VIDEO. Elections en Corse: Gilles Simeoni ou la stratégie gagnante du rassemblement

POLITIQUE La coalition nationaliste de l'autonomiste Gilles Simeoni et de l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni a largement emporté dimanche soir les élections territoriales en Corse..

Adrien Max

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Gilles Simeoni, le 10 décembre 2017, après avoir voté aux élections territoriales de Corse.
Gilles Simeoni, le 10 décembre 2017, après avoir voté aux élections territoriales de Corse. — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
  • Gilles Simeoni l’autonomiste, et Jean Guy Talamoni, l’indépendantiste  ont emporté largement, avec 56,5% des suffrages, les élections territoriales de Corse avec leur union Pè a Corsica.
  • Gilles Simeoni est le fils d’Edmond Simeoni, considéré comme l’un des pères du nationalisme Corse.
  • Pour une société corse « apaisée et heureuse », il sait rassembler.

Cette fois-ci ce n’est pas une surprise. Avec sa liste nationaliste Pé a Corsica emmenée conjointement avec Jean Guy Talamoni, Gilles Simeoni a largement gagné les elections territoriales de Corse, avec 56,5% des suffrages . Une nouvelle victoire pour le président sortant du conseil exécutif de Corse, et chef de file des autonomistes, né en avril 1967 à Bastia.

Gilles Simeoni est le fils d’Edmond Siemoni, considéré comme l’un des pères du nationalisme corse. Prônant la paix, il a pourtant dirigé, près d’Aléria en 1975, la première action violente et spectaculaire de la mouvance autonomiste. Avec 12 hommes armés, ils avaient occupé la cave viticole d’un chef d’entreprise pied-noir, pour protester contre une escroquerie qui menaçait de ruiner des centaines de petits viticulteurs corses.

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Un nouveau nationalisme

« J’ai une profonde admiration pour lui et pour son engagement même si chacun se construit individuellement », considère Gilles Simeoni. Il a commencé sa carrière en tant qu’avocat, siégeant dans une cour d’assises pour la première fois au cours du procès d’Yvan Colona, aux côtés d’Eric Dupond Moretti, notamment. « C’est un garçon talentueux et très intelligent, qui travaille beaucoup. Je ne suis pas du tout surpris que Gilles Simeoni se soit lancé dans une carrière politique », avance l’avocat.

Son point de bascule politique se situe autour de 2007. « Nous avons acté une nouvelle stratégie pour un nationalisme modéré qui a été progressivement validé jusqu’à mon élection en tant que maire de Bastia, un bastion réputé imprenable », se remémore-t-il. Son point fort, « créer une société corse, apaisée et heureuse en prouvant par le verbe et les actes ».

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Rassembleur

Une stratégie dont il hérite des années de luttes nationalistes. « Nous sommes à la fois les enfants et les acteurs de ce conflit qui a duré des années. On connaît le prix qui a été payé et c’est pour cela que nous sommes attachés à la paix. J’ai toujours été passionné de liberté, de défense, et de justice, ce sont des valeurs centrales pour moi et mon engagement. »

A travers son engagement, Gilles Simeoni sait rassembler. Une des qualités qui lui a permis de devenir le président du conseil exécutif de Corse en 2015 et de remporter les élections ce dimanche. « L’arrêt de la lutte clandestine par les indépendantistes est un autre point de bascule, cela nous a permis de nous allier », juge Gilles Simeoni.

Créer un dialogue

« Lorsque nous avons été élus en 2015, tout le monde pensait que nous allions nous diviser au bout de deux mois. Pourtant deux ans plus tard, nous travaillons toujours main dans la main », abonde Jean Guy Talamoni, chef de file des indépendantistes.

« Beaucoup de nos adversaires ont essayé de créer en clivage entre les nationalistes de Talamoni et ceux de Simeoni. J’ai toujours refusé cette vision binaire qui découle d’une logique conflictuelle. Nous nous adressons à tous les Corses », explique Gilles Simeoni. Lui qui se veut artisan de la paix, devra désormais s’atteler à créer un dialogue avec l’Etat pour faire valoir ses revendications : créer une société plus démocratique qui prendra en compte les particularités culturelles de son « pays », la Corse.