Speed-dating, «no camera» et chef étoilé: Comment Macron a dragué les multinationales à Versailles

ECONOMIE Le président veut convaincre le monde entier de l'attractivité économique de la France...

L.C.

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Emmanuel Macron et Jean-Laurent Bonnafé, patron de la BNP Paribas, lors de l'événement

Emmanuel Macron et Jean-Laurent Bonnafé, patron de la BNP Paribas, lors de l'événement — ERIC PIERMONT / AFP

  • A deux jours du sommet mondial de Davos, le président a voulu organiser un sommet sur l’attractivité économique de la France.
  • Environ 140 patrons de multinationales, poids lourds de l’industrie, du Web et de la finance, sont invités ce lundi à Versailles.

Valenciennes-Versailles-Davos. Emmanuel Macron se lance ce lundi dans un parcours de charme à l’attention des multinationales. A deux jours du sommet réunissant les dirigeants politiques et économiques de la planète en Suisse, le chef de l’Etat réalise un gros coup en réunissant environ 140 grands patrons au Château de Versailles ce lundi.

Ce sommet, baptisé en anglais « Choose France » (Choisir la France), sera le cadre d’annonces d’investissements étrangers dans l’Hexagone. Une occasion pour Emmanuel Macron de jouer les ambassadeurs de l’attractivité économique du pays.

Un écrin prestigieux pour les annonces d’investisseurs

Ses prédécesseurs s’étaient déjà livrés à cet exercice convenu, mais l’Elysée souligne que davantage de patrons seront présents ce lundi : environ 140, contre une trentaine au Conseil de l’attractivité (créé sous Chirac) organisé par François Hollande en 2014, et une grosse vingtaine autour de Nicolas Sarkozy en 2011.

Certaines multinationales doivent officialiser des investissements et des projets, dont le réseau social Facebook, qui compte former 65.000 personnes au numérique d’ici à la fin de l’année, et le constructeur automobile japonais Toyota, qui projette d’injecter 400 millions d’euros pour agrandir son usine d’Onnaing, près de Valenciennes, avec plusieurs centaines d’emplois à la clé. Le chef de l’Etat y passera trois heures dans l’après-midi, lors d’une visite très cadrée, avant de se rendre à Versailles.

« Speed-dating » avec des PDG

Dans ce cadre prestigieux, l’ancien banquier habitué des discussions avec les grands patrons prononcera un discours en anglais devant le gotha économique et financier mondial, dont les patrons de Goldman Sachs, Coca-Cola, Danone, JP Morgan, Axa, BNP Paribas et Danone.

Quatre dirigeants auront même droit à un entretien de vingt minutes chacun avec Emmanuel Macron : Sheryl Sandberg, patronne de Facebook, Sundar Pichai, PDG de Google et les dirigeants de SAP (un éditeur européen de logiciels) et de Novartis (groupe pharmaceutique suisse). Un format speed dating, à huis clos « pour un dialogue plus direct » selon l’Elysée.

L'agenda d'Emmanuel Macron pour le 22 janvier 2018.
L'agenda d'Emmanuel Macron pour le 22 janvier 2018. - Capture 20 Minutes

Ce sommet s’achèvera par un dîner signé Alain Ducasse dans la somptueuse galerie des Batailles.

Attirer « les premiers de cordée »

Plus de la moitié du gouvernement sera présenté dès 13 heures et jusqu’au soir pour épauler le chef de l’Etat dans cette opération séduction au timing opportun : plusieurs enquêtes montrent que les investisseurs étrangers ont une meilleure image de la France. Le gouvernement veut en profiter et, après la réforme du Code du travail et de l’allégement des indemnités de licenciement des traders, compte baisser l’impôt sur les sociétés de huit points d’ici à 2022 (25 % contre 33,3 % en 2017).

« Cela fait partie des signaux qu’il faut envoyer car beaucoup de décisions de chefs d’entreprise sont irrationnelles. Notre pays doit donner envie et l’image que renvoie le chef de l’Etat est un atout », explique au sujet de ce sommet Sylvain Maillard, député (LREM) de Paris et chef d’entreprise interrogé par Le Monde. « Il faut attirer les premiers de cordée, c’est ça qui compte, le retour de la France dans l’économie mondiale », affirme Bruno Roger-Petit, le porte-parole de l’Elysée.

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Quelques critiques

Mais recevoir en grande pompe les patrons de multinationales comporte aussi des risques pour Emmanuel Macron : celui de donner du grain à moudre à ceux qui le qualifient de « président des riches » et celui d’être accusé de laxisme envers des patrons responsables de destruction d’emplois, de pollution, ou d’optimisation fiscale. Le sommet n’est pas ouvert aux médias.

Parant déjà les critiques, l’Elysée indique que dans son discours le président abordera « les trois défis majeurs auxquels nous sommes confrontés : l’accroissement des inégalités - le thème de Davos cette année - la lutte contre le dérèglement climatique et l’érosion de la biodiversité et la gouvernance mondiale, face à la montée des nationalismes et des extrémismes ».

Lorsqu’il était ministre de l’Economie, Emmanuel Macron avait déjà choisi les ors du palais de l’Ancien régime pour accueillir le « French Tech Discovery Tour ». Pendant une vingtaine de minutes, il avait incité, en anglais, les investisseurs étrangers et français à soutenir les start up françaises. « Entrepreneur is a French word », avait-il alors lancé devant un grand tableau dépeignant le passage des Alpes par l’armée du conquérant Napoléon Bonaparte.