«Wauquiez porte un projet qui est une sorte de programme en stéréo du FN», prévient Philippe Langenieux, auteur de «Le Dangereux»

INTERVIEW Le maire LR d’Allevard (Isère) sort un livre ce jeudi dans lequel il s’inquiète des idées du président des Républicains et de sa montée en puissance…

Propos recueillis par Caroline Girardon

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Philippe Langenieux-Villard, maire LR d'Allevard, publie le 18 janvier un livre sur Laurent Wauquiez,

Philippe Langenieux-Villard, maire LR d'Allevard, publie le 18 janvier un livre sur Laurent Wauquiez, — D.R

  • « J’ai observé comment petit à petit Laurent Wauquiez a réduit à peau de chagrin le projet politique de la droite. Donc là, je me suis dit qu’il fallait alerter. »
  • « II continue d’avoir des méthodes un peu médiévales en saupoudrant ses amis, en punissant ses adversaires. »

Séduit par Laurent Wauquiez en 2014, qui lui a demandé de l’aide pour « conquérir la Région Auvergne-Rhône-Alpes », Philippe Langénieux-Villard lui tourne le dos quatre ans plus tard. Le maire de la commune d’Allevard dans l’Isère a rendu sa carte des Républicains et publie ce jeudi un livre intitulé Le dangereux (édition Philippe Rey) dans lequel il règle ses comptes avec son ancien protégé et entend « alerter » les électeurs.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Je suis vigilant de l’action ou des idées de Laurent Wauquiez depuis l’affaire du mémorial d’Izieu (la Région avait prévu en mai 2016 une baisse partie des subventions accordées à l’établissement avant de préciser que l’argent en question serait alloué à des actions de mémoire). A partir de ce moment, j’ai exprimé mon désaccord. J’en ai été naturellement puni. Enfin, c’est la règle du jeu.

Ensuite, j’ai vu la dérive droitière pendant la campagne de la présidence des Républicains. J’ai observé comment petit à petit Laurent Wauquiez a réduit à peau de chagrin le projet politique de la droite. Donc là, je me suis dit qu’il fallait alerter.

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Vous côtoyez Laurent Wauquiez depuis deux ans à la région Auvergne-Rhône-Alpes, comment le percevez-vous ?

Je ne fais pas d’analyse psychologique de Laurent Wauquiez mais plutôt une analyse politique du personnage. Il tente de nous faire croire que le fait d’être jeune fabrique une politique moderne. Mais au fond, il continue d’avoir des méthodes un peu médiévales en saupoudrant ses amis, en punissant ses adversaires. Ce qui n’est la plus grande dignité de la vie publique.

Je ne porte pas un jugement totalement négatif sur les actions qu’il mène à la région. D’ailleurs, j’ai voté les budgets parce que je trouve que sur un certain nombre de points, son plan montagne ou sa convention TER par exemple, il a montré qu’il était efficace. Ce n’est pas un portrait à charge. Je m’intéresse à sa dimension sur le plan politique national.

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Pourquoi le qualifiez-vous de « dangereux » ?

Il est dangereux parce qu’il est intelligent, travailleur et par conséquent, il peut y arriver (à accéder à l’Elysée). Il porte un projet qui est une sorte de programme en stéréo du Front national. S’il parvient à être élu, ça serait une catastrophe. J’alerte parce que la République de Weimar n’a jamais pensé qu’Hitler y arriverait, parce que l’Angleterre du Brexit n’a jamais pensé que ça se produirait, que l’Amérique de Trump n’a jamais pensé que ça arriverait et c’est arrivé. Donc il faut faire attention.

Qu’est-ce qui vous fait dire qu’il a des idées proches du Front national ?

Quand vous réduisez le projet politique de la droite, qui a une histoire sociale, culturelle, éducative et familiale, aux problèmes d’immigration et au djihadisme, vous êtes à côté de la plaque. On n’élit pas un président de notre parti pour ça. J’ajoute que sa manière d’attaquer de manière frontale le président de la République est parfaitement injuste. Quand il dit de lui qu’il a une âme vide, on est dans l’outrance. Le Front national nous a habitués à faire de la sorte. Il y a des similitudes dangereuses.

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Ne craignez-vous pas sa réaction à la sortie du livre ?

Je n’ai peur de rien. Je me fous de ce qu’il pense. J’espère qu’il le lira et qu’il comprendra pourquoi un certain nombre de gens ne le suivent plus. J’espère aussi que ce livre permettra à certains électeurs de droite de voir qu’il n’y a pas que la droite de Laurent Wauquiez. De mon côté, je ne rejoins pas La République en marche, je reste de droite.

Vous avez dit que le tout le monde se taisait dans sa majorité à la Région…

C’est le risque du scrutin proportionnel où chacun pense qu’il doit sa place au chef. Les premières réactions que j’ai entendues (par rapport à la sortie du livre) étaient de dire que je n’avais qu’à fermer ma gueule et démissionner. Mais j’ai un profond respect pour la belle devise de Max Gallo qui est « Fais ce que tu crois que tu es le seul à pouvoir faire ».

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Vous étiez pourtant séduit par Laurent Wauquiez…

En 1998, j’ai refusé la vice-présidence de la région proposée par Charles Millon, avant de créer un groupe RPR régional opposé à toute alliance avec le Front national. Je n’ai pas changé. Je n’ai rien à espérer de Laurent Wauquiez. Je sais bien qu’en cachette, les gens viendront me dire que j’ai raison mais que publiquement, ils me traiteront de salaud. Mais je m’autorise cette liberté.