Les Républicains: Jean-François Copé marginalisé, que reste-t-il des «copéistes»?

POLITIQUE L'ancien président de l'UMP Jean-François Copé a été écarté de l'une des instances stratégiques du parti Les Républicains, le marginalisant...

Anne-Laëtitia Béraud

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Jean-François Copé, maire de Meaux, lors de l'hommage rendu a Jean-Claude Brialy a l'occasion du 10e anniversaire de son décès, à Paris le 20 novembre 2017
Jean-François Copé, maire de Meaux, lors de l'hommage rendu a Jean-Claude Brialy a l'occasion du 10e anniversaire de son décès, à Paris le 20 novembre 2017 — SADAKA EDMOND/SIPA
  • Jean-François Copé, ancien président de l'UMP, a été écarté samedi de l'une des instances stratégiques de Les Républicains, la commission des investitures.
  • C'est une marginalisation de plus pour le maire de Meaux qui a lancé ou appuyé nombre de jeunes militants et élus à droite.
  • Ces derniers ont depuis pris des chemins différents, dans ou en dehors du parti.

Edit: Laurent Wauquiez a nommé le 30 janvier dix conseillers politiques, dont Michèle Tabarot.

Jean-François Copé, ancien président de l’UMP, a été écarté samedi de l’une des instances stratégique du parti Les Républicains. Le maire de Meaux (Seine-et-Marne) n’apparaît plus dans la composition de la commission nationale d’investiture (CNI), entérinée samedi lors du premier Conseil national de la présidence Wauquiez. Jean-François Copé reste membre du bureau politique (BP), sorte de gouvernement du parti, par sa qualité d’ancien président de l’UMP. Sa fidèle Michèle Tabarot, députée des Alpes-Maritimes, ne siège plus au BP. Cette dernière récupère cependant la vice-présidence de la CNI.

Le temps du « copéisme » entre 2010 et 2014, années durant lesquelles Jean-François Copé était à la tête de l’UMP, a passé. Le psychodrame à l’automne 2012 avec François Fillo, le «  retour » de Nicolas Sarkozy et ses reproches sur la gestion de l’UMP, le scandale Bygmalion (où il obtient un non-lieu), puis la primaire LR de 2016 lors de laquelle il termine en dernière position avec 0,3 % des suffrages, sont passés par là. Jusqu’à l’éviction actée ce samedi.

« Ses idées ont été largement reprises à droite »

Pour définir le « copéisme », Jonas Haddad, délégué Jeunes Républicains de Normandie, fait référence au théoricien Antonio Gramsci. La « droite décomplexée » chère au maire de Meaux aurait gagné la bataille culturelle à droite. « Les idées de Jean-François Copé ont été largement reprises à droite, malgré son retrait progressif et cette situation actuelle où la présidence n’a pas l’air de lui faire beaucoup de place », expose le jeune avocat. « Les leaders de la droite se sont alignés sur le mix [réalisé par Jean-François Copé] de libéralisme économique et de tradition avec les thèmes de sécurité et d’ordre », estime-t-il.

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Quant aux « copéistes », ils ont pris des chemins différents. Ils ont pourtant été nombreux. « Ont été proches de Jean-François Copé Florence Berthout, Brigitte Kuster, Claude Goasguen à Paris, Franck Riester, Christian Jacob, Pierre Bédier, Stéphane Beaudet, Bruno Beschizza, Michel Herbillon en Ile-de-France, Jean-Claude Gaudin, Jean-Luc Moudenc, Marc-Philippe Daubresse sans parler de Michèle Tabarot et Jean-Pierre Raffarin au niveau national », liste l’élu parisien Pierre-Yves Bournazel. « La moitié de l’UMP a été pour Copé car il rassemblait des centristes, des libéraux, des gaullistes », souligne-t-il.

Elu député en juin 2017, Pierre-Yves Bournazel a depuis rejoint le groupe groupe UDI, Agir et indépendants à l’Assemblée nationale. Ce groupe, qui s’est séparé de LR après les législatives, est présidé par le député de Seine-et-Marne Franck Riester, ex-proche de Jean-François Copé. L’ex-copéiste Jean-Baptiste Lemoyne a eu un autre destin. Conseiller technique de Jean-François Copé au gouvernement (2002-2007), puis secrétaire général délégué du groupe UMP à l’Assemblée nationale (2007-2014) quand Jean-François présidait ce groupe (2007-2010), il est aujourd’hui secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Autre chemin enfin : Luc Chatel, ancien vice-président de l’UMP sous Copé, a annoncé quitter la vie politique en novembre 2017.

« Ceux qui ont été poussés par lui sont toujours là »

Des proches et des nouveaux. A l’UMP, devenue Les Républicains, le maire de Meaux a aussi lancé une nouvelle génération à droite, saluent plusieurs de ces « jeunes ». « Il a donné sa chance à une génération qui n’était pas connue du grand public. Il m’a beaucoup poussé. Et ceux qui ont été poussés par lui sont toujours là », souligne Stéphane Tiki. Jean-François Copé a nommé le jeune militant au bureau politique du parti, tout comme Pierre-Yves Bournazel. « Jean-François Copé y a nommé beaucoup de jeunes, et même s’ils n’étaient pas, comme moi, vraiment de sa sensibilité », commente le député. « Nous étions nombreux au bureau politique, pas loin de 200. Ces nominations ont permis à Jean-François Copé de renouveler le parti, même s’ils n’étaient pas tous sur sa ligne », ajoute Pierre-Yves Bournazel.

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Les fidélités ont depuis changé. « Avant d’être un bébé Copé, j’étais un bébé Sarkozy et j’étais clair sur cet engagement avec Jean-François Copé. C’est pourquoi j’ai soutenu Nicolas Sarkozy quand il est revenu [pour 2014] », précise Stéphane Tiki. L’éphémère président des Jeunes populaires, soutien de Laurent Wauquiez en décembre 2017, voit aujourd’hui Jean-François Copé comme un « sage de la famille ». Il lui demande de temps à autre des conseils.

Entre ex-copéistes, reste « une affection » née dans l’adversité de la campagne de 2012 « face aux barons », affirme Jonas Haddad. « Nous avons rattrapé 40 points de retard durant cette campagne. L’effet de surprise a été incroyable. Quand on se revoit, on est toujours content, même si beaucoup se sont ensuite découpés en écuries ou ont gagné des mandats locaux, et sont désormais sur leur territoire », confie le jeune homme. Pierre-Yves Bournazel, qui a depuis pris du large avec LR, « garde du respect et de l’estime » pour Jean-François Copé. Mais la page est tournée.

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