Pourquoi Emmanuel Macron est aussi discret sur la question de la laïcité

POLITIQUE Le chef de l’Etat, qui rencontre jeudi plusieurs représentants de communautés religieuses, devrait bientôt prendre la parole sur la laïcité…

Thibaut Le Gal

— 

Le président de la République Emmanuel Macron, le 13 avril 2017 à Paris
Le président de la République Emmanuel Macron, le 13 avril 2017 à Paris — Virginia Mayo/AP/SIPA
  • En pleine polémique Charlie/Mediapart, le chef de l'Etat n'a pas réagi.
  • Emmanuel Macron rencontre les responsables des communautés religieuses jeudi.
  • Le président devrait bientôt prendre la parole sur la laïcité.

En pleine polémique Charlie Hebdo/Mediapart, on ne les a guère entendus. Lorsque la classe médiatico-politique s’est enflammée autour des questions de laïcité, Emmanuel Macron et les députés de la majorité sont restés plutôt discrets. Même si aucune date n’est avancée, l’Elysée assure que le président devrait s’exprimer prochainement sur le sujet.

Dès la mi-novembre, Manuel Valls avait interpellé le chef de l’Etat : « Le président est le garant du rassemblement. Il doit — enfin ça n’est pas une injonction — rappeler quels sont ces principes qui nous permettent depuis des décennies de vivre ensemble. Il doit parler fort. Il doit aussi très clairement rappeler la protection que nous devons à la presse, aux journalistes, aux dessinateurs… », demandait le député apparenté à la République en marche mi-novembre au Parisien.

>> A lire aussi : «Charlie Hebdo»: Comment Manuel Valls est devenu le héraut («autoproclamé»?) de la laïcité

« Emmanuel Macron souhaite une approche dépassionnée »

Certains médias annonçaient une prise de parole le 9 décembre pour l’anniversaire de la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Rien : le chef de l’Etat s’est contenté de rencontrer, la veille, les représentants des différents cultes. Emmanuel Macron retrouvera les responsables religieux jeudi en présence du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et celui de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer.

« Le président n’a pas vocation à arbitrer les querelles. Il n’est ni Charlie, ni Mediapart, mais le président de tous les Français », dit-on à l’Elysée. « Sur ce type de sujets, comme la laïcité, où les crispations peuvent très vite ressurgir et conduire à un débat pas serein, Emmanuel Macron veut une approche dépassionnée. C’est pour ça qu’il trouvait intéressant de faire venir les représentants des cultes pour dialoguer. Alors qu’ils ne se rencontrent souvent que lorsqu’il y a un problème ».

Couvrez ce Valls que je ne saurais voir

Au-delà du chef de l’Etat, les marcheurs sont également restés timides ces dernières semaines. « La République en marche doit s’emparer des thèmes de la laïcité et de l’islam », a exhorté le député Aurélien Taché, il y a quelques semaines dans le Monde. La majorité est apparue d’autant plus discrète que Manuel Valls multipliait dans le même temps les sorties fracassantes dans les médias. « Il est vrai que dans la majorité, il y a une gêne pour éviter de bouleverser la bien-pensance », appuyait l’ancien Premier ministre, révélant au passage les différentes positions de la majorité sur la question : certains députés condamnant ses déclarations, d’autres les soutenant.

« Le président a la conviction que la laïcité est une liberté »

Difficile donc, de percevoir une ligne. Le chef de l’Etat pourrait montrer le cap, dans un discours, peut-être en janvier. « Les réflexions déboucheront à un moment donné sur une expression principielle de ce qu’il entend par laïcité », répond, laconique, l’Elysée. En attendant, l’entourage du président nous donne quelques pistes.

« Dans sa conception, la laïcité n’est pas une religion d’Etat, mais la capacité de l’Etat à permettre l’expression de la religion. On ne peut pas demander aux gens de vivre leur foi de façon modérée, car par définition, la foi est un absolu. La question est donc d’adapter au cadre moderne les aspirations de ceux qui vivent leur foi. Le président a la conviction que la laïcité est une liberté, une liberté qui protège ».

On nous renvoie aussi, vers une longue interview du candidat à Challenges en octobre 2016. Voilà ce que disait le candidat :

  • « Il faut préserver comme un trésor la conception libérale de laïcité »
  • « Le laïcisme [est] une conception étriquée et dévoyée de la laïcité qui dénote à la fois une insécurité culturelle profonde et une incompréhension historique de la France »
  • « La République n’a pas vocation à apporter une transcendance spirituelle ».

« Les expressions d’Emmanuel Macron me paraissent justes et opportunes. Comme le dit le président, la liberté est la première base de la laïcité », note Jean-Louis Bianco, renouvelé par le gouvernement pour cinq ans à la tête de l’Observatoire de la laïcité. L’ancien ministre socialiste, souvent critiqué de «laxisme» par les tenants de la ligne Valls, y voit « un signe de confiance ». Il salue aussi la « version apaisée de la laïcité » du chef de l’Etat et les missions de formation lancée par exemple à l’Education nationale. Jean-Michel Blanquer a annoncé la semaine dernière la création d'«unités laïcité» dans les académies pour aider les professeurs.