Macron, Sputnik et Russia Today: Récit d'un conflit en cinq actes

SOFT POWER Mardi, la chaîne Russia Today a dénoncé les nombreux rejets de l'Elysée pour accréditer ses journalistes...

H.S.

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Emmanuel Macron a invité Vladimir Poutine quelques semaines après son élection lors d'une rencontre à Versailles.
Emmanuel Macron a invité Vladimir Poutine quelques semaines après son élection lors d'une rencontre à Versailles. — ETIENNE LAURENT / POOL / AFP
  • L’inimitié entre les chaînes Sputnik et Russia Today et le Président français a démarré lors de la campagne présidentielle.
  • Depuis, les relations entre ces deux médias et l’Elysée se seraient détériorées.
  • Le chef de l’Etat français souhaite que son gouvernement élabore une loi pour lutter contre les fausses nouvelles diffusées en ligne.

Emmanuel Macron menace-t-il la liberté de la presse ? La détérioration des relations entre le site Russia Today, l’agence de presse Sputnik et le chef de l’Etat suscite de plus en plus d’interrogations. Mardi, le site RT France a accusé l’Elysée de refouler ses journalistes et de boycotter les équipes du média russe. Plusieurs journalistes français ont fait part de leur inquiétude relative à un « tri » des cartes de presse par l’Elysée. Mais les rapports exécrables entre l’ex-candidat d’En Marche ! et ces deux titres russophiles ne datent pas d’hier.

  • Rumeurs et « Macronleaks » : Une campagne à charge

Février 2017. La campagne pour l’élection présidentielle est secouée par «l'affaire Fillon» révélée quelques jours avant par le Canard EnchaînéDans les sondages, le leader du mouvement En Marche ! commence à creuser l’écart, au coude à coude avec Marine Le Pen. C’est précisément à ce moment que le site russe Sputnik décide de publier une interview du député LR Nicolas Dhuicq.

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« Concernant sa vie privée, ça commence à se savoir à l’heure où nous parlons. Macron est quelqu’un qu’on appelle le 'chouchou' ou le 'chéri' des médias français, qui sont détenus par un petit nombre de personnes, comme tout le monde le sait. Par ailleurs, l’un de ses soutiens est le célèbre homme d’affaires Pierre Bergé, un associé et amant de longue date d’Yves Saint Laurent, qui est ouvertement homosexuel et défend le mariage pour tous. Il y a un très riche lobby gay qui le soutient », déclare alors l’élu.

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Une sortie sur sa vie privée incitant le candidat à l'Elysée à réagir. « Pour mettre les pieds dans le plat, si dans les dîners en ville, si dans les boucles de mails, on vous dit que j’ai une double vie avec Mathieu Gallet ou qui que ce soit d’autre, c’est mon hologramme qui soudain m’a échappé mais ça ne peut pas être moi ! », a-t-il lancé ironiquement lors d’un meeting de ses soutiens.

Aux rumeurs sur sa vie personnelle succèdent début mai les «Macronleaks ». Diffusés par le site de Julian Assange, Wikileaks, les documents émanant de ses équipes de campagne et réunissant des extraits de mails ou des factures sont massivement relayés par Sputnik et Russia Today.

  • Macron qualifie RT et Sputnik d'« organes de propagande »

Moins d’un mois après son élection à la tête de l’Etat, Emmanuel Macron reçoit en grande pompe Vladimir Poutine à Versailles. Et le président de la République n’a pas été tendre envers les deux médias russes Sputnik et Russia Today, lors de la conférence de presse organisée pour l’occasion. Interrogé sur son sentiment envers le site et l’agence de presse, Emmanuel Macron a déclaré qu’ils avaient parfois été « des organes d’influence et de propagande » durant la campagne présidentielle.

Avant le scrutin, Emmanuel Macron avait déjà accusé les deux médias de propager des rumeurs et des « propos infamants » à son endroit. Son porte-parole de l’époque, Benjamin Griveaux, avait lui directement mis en cause le Kremlin, l’accusant d’avoir « choisi ses candidats » et notamment Marine Le Pen, la patronne du Front national.

  • Macron « menace la liberté d’expression » pour RT

Il faudra moins de vingt-quatre heures à la patronne du site Russia Today pour dénoncer la sortie du Président. « Le président Macron pose les bases d’un dangereux précédent qui menace à la fois la liberté d’expression et le journalisme dans son ensemble », a réagi la présidente de RT, Xenia Fedorova, dans une interview vidéo.

« Nous ne nous attendions pas à ce que le président Macron continue de proférer ces accusations. Nos journalistes ont souffert de certaines pressions de la part de son équipe de campagne et pas une seule fois on ne nous a donné ne serait-ce qu’un exemple de la manière dont RT et RT France en particulier auraient agi afin de saboter sciemment sa campagne », a-t-elle ajouté.

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Pour le site d’information, « RT France est facilement accessible à tous, et n’importe qui peut vérifier qu’aucun des articles qui traitent d’Emmanuel Macron ne peut permettre de dire que nous faisons de la propagande. »

  • Loi anti « fake news » : La contre-attaque de Macron

Lors de ses vœux formulés à la presse au début du mois, le président de la République a annoncé vouloir « faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles ». Il a ainsi annoncé qu’en période électorale, « les plateformes se verront imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés afin de rendre publique l’identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent, mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus. »

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pourrait à l’avenir « lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers », a-t-il précisé, dans une allusion à peine voilée à Russia Today et Sputnik. Un projet de loi qui a suscité les critiques, lundi, du ministre des Affaires Etrangères russe, Sergueï Lavrov.

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  • Les journalistes de RT France mis à l’écart par l’Elysée

Le dernier acte de cette guerre s’est ouvert ce mardi. « L’Elysée a refusé l’accréditation à nos journalistes deux fois en une semaine », a indiqué la rédactrice en chef de RT, Margarita Simonian, dans un communiqué publié sur le site de la chaîne. Lundi matin, un journaliste de RT France, chaîne lancée en décembre, est arrivé à l’Elysée pour assister à un briefing du porte-parole de la présidence française, mais s’est vu refuser l’accès, selon le communiqué.

« Quand j’ai dit que je travaillais pour RT, on m’a répondu que je n’étais pas journaliste et que l’accès était réservé uniquement aux journalistes », a assuré un employé de RT France, en précisant avoir bien présenté sa carte de presse. Une situation similaire a eu lieu à Rome le 10 janvier lorsque l'« équipe du président français n’a pas donné l’autorisation à RT d’assister au sommet » des dirigeants de sept pays du sud de l’Union européenne, selon la chaîne.