Crainte de nombreux divorces chez les députés: «Ils croyaient que ce serait facile comme à la télé?»

POLITIQUE François-Michel Lambert, député LREM, dénonce le comportement de certains de ses collègues, peu au fait de la fonction qu’ils occupent…

Adrien Max

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Le député EELV des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert, en 2012 à Marseille
Le député EELV des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert, en 2012 à Marseille — Anne-Christine Poujoulat AFP
  • Le député François-Michel Lambert peste contre les députés qui se plaignent de la charge de travail qu’implique leur fonction.
  • Selon lui, l’arrivée de la société civile en politique a créé un décalage entre la croyance des personnes qui en sont issues, et la réalité.
  • Derrière cette critique, il regrette l’interdiction d’employer un membre de sa famille, alors que sa femme, et assistante parlementaire, vient de recevoir son préavis de licenciement.

François-Michel Lambert monte au créneau. Invité sur les ondes de France Bleu Provence ce jeudi matin, le député LREM des Bouches-du-Rhône a déclaré craindre de nombreux divorces chez les députés de sa majorité.

Joint par 20 Minutes, il précise sa pensée et regrette surtout l’attitude de certains députés. « Ce que j’ai voulu dire c’est qu’il n’y a rien d’extraordinaire dans nos fonctions. Je ne comprends pas que certains députés se plaignent et je n’apprécie pas leur façon d’aborder le mandat. Ils se sont créé un imaginaire des bars du coin », considère-t-il.

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« Ils ont cru que c’était un job sympa de commercial »

A travers cette critique, il dénonce la stratégie de son propre gouvernement et parle d’un « retour de bâton ».

Je regrette cette illusion de la société civile qui arrive en masse pour expliquer le métier à ceux qui sont déjà en place, en se moquant d’eux sans avoir de réelles capacités d’engagement. Ils ont cru que c’était un job sympa de commercial alors qu’il s’agit d’un engagement de tous les instants. Ils croyaient que ce serait facile comme à la télévision ? Sauf qu’il y en a 50 comme à la télé, et 500 dont le quotidien n’est pas simple. »

Visiblement, la réalité de la fonction rattraperait certains, pas très au fait du rôle et de la quantité de travail d’un député. « Certains collègues élus depuis six mois me disent déjà qu’ils ne participent plus aux questions d’actualité pour préserver leur vie de famille. On a oublié de les prévenir sur le métier par cette idée de renouvellement », avance-t-il.

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Effet inverse

A travers cette situation, il revient à la charge quant à l’interdiction d’employer un membre de sa famille comme assistant parlementaire. « Lorsque j’ai été élu je me suis tout de suite mis en action en employant ma femme qui a les compétences nécessaires pour. J’ai envie de leur dire “voilà vous vous plaignez mais en même temps vous créez des contraintes qui permettaient d’avoir un équilibre”. »

Pour lui, cette stigmatisation de l’emploi de membres familiaux en tant qu’attaché parlementaire a eu l’effet inverse que celui escompté : il a affaibli les parlementaires. « Cette question a été posée en trois semaines, sans aucun recul, et sans que personne ne connaisse le job. Si on avait parlé apprentissage peut être que les 300.000 postes non pourvus cette année auraient trouvé preneur », déplore-t-il.

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« Un écran de fumée »

Une levée de bouclier, semble-il, opportune pour le député, dont la femme, Marjorie Hagobian, a reçu son préavis de licenciement en tant qu’assistante parlementaire il y a moins d’une semaine. Elle se montre très critique avec le gouvernement en place :

C’était un écran de fumée. Ils ont voulu faire croire que les emplois familiaux étaient des emplois fictifs alors que ceux-là existent toujours.

Cette possibilité offrait un vrai équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, selon elle. « Parfois un député peut se rendre compte au bout de deux ou trois semaines qu’il n’a pas mangé une seule fois avec ses enfants. Cela nécessite une implication du soir au matin, ainsi les week-ends pour les fêtes associatives », raconte-t-elle.

Plus que tout, elle regrette de se faire licencier parce qu’elle est la femme de. « C’est une mesure discriminatoire, on me licencie à cause de mes liens familiaux. Pour moi c’est trop tard mais je veux porter cette histoire devant la justice pour refermer cette boîte de pandore », prévient-elle.