Repoussée à l'après 2038, la ligne à grande vitesse entre Strasbourg et Lyon sera-t-elle un jour finie?

TRANSPORTS Le chantier de la branche est de la ligne à grande vitesse entre le Rhin et le Rhône n'est pas terminé sur plusieurs portions et pourrait ne jamais être bouclé, jugé «non-prioritaire» avant vingt ans...

Bruno Poussard

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Strasbourg est désormais relié à Paris en moins de deux heures en LGV, mais le train est loin d'être aussi rapide pour rejoindre Lyon. Illustration
Strasbourg est désormais relié à Paris en moins de deux heures en LGV, mais le train est loin d'être aussi rapide pour rejoindre Lyon. Illustration — PATRICK HERTZOG AFP
  • Si 140 kilomètres de la branche est de la ligne à grande vitesse entre le Rhin et le Rhône ont été ouverts en 2011, des portions bloquent encore.
  • Et ces chainons manquants pourraient ne jamais voir le jour, le chantier étant jugé «non-prioritaire» dans un rapport remis ce lundi au gouvernement.

C’est l’histoire de 50 kilomètres. Si la première phase des travaux a permis d’ouvrir 140 kilomètres de nouvelles lignes à la circulation en décembre 2011, le chantier de la branche est de la ligne à grande vitesse entre le Rhin et le Rhône, n’est pas terminé. Afin de rallier, à terme, Strasbourg à Lyon en trois heures environ, deux portions bloquent notamment encore.

Au sud-est de Dijon, ce sont d’abord 15 kilomètres de ligne qui manquent entre Genlis à Villers-les-Pots (en Côte d’Or). Puis 35 kilomètres, entre Petit-Croix (dans le Territoire de Belfort) et Lutterbach (Haut-Rhin). En ce début d’année 2018, une question se pose : la deuxième phase des travaux de la LGV Est aura-t-elle lieu un jour (sans parler de ceux au nord de Lyon) ?

Un chantier pas prioritaire avant 20 ans

C’est que, ce jeudi, la suite du dossier, véritable serpent de mer depuis le début des années 90, semble avoir pris du plomb dans l’aile. Dans un rapport du Conseil d’orientation des infrastructures du pays remis à la ministre des Transports ce matin par le co-président du think-thank spécialisé TDIE, le chantier n’est pas jugé prioritaire avant vingt ans :

« À ce stade, le Conseil ne retient pas de financements pour la LGV Rhin-Rhône d’ici 2038. Une réévaluation de la situation pourra utilement être faite à l’échéance 2027. »

 

Une confirmation que l’actuel gouvernement compte plutôt encourager les transports du quotidien que les nouvelles grandes infrastructures que la sénatrice alsacienne Fabienne Keller a appris avec déception en lisant Le Parisien ce matin : « J’ai tout de suite vu ce ''non-prioritaire'', ce n’est pas possible pour la desserte Strasbourg et l’Alsace qui sont au cœur de l’Europe… »

« Triste pour le réseau ferroviaire », selon une sénatrice

Si l’élue (Agir-la droite constructive) se réjouit de la desserte en moins de deux heures depuis Paris (sur la ligne en direction de Bratislava), elle a tenu à réagir vivement à cette annonce, « un coup d’arrêt », car la liaison nord-sud traversant l’est du pays (entre Francfort et Marseille plus largement) « est en progrès et fonctionne pourtant bien », insiste-t-elle.

« Cette liaison pourrait être rendue encore plus performante avec la suite de ce projet. Il faut comprendre que les travaux à réaliser à un endroit doivent impacter d’autres dessertes, plus loin, à Strasbourg et Francfort. Aujourd’hui, des groupes de touristes asiatiques viennent de Paris à Strasbourg en train, et beaucoup pourraient préférer la ligne à grande vitesse pour descendre ensuite dans le Midi. »

 

Dans ce contexte, Fabienne Keller en appelle à une large mobilisation des élus, déjà mobilisés (et inquiets) depuis un moment. Elle aimerait que « les décideurs comprennent que la LGV Est est un axe majeur pour l’Europe et le développement économique de notre territoire. » Mais le maillon manquant risque de le rester encore longtemps.