Questure: Eric Ciotti en passe de décrocher l'un des postes le plus stratégiques et privilégiés de l’Assemblée

POLITIQUE L'élection du nouveau questeur de l'Assemblée nationale, à la suite de la démission de Thierry Solère, se tient ce mardi après-midi...

Anne-Laëtitia Béraud

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Le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, le 5 décembre 2017 à l'Assemblée nationale
Le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, le 5 décembre 2017 à l'Assemblée nationale — Jacques Witt / Sipa/SIPA
  • L’élection du nouveau questeur de l’Assemblée nationale, à la suite de la démission de Thierry Solère (LREM) en novembre, se tient ce mardi après-midi.
  • Eric Ciotti, député Les Républicains, soutenu par la droite, a de très grandes chances d’être élu à ce poste, son groupe étant le deuxième en nombre dans l’hémicycle.
  • Les questeurs, au nombre de trois, sont chargés des services administratifs et financiers de l’Assemblée nationale.
  • Cette fonction spéciale est aussi l’une des plus privilégiées de l’institution.

Sans suspense, le député Les Républicains Eric Ciotti devrait être élu questeur de l’Assemblée nationale ce mardi après-midi. L’élu des Alpes-Maritimes, qui pensait hériter de ce poste spécial en juin, avait été battu par surprise par son ancien collègue Thierry Solère, passé entre-temps de LR au groupe de droite Macron-compatible « Les Constructifs ». La situation est devenue explosive avec le ralliement de Thierry Solère à LREM en novembre, puisque l’usage, depuis 1973, veut que l’un des trois postes de questeurs soit attribué à l’opposition, les deux autres étant acquis à la majorité.

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Trois questeurs macronistes ? Le patron du groupe Les Républicains, Christian Jacob, s’était insurgé face à une situation « bafouant » les droits de l’opposition. Sous la pression, Thierry Solère avait démissionné fin novembre. Soutenu par le groupe Les Républicains, deuxième en nombre dans l’hémicycle, Eric Ciotti devrait ainsi prendre sa revanche face à l’ancien collègue qualifié entre-temps de « professionnel de la trahison ».

Les argentiers de l’Assemblée nationale

Peu connus du grand public, les questeurs occupent un poste spécial, l’un des plus stratégiques et privilégiés de l’Assemblée. Chargés des services financiers de l’Assemblée nationale, ils gèrent le budget d’environ 550 millions d’euros par an, l’institution publique étant la plus coûteuse de la République devant le Sénat et l’Elysée. « Aucune dépense nouvelle ne peut être engagée sans leur avis préalable [des questeurs] », précise le règlement de l’Assemblée nationale.

Les questeurs sont aussi chargés des services administratifs (personnel, patrimoine immobilier, voitures, sécurité) et des 1.132 fonctionnaires en poste au 1er février 2017 (administrateurs, agents chargés de l’accueil, rédacteurs des comptes rendus, chauffeurs…)

Rémunérations et appartements de fonction XXL

Ces trois députés ont par ailleurs la main sur nombre de règles concernant leurs collègues : ils sont chargés des conditions matérielles de l’exercice du mandat de député (locaux, transports, informatique..). Avec le président François de Rugy, ils travaillent actuellement sur la réforme des statuts des collaborateurs parlementaires, après avoir préparé la réforme des frais de représentation des députés, qui a donné  lieu à un arrêté commenté du 29 novembre. Les questeurs diligentent enfin les procédures contentieuses.

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Pour mener à bien ces missions, les questeurs sont les élus les mieux rémunérés de l’Assemblée, outre le président. Ils reçoivent une prime de 5.004 euros, en plus des 7.210 euros d’indemnité de député, pour un total de 12.214 euros brut par mois.

Ils bénéficient également d’un secrétariat, d’un maître d’hôtel, d’un cuisinier et d’une voiture avec chauffeur et disposent d’appartements de fonction de 400 mètres carrés au sein du Palais Bourbon. Ces derniers sont composés d’une partie privée mais aussi de salons que le questeur met à disposition de son groupe ou de clubs pour des séminaires, des petits-déjeuners et des déjeuners.

« Ouvrir cette maison »

Des privilèges qui interrogent Ugo Bernalicis, député France insoumise lui aussi candidat au poste de questeur mardi. « Il est hypocrite de dire qu’il faut toujours plus de contrôles [des indemnités et frais] pour les députés mais que les salaires du président et des questeurs soient trois plus élevés que celui des députés ? Qu’est-ce qui motive cette différence ? Il faut des parlementaires, mais pas des sur-parlementaires, comme des sous-parlementaires qui n’ont pas les moyens de rémunérer correctement leurs collaborateurs », précise à 20 Minutes l’élu du Nord.

Des critiques que balaye Jean Launay, questeur (PS) de l’Assemblée nationale entre septembre 2016 et juin 2017. « Le poste de questeur est lourd et est en lien avec tous les sujets de l’Assemblée, que ce soient les finances, l’administration, le matériel, avec des services à organiser pour les députés et une écoute pour chacun alors qu’il y a beaucoup de sollicitations. C’est aussi un poste sensible et éminemment politique, où le dialogue est important pour trouver des solutions collectives », souligne l’ancien député qui préside aujourd’hui la Commission supérieure du numérique et des postes (CSNP). « Le poste de questeur est assez peu connu du grand public par manque de communication, mais j’ai œuvré, sur le court laps de temps durant lequel j’ai été questeur, à ouvrir cette maison », précise l’ancien questeur.

A la questure, Eric Ciotti rejoindra Florian Bachelier (LREM), premier questeur, et Laurianne Rossi (LREM).