Les commentaires de ministres sur les affaires judiciaires en cours agacent

GOUVERNEMENT « C’est une habitude trop fréquente de la classe politique et il est temps que cela cesse », regrette la secrétaire générale du Syndicat de la magistrature…

20 Minutes avec AFP

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Marlène Schiappa
Marlène Schiappa — PDN/SIPA

Les ministres peuvent-ils s’exprimer sur des affaires judiciaires ? Au sein du gouvernement, la question, divise, agace même.

« Un ministre n’a pas à commenter une affaire judiciaire ». Par ce simple rappel sur l’antenne de France Inter, flèche décochée à la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Christophe Castaner a mis en lumière des approches divergentes au sein du gouvernement sur le sujet.

Au centre du débat, la réaction tranchée de Marlène Schiappa mercredi à la défense de l'avocat de Jonathann Daval. Ce dernier a avoué le meurtre de son épouse Alexia Daval, dont Me Randall Schwerdorffer a mis en en avant la « personnalité écrasante ».

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Marlène Schiappa soutenue par une partie de l’exécutif

« Nous dire : "elle a une personnalité écrasante, et c’est pour cela qu’elle aurait été assassinée", je trouve ça proprement scandaleux », avait déclaré sur RTL, Marlène Schiappa, demandant également d'« arrêter de minimiser les violences conjugales, arrêter de trouver des excuses ». Ces propos « ne sont pas adaptés », a répondu en retour Me Schwerdorffer.

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« Je pense que les droits de la défense doivent être préservés et ce n’est pas son rôle », a abondé sur Sud Radio l'ancienne Garde des Sceaux Rachida Dati.

Mais Marlène Schiappa a dans l’ensemble reçu l’appui de l’exécutif à commencer par Matignon qui estime qu’elle a « pris toutes les précautions nécessaires vis-à-vis de la présomption d’innocence ».

« Elle ne commente pas une seconde l’affaire. Mais elle critique à juste titre tous ceux qui banalisent dans leurs propos des violences conjugales. Ça n’a rien à voir », insiste-t-on dans l’entourage du Premier ministre.

Plus inattendu, Marlène Schiappa a aussi été soutenue par le chef de file des députés de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon qui a estimé qu’elle « a eu raison » d’intervenir.

Polémiques récurrentes

La sortie de Marlène Schiappa s’ajoute à celle de Nicole Belloubet qui dimanche avait commenté le comportement de Jawad Bendaoud, logeur présumé de djihadistes des attentats du 13-Novembre.

« Son attitude, qui est inqualifiable lors du procès, n’a aucune conséquence sur la sanction qui lui est appliquée », avait-elle déclaré, présageant ainsi d’une condamnation. Un commentaire qui a suscité immédiatement « l’indignation » et « l’inquiétude » de l’avocat de Jawad Bendaoud.

« Je n’ai pas souvenir qu’une garde des Sceaux ait commenté un procès en cours », avait dit Me Xavier Nogueras.

« Le principe de séparation des pouvoirs s’oppose à ce qu’un membre de l’exécutif prenne position sur des affaires judiciaires en cours, a fortiori quand il s’agit de la ministre de la Justice, alors que les instructions individuelles (de la chancellerie au parquet) ont été interdites », a rappelé ce jeudi Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature (SM, gauche).

« C’est une habitude trop fréquente de la classe politique et il est temps que cela cesse », a-t-elle insisté auprès de l’AFP.