Le retour en avion d’Edouard Philippe est-il vraiment scandaleux?

POLITIQUE Le Premier ministre a tenté d'« expliquer » ce mercredi le recours à un vol privé Tokyo-Paris à 350.000 euros pour le ramener plus vite et confortablement de Nouvelle-Calédonie…

T.L.G.

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Le Premier ministre Edouard Philippe, le 20 octobre 2017 à Bordeaux
Le Premier ministre Edouard Philippe, le 20 octobre 2017 à Bordeaux — UGO AMEZ/SIPA

Polémique autour d’un déplacement du Premier ministre. Edouard Philippe a tenté d'« expliquer » ce mercredi le recours à un vol privé Tokyo-Paris à 350.000 euros pour le ramener plus vite et confortablement de Nouvelle-Calédonie avec sa délégation.

Dans la nuit du 5 au 6 décembre, lors d’une escale technique à Tokyo d’un A340 de l’armée de l’air qui le ramenait avec plusieurs ministres et sa délégation en métropole, le Premier ministre et une large partie des passagers ont embarqué dans un autre A340 loué par Matignon à une entreprise privée pour 350.000 euros, et jugé plus confortable que celui de l’armée. Celui-ci, disposant de 275 sièges économiques, est rentré quasiment à vide. L’opposition a dénoncé une utilisation « abusive » de l’argent public. D’anciens ministres ou des journalistes ayant emprunté l’avion dit inconfortable ont quant à eux indiqué qu’ils ne voyaient pas en quoi il était impossible de s’y reposer.

« Je l’assume complètement cette décision, je l’assume tellement que je veux l’expliquer », a pourtant déclaré le chef du gouvernement sur RTL, tout en disant « comprendre parfaitement à la fois la surprise et les interrogations » des Français. « C’est compliqué de déplacer le Premier ministre, et c’est cher », s’est défendu Edouard Philippe.

« Si vous aviez invité Édouard Philippe, je serais venu en métro »

Le Premier ministre a également précisé au micro de la radio : « Si vous aviez invité Édouard Philippe, je serais venu en métro, ça m’aurait coûté 1,90 ou 2 euros. Mais vous avez invité le Premier ministre (…) je suis arrivé avec quatre véhicules, des motards, 15 personnes, avec un médecin et un transmetteur qui me suivent en permanence, parce que c’est le régime donné à un Premier ministre d’être systématiquement en mesure de réagir », a-t-il ajouté. L’ancien Premier ministre Manuel Valls en personne lui a donné raison sur Twitter.

« Un déplacement autour du monde, avec 50-60 personnes accompagnant le Premier ministre, ça a un coût. Si Edouard Philippe avait pu utiliser l’avion présidentiel, parfaitement adapté pour les vols longue distance et qui est facturé à 20.776 euros de l’heure, on serait dans les mêmes ordres de grandeur », avance René Dosière, ancien député PS spécialiste des dépenses de l’Etat, qui rappelle qu’un Premier ministre a tout à fait le droit d’utiliser un avion privé.

« Quand le Premier ministre va en Nouvelle-Calédonie, ça a un coût »

Pour un vol Tokyo-Paris, d’environ 13 heures, la dépense aurait donc été d’environ 270.00 euros. « Les gens ont tout à fait raison d’être attentifs à l’usage de l’argent public, mais quand le Premier ministre va en Nouvelle-Calédonie, il faut savoir que ça a un coût, il faut être capable de le supporter », poursuit l’ancien parlementaire.

L’association Anticor a elle rappelé au Premier ministre l’application d’une circulaire de mai dernier, qui demandait aux ministres « de limiter l’usage des deniers publics au strict accomplissement de la mission ministérielle ». « Dans cette affaire, le Premier ministre n’a pas commis d’irrégularités mais au regard de la déontologie fixée, il n’a été ni exemplaire, ni modeste comme il le demandait à son gouvernement », note Eric Alt, vice président d’Anticor. 

Reste à savoir combien a coûté le retour de l’avion militaire, abandonné pour gagner deux heures et pouvoir ainsi assister à un Conseil de défense. « Le coût a été double car il y a l’avion de l’armée qui a fait un retour à vide. C’est symbolique, également pour le bilan carbone de ce voyage… » remarque Eric Alt. Nicolas Hulot n’a pas encore donné son avis sur la question.