Jean-Luc Mélenchon est heureux de lancer son école insoumise
Jean-Luc Mélenchon est heureux de lancer son école insoumise — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

POLITIQUE

«Ecole insoumise»: Pourquoi La France insoumise donne-t-elle des cours à ses militants?

Samedi, l'école de La France insoumise donnera son premier cours...

  • La France insoumise ouvre son école.
  • Des cours théoriques et pratiques seront donnés.
  • Former les militants n'est pas nouveau.

« Pas d’interros surprises, pas de notes, pas de redoublement ». La France insoumise lance son école de formation (eFI) samedi. Au programme : un cours magistral mensuel gratuit devant public et retransmis en ligne sur les comptes YouTube et Facebook du mouvement, mais aussi une série de vidéos tutorielles consacrées à l’activité militante.

« Dans son livre, A la conquête du chaos, en 1991, Jean-Luc Mélenchon se désolait déjà qu’au Parti socialiste, on ne prenait plus en charge la formation des militants. Cette demande a aussi été faite par les insoumis eux-mêmes lors de la Convention du mouvement fin novembre. Le cahier des charges de l’école correspond aux attentes des militants », indique Thomas Guénolé, politologue insoumis co-responsable du projet.

Les cours donnés par les intervenants, issus du mouvement, correspondent aux campagnes thématiques de La France insoumise : « Sortir du nucléaire » le 10 mars, « Lutter contre la pauvreté » le 21 avril, « l’évasion fiscale » en mai… « C’est une école de formation militante, assumée comme telle. Elle va permettre de s’approprier le programme, de développer l’argumentation militante et d’approfondir la formation politique en général », poursuit le politologue.

Le cursus scolaire du militant, une pratique de longue date

Cette organisation d’un cursus scolaire organisé par une force politique n’est pas nouvelle. « Tous les partis ont eu des structures de ce type pour la formation de leurs militants. Ça ne prenait pas forcément le terme d’écoles, mais ça a toujours existé. C’était notamment l’une des spécialités du Parti communiste : donner une culture historique, apprendre la pensée marxiste et aussi des techniques de militantisme, de tractage, etc. », indique l’historien Jean Garrigues.

« Le PCF a très tôt mis en place un système d’éducation, structuré en un cursus scolaire, […] un passage quasi obligé pour accéder aux responsabilités quel que soit l’échelon dans l’appareil partisan […] Jusqu’au début des années 90, l’éducation des communistes consistait donc à la tenue régulière d’écoles dans les fédérations », écrit sur Cairn Nathalie Ethuin, maître de conférences en science politique à Lille, et auteur d’une thèse sur le sujet. « La nouveauté est l’usage des réseaux sociaux, reprend Jean Garrigues. Ces formations ne sont plus réservées aux cercles des adhérents mais s’ouvrent aux sympathisants, aux curieux. Cela devient un instrument d’attraction ».

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Des MOOC et du microlearning chez LREM

« On s’adresse aux débutants comme aux militants qui souhaitent se mettre à jour. Mais contrairement aux écoles de l’ancien monde, on ne force personne à être là. Nous fournissons une offre pédagogique en accès libre. Aux militants, sympathisants, simples curieux de faire le tri », précise Thomas Guénolé.

On retrouve ici le « militantisme à la carte » initiée par La France insoumise ou La République en marche, où l’on adhère au mouvement d’un simple clic. Pas étonnant de retrouver LREM dans des projets similaires : le lancement d'un MOOC (formations en ligne ouvertes à tous) « Agir près de chez moi », d'un microlearning « tout savoir sur l’argent public », ou l’ouverture à venir d’un « institut de formation » pour préparer les futurs candidats LREM, notamment dans la perspective des municipales de 2020.

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« Les échecs répétés du politique depuis trente ans ont détourné les nouvelles générations, qui ont un déficit de culture politique. Les générations précédentes avaient aussi vécu des événements historiques, guerre froide, mai 68 par exemple, qui les avaient plongées presque systématiquement dans la vie politique », indique Jean Garrigues. « On trouve chez Jean-Luc Mélenchon cette volonté de repolitiser à l’image de ce qu’il fait dans ses meetings de campagne. Pour En Marche, la repolitisation passe davantage par le pragmatisme, la mobilisation du quotidien ».

Les insoumis n’oublient pas non plus le pragmatisme. Le premier cours, prévu initialement sur la philosophie politique, portera sur « les réformes du lycée et de l’université ».