Les Républicains: A coups de coudes, de jeunes députés veulent réveiller la droite

TROMBI De jeunes élus Les Républicains représentent les nouvelles voix de l’Assemblée nationale, au risque d'agacer certains de leurs collègues plus âgés…

Anne-Laëtitia Béraud

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Aurélien Pradié, député LR du Lot, le 31 octobre 2017 à Paris
Aurélien Pradié, député LR du Lot, le 31 octobre 2017 à Paris — PDN/SIPA
  • Le groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale a fondu de moitié à l'issue des législatives de juin 2017.
  • Ce groupe s’est aussi renouvelé, avec une dizaine de jeunes élus de 25-30 ans particulièrement actifs.
  • Ces députés mettent en avant leur expérience locale plutôt que leur âge pour s’imposer, suscitant l’intérêt mais aussi l’agacement de certains de leurs collègues.

« Casse-c*** » « gueulards », mais aussi « enthousiastes », et « apprenant vite ». En six mois de législature, une petite dizaine de députés Les Républicains âgés de 25-30 ans remue le groupe de droite qui a fondu de moitié depuis juin 2017. Moins connus que certains de leurs collègues tous aussi jeunes d’En Marche  ou de France insoumise, ces élus s’appellent Robin Reda, Paul-Henri Dumont, Aurélien Pradié, Julien Dive, Thibault Bazin, ou Fabien di Filippo. Prêts à jouer des coudes tout en souhaitant échapper à l’image d’une droite version costumes de luxe, ces jeunes élus intéressent mais aussi agacent parmi leurs collègues.

De leur jeunesse, parfois brandie dans leur compte Twitter - « une habitude prise lors d’études aux Etats-Unis, où l’on se présente en écrivant d’abord son âge », glisse le député Pierre-Henri Dumont, 30 ans, c’est plutôt l’expérience locale que ces élus mettent en avant. « En politique, je n’ai pas appris la théorie, mais tout de suite la pratique », argue Aurélien Pradié, député du Lot, élu conseiller départemental à 21 ans, maire à 28 ans puis conseiller régional à 30 ans. « Mon mandat de député, je le dois à mon travail local, à Juvisy-sur-Orge [gagnée en 2014, à 22 ans] qui n’était pas du tout acquise à la droite », précise Robin Reda, député de l’Essonne.

« Bousculer un ministre fait partie du débat parlementaire »

Leur style n’est pas uniforme. Certains, comme Aurélien Pradié, sont adeptes de la vitupération, tel ce mardi où le jeune élu faisait les chœurs face au secrétaire d’Etat Olivier Dussopt répondant sur la réforme de la taxe d’habitation (à partir de 48'). « Je considère que bousculer un ministre fait partie du débat parlementaire », glisse celui qui dit avoir pris pas mal de coups. « Si je suis parfois brutal, c’est parce que l’on a été brutal avec moi, que l’on ne m’a rien fait passer… C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui », justifie Aurélien Pradié.

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D’autres ne se reconnaissent pas dans le profil du député « gueulard ». « Je n’ai aucune envie de devenir un député gueulard, même s’il arrive parfois que je m’emporte », coupe Robin Reda. « Je ne suis pas dans cette logique de multiplier les prises de paroles pour montrer que je suis là. J’apprécie les débats contradictoires, sans être sectaire, et j’ai une certaine estime de l’autre au vu de l’investissement de chacun [dans la fonction de député] », ajoute cet élu.

Vue générale de la première séance des Questions au Gouvernement de la nouvelle Assemblée, au Palais Bourbon, à Paris, le 5 Juillet 2017.
Vue générale de la première séance des Questions au Gouvernement de la nouvelle Assemblée, au Palais Bourbon, à Paris, le 5 Juillet 2017. - SIPA

« Ils ont appris plus vite que la plupart d’entre nous »

Chez les parlementaires Les Républicains plus âgés, on loue la jeunesse et l’enthousiasme des nouvelles troupes : « Certains ne sont pas nés avec une petite cuillère dans la bouche, ils ont la niaque sans oublier le fond », félicite le député Philippe Gosselin. « Ils ont appris plus vite que la plupart d’entre nous, qui avons été accueillis à l’Assemblée nationale pour y apprendre les codes progressivement, pour s’inscrire dans la durée », abonde Daniel Fasquelle, député du Pas-de-Calais. Même Ugo Bernalicis, 27 ans, député de la France insoumise, reconnaît à l’un de ses adversaires politiques, Robin Reda, « du fond, même si on n’a pas du tout les mêmes idées ».

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Aux compliments se succèdent des piques sur ces jeunes qui n’ont pas le temps d’attendre 40 ans. Aurélien Pradié - convoqué en novembre par le président François de Rugy pour ses chahuts - en agace plus d’un, et pas seulement à gauche où l’on pointe des « sorties aux sous-entendus presque systématiquement sexistes » de ce député « qui dit de la m*** ». Un parlementaire LR estime ainsi que « certains sont sur la ligne de crête. Ce qu’il se passait il y a dix ans n’est plus supportable pour les Français. Les questions au gouvernement où l’on hurle, plus personne n’en veut. Ils nous donnent une mauvaise image, collectivement [le groupe Les Républicains de l’Assemblée] ».

Outre les sorties dans l’hémicycle, un autre évoque « des coups de coude pour tirer la couverture à soi », reprochant à plusieurs de ces jeunes élus de la jouer perso alors que la droite va, collectivement, mal. « Parfois prétentieux », assène encore un autre, considérant l’un de ses jeunes collègues comme « casse-c*** ».

« A droite, cette logique patriarcale et hiérarchique plus ailleurs »

Des commentaires reçus avec froideur par les intéressés. « Ce sont seulement quelques voix dissidentes qui parlent », minimise Ian Boucard, 29 ans, ex-député du Territoire de Belfort aujourd’hui en campagne pour la législative partielle des 28 janvier et 4 février. « Et puis c’est oublier que nous créons des affinités par notre travail plutôt que par le seul argument de l’âge », souligne l’ancien assistant de l’ex-député Damien Meslot, maire de Belfort.

« A droite, il y a encore cette logique patriarcale et hiérarchique plus qu’ailleurs, où prime l’ancienneté. Or, il faut plus d’équilibre, notamment dans les prises de paroles, au risque de créer de grandes frustrations », juge Robin Reda. « Je bosse mes dossiers, cela m’autorise donc à l’ouvrir », tranche Aurélien Pradié qui ajoute : « je suis plus libre que certains car je n’appartiens pas à des réseaux. On n’a pas de prise sur moi, et cette indépendance crée des jalousies ». « On a dû se battre pour avoir ce que l’on a eu, et c’est pourquoi il n’y a pas ce sentiment de devoir rendre quelque chose, contrairement à ce qui a pu se passer auparavant », abonde Pierre-Henri Dumont. « Auparavant », du temps de l’ancien monde…