VIDEO. Lyon: France 3 déprogramme des reportages sur Wauquiez, la rédaction dénonce une pression politique

INFORMATION La direction régionale de la chaîne a estimé que le contenu des reportages était trop «déséquilibré»...

Caroline Girardon
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Laurent Wauquiez
Laurent Wauquiez — J. Witt

Le néo président des Républicains Laurent Wauquiez ferait-il la pluie et le beau temps à France 3 ? C’est en tout cas ce que pense une partie des salariés qui s’est insurgée contre la déprogrammation d’une série de reportages consacrée au président de la région Rhône-Alpes. Un feuilleton dont le but était de « cerner sa personnalité et ses ambitions ».

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La direction régionale de la chaîne de télévision a décidé de suspendre les trois derniers volets, qui devaient être diffusés mercredi, jeudi et vendredi dans les journaux de 12h et 19h des éditions de Lyon, Clermont-Ferrand et Grenoble. Le motif ? Les épisodes ont été jugés « déséquilibrés ». Ce que conteste la rédaction, dénonçant une pression politique.

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Vérifier les dires et les chiffres

« On a essayé d’aller un peu plus loin que ce que l’ont fait dans nos reportages au quotidien. Au lieu de rester sur le déclaratif, on a voulu vérifier ce que disait Laurent Wauquiez. Le but était de voir si les chiffres annoncés sur tel ou tel sujet correspondaient à la réalité. La rédaction en chef avait validé le principe de cette enquête », assure Daniel Pajonk, délégué du syndicat SNJ-CGT. Et de poursuivre : « On a rassemblé des tas de documents, interrogé différentes personnes, sollicité des experts pour se faire éclairer sur certains points ».

Un mois de travail anéanti en un coup de fil. « On sait que Laurent Wauquiez a téléphoné, ou quelqu’un de son entourage pour dire qu’il était furieux », ajoute une journaliste.

« Du jamais vu »

« Ni une, ni deux, la dite direction obtempère immédiatement devant les oukases d’un Wauquiez qui menace d’ajourner sa participation à l’émission Dimanche en politique », relate sur son blog, Renaud Revel, ancien rédacteur en chef de L’Express, aujourd’hui chroniqueur télé.

Ce que confirme une journaliste : « L’émission, qui dure 52 minutes, risquait de passer à la trappe. La direction ne voulait pas prendre le risque qu’elle ne se fasse pas. » Elle lui a même octroyé un droit de réponse, équivalent à la durée d’un volet de la série. « Une interview sèche qui sera diffusée midi et soir, où l’on avait pour consigne de ne poser une question gênante », affirme Daniel Pajonk, « atterré ». Du « jamais vu ». « Cela n’était jamais arrivé sur France 3, d’autant que Laurent Wauquiez avait le loisir de s’exprimer pendant 50 minutes durant l’émission politique à laquelle il a finalement participé », ajoute un collègue.

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« Il n’y a jamais eu de pression » selon la Région

Contactée par 20 Minutes, la région Rhône-Alpes confirme qu’il y a eu des contacts mais dans le seul but de « caler l’émission politique ». « Il n’y a jamais eu de pression, même si certains propos n’étaient pas flatteurs pour lui. Laurent Wauquiez s’est rendu sur le plateau et l’émission a été enregistrée ». Emission diffusée par ailleurs ce jeudi en live sur les réseaux sociaux.

Si la Région confirme qu’un droit de réponse a été demandé, elle assure en revanche n’être « absolument pour rien » dans la décision de suspendre la diffusion des reportages.

«On n’était pas dans les clous sur le plan du traitement politique »

C’est le deuxième volet de la série, consacré au budget, qui aurait mis le feu aux poudres. Le rédacteur en chef ne l’a pas visionné avant sa diffusion, et s’est dit surpris du résultat. « On ne s’empêche pas de faire de l’investigation mais, dans la forme et sur le fond, on essaie d’être équilibré et plutôt mesuré. Et là, ce n’était pas le cas. On n’était pas dans les clous sur le plan du traitement politique et par rapport à notre tonalité de service public », explique à l’AFP André Faucon, directeur régional de la chaîne.

Autrement dit, les journalistes ayant réalisé le feuilleton n’auraient pas assez donné la parole à Laurent Wauquiez, préférant mettre en avant celle de ses détracteurs. « La couleur avait pourtant été annoncée d’entrée de jeu. La liste de toutes les personnes interrogées a été présentée. C’était un feuilleton qui se regardait sur toute la semaine, dans sa totalité », précise un membre de la chaîne. Et d’ajouter qu’après avoir visionné les épisodes 4 et 5 consacrés à la sécurité et à la communication, la rédaction envisageait désormais de les diffuser.

Les salariés devaient se réunir à 18h ce jeudi en assemblée générale pour décider éventuellement d’une action à mener dans les prochains jours.