Les avocats d’Yvan Colonna demandent au gouvernement d’accepter une détention en Corse, demande appuyée par les dirigeants corses…

Mathilde Ceilles

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Croquis d'audience représentant Yvan Colonna, à son procès en appel à Paris, le 4 mai 2011
Croquis d'audience représentant Yvan Colonna, à son procès en appel à Paris, le 4 mai 2011 — Benoit Peyrucq AFP
  • Yvan Colonna est détenu à Arles (Bouches-du-Rhône).
  • Ses avocats demandent un transfert en Corse
  • Cette demande est appuyée par les nationalistes, qui rencontrent Emmanuel Macron ce mardi.

La rencontre est prévue ce mardi à 19 heures. Après des jours de suspense, L’Elysée a confirmé le rendez-vous entre Emmanuel Macron et les dirigeants corses lors de son passage sur l’île. Parmi les nombreuses revendications de ces élus nationalistes, vont-ils évoquer le cas des prisonniers dits « politiques » ? C’est un des dossiers brûlants de cette rencontre, avec, en tête de cette liste, un nom emblématique, un certain….  Yvan Colonna. Un détenu qui a notamment eu pour avocat Gilles Simeoni, aujourd’hui président du conseil exécutif de Corse.

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Actuellement emprisonné à Arles, le berger de Cargèse condamné pour l’assassinat du préfet Erignac demande depuis des années son rapprochement en Corse. Une demande appuyée depuis plusieurs mois par les responsables nationalistes au pouvoir sur l’île de beauté. Sur France Inter, ce dimanche, Gilles Simeoni déclarait :

« On sort d’une période de 50 ans de conflit entre la Corse et la République. Cette période a connu son acmé avec l’assassinat du préfet Erignac […]. Cette page-là, nous voulons qu’elle soit derrière nous. Ces onze-là [prisonniers dits « politiques » par les nationalistes et détenus en Corse] ont droit au rapprochement, y compris les trois qui sont impliqués dans la mort du préfet Erignac. »

Quelques semaines plus tôt, le même Gilles Simeoni estimait sur LCI qu'« Yvan Colonna a, comme les autres, le droit au rapprochement. »

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Détenu particulièrement signalé

Le hic : Yvan Colonna est emprisonné depuis 2003 sous le statut des détenus particulièrement signalés. Un statut confirmé la semaine dernière par le Conseil d'Etat, empêchant tout retour en Corse parce que les établissements pénitentiaires de l’île ne sont pas habilités à accueillir ce type de détenus.

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La plus haute juridiction administrative relève que figurent notamment à ce répertoire des « détenus dont l’évasion pourrait avoir un impact important sur l’ordre public en raison de leur personnalité et/ou des faits pour lesquels ils sont écroués » ainsi que « les détenus appartenant à la criminalité organisée nationale ou internationale ou aux mouvances terroristes ».

« Au cas par cas »

Le Conseil d’État souligne que la décision attaquée « était légalement motivée par l’appartenance d’Yvan Colonna à la mouvance terroriste corse ». Il rappelle que l’inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés « ne détermine pas le lieu géographique de détention » et estime qu’elle « n’est pas contraire à l’objectif de préparation à la sortie de prison dès lors qu’elle n’entraîne pas la privation d’accès aux activités qui sont les mêmes que celles proposées aux autres détenus ».

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De son côté, face aux demandes des responsables nationalistes corses, le gouvernement s’était engagé à étudier « au cas par cas la situation de ceux qui sont actuellement emprisonnés sur le continent, en fonction de leur durée de peine, de leur comportement ». « Étudier au cas par cas, mais en fonction de quoi ? Du risque d’évasion ou de l’impact sur l’opinion publique ? », demande Me Spinosi. Pour l’avocat d’Yvan Colonna, cette décision relève d’un « problème symbolique ». « On ne veut pas qu’Yvan Colonna revienne en Corse », avance l’avocat, selon lequel « il n’y a pas de risque d’évasion » de son client.

« La solution est nécessairement politique »

Et de lancer un appel au gouvernement : « Aujourd’hui, la solution est nécessairement politique. La seule personne susceptible d’ordonner le retrait du fichier des détenus particulièrement signalés est la garde des Sceaux ». De quoi politiser un peu plus la situation.

« Le rapprochement politique est la seule des trois principales revendications nationalistes que le gouvernement pourrait traiter rapidement, car elle ne demande pas de révision constitutionnelle, analyse le politologue spécialiste de la Corse Thierry Dominici. La seule chose qu’il risque, c’est l’impact sur l’opinion. Il pourrait donner l’impression de montrer un signe de faiblesse. »

Interrogée sur le rapprochement des prisonniers corses dans l’île de Beauté, l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira a assuré elle aussi il y a quelques jours à Ajaccio que « le principe ne posait pas de problème » mais que pour certains détenus le sujet est « politique » et nécessite une décision au plus haut sommet de l’Etat.