Pas vraiment à gauche et surtout pas frondeur... A quoi ressemble le «pôle social» de La République en Marche?

POLITIQUE Des dizaines de députés LREM ont constitué un groupe pour peser en faveur de mesures plus sociales…

Laure Cometti et Thibaut Le Gal
Sonia Krimi, députée de la République en marche.
Sonia Krimi, députée de la République en marche. — Patrick KOVARIK / AFP
  • Une trentaine de députés LREM veulent porter des orientations plus «sociales» au sein de la majorité.
  • Ils se réunissent une fois par semaine autour de l'ex PS Brigitte Bourguignon.
  • Tous se défendent d'être un «sous-groupe de gauche» chez les marcheurs.

C’est un scoop : la République en marche possède deux jambes. Une à gauche et une à droite. Richard Ferrand, le patron du groupe à l’Assemblée a confirmé la bipédie de l’animal mardi, lors de sa conférence de presse de rentrée : « On marche sur deux jambes, pas à cloche-pied ». Le fidèle macroniste était interrogé sur la création d’un sous-groupe au sein du groupe LREM. Depuis peu, une trentaine de députés se réunit tous les mercredis autour de Brigitte Bourguignon notamment, pour défendre un « volet social plus affirmé » dans la majorité.

« Les ordonnances sur le Code du travail et le vote du Budget étaient des exercices plus contraints pour les parlementaires. Sur les réformes sociales à venir, [de la formation, l’apprentissage, la révision de la loi bioéthique…], les députés vont pouvoir s’exprimer davantage », confirme la présidente LREM de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée. « Au sein du groupe, il y en a qui ont envie, comme moi, de parler de social ».

De gauche ou pas de gauche ?

On retrouve au sein du pôle pas mal d’anciens membres du Parti socialiste comme Jean-Louis Touraine, Jean-Michel Clément, Françoise Dumas, Yves Daniel, ou Catherine Osson : « Moi à titre personnel, je suis une femme de gauche. C’est d’ailleurs pour ça qu’on est venu me chercher […] A la suite du débat sur le budget, les remarques sur le président des riches nous ont chagrinés. On s’est dit qu’on aurait pu faire entendre davantage notre sensibilité si on avait été plus structurés », avance la députée du Nord, qui ajoute : « Quand on voit certains amendements groupés, on se dit qu’il doit d’ailleurs exister un groupe semblable au nôtre, à droite, qui se réunit plus discrètement que le nôtre… »

Mais dans la novlangue d’En Marche, le mot « gauche » paraît tabou. « On se rejoint, on a des affinités, ce n’est pas une question de gauche ou de droite, c’est une question de fibre sociale ou pas », évacue Brigitte Bourguignon. « Dans le groupe, certains ont plus une fibre économique. Ce pôle social d’En marche ! doit lui aussi s’exprimer. L’un avec l’autre, nous sommes complémentaires ».


« Je n’aime pas le terme pôle de gauche. C’est une vieille grille de lecture. Les deux pieds de la majorité, ce sont LREM et le Modem », abonde Sarah El Haïry, députée MoDem de Loire-Atlantique qui participe à ces rencontres. « Brigitte a réuni des gens qui traitent des mêmes thématiques. Notre job, c’est de challenger le gouvernement. Ce travail se fait notamment par les amendements ».

« Mais on est tous social ! ça n’appartient à personne »

Jean-Michel Clément, député LREM de la Vienne avait même « appelé de ses vœux […] la constitution d’un groupe » distinct à l’Assemblée… avant de revenir sur ses propos. Car tous insistent : il ne faut pas y voir l’ombre d’un commencement d’une fronde. « Il ne s’agit pas d’être un contre-pouvoir ou un contrepoids. On est tous là pour porter le projet d’Emmanuel Macron et alimenter le groupe de réflexions », dit Catherine Osson. « J’ai connu la fronde dans l’ancienne législature, quel gâchis et quels dégâts… »

Dans le reste du groupe LREM de l’Assemblée, ces velléités sont parfois accueillies froidement. « Mais on est tous social ! ça n’appartient à personne », s’exclame Christophe Blanchet, issu du MoDem. « Pour beaucoup, c’est difficile de dépasser ce clivage [gauche-droite] mais il n’y a pas de groupe à créer au sein de LREM. Notre force, c’est notre diversité ».

Même topo pour l’ancien PRG Alain Tourret : « Une sensibilité dite plus sociale, je ne sais pas ce que ça veut dire… Il ne faut pas qu’on puisse laisser croire à l’idée d’un fractionnisme tel qu’on l’a connu dans la mandature précédente. L’expérience des frondeurs a été catastrophique pour le PS. La France n’en veut plus ».

L’ancien frondeur socialiste Régis Juanico s’en amuse : « Je ne doute pas qu’il y ait des députés authentiquement de gauche à En Marche ! Plusieurs anciens camarades PS nous ont dit dans les premiers mois leur amertume devant les mesures libérales et de droite. Entre la flat tax,​ l’ISF, la CSG, ils ont mangé leur chapeau. C’est normal qu’ils cherchent aujourd’hui à exister ». Le député ajoute : « On compte sur eux pour qu’ils fassent, sur le projet asile-immigration notamment, contrepoids en interne face à Gérard Collomb ». Le texte, critiqué au sein de la majorité, sera présenté aux députés par le ministre de l’Intérieur en personne le 23 janvier.