Pourquoi Poutou et Mélenchon n’ont pas aimé l’hommage à Johnny Hallyday

CONTRE-COURANT Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon ont critiqué l’hommage populaire (et religieux) rendu au chanteur…

O. P.-V.

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Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou.
Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou. — PDN/ISA HARSIN/SIPA

Une partie de la gauche reste de marbre devant Johnny Hallyday. La France insoumise avait déjà eu des mots ambivalents dans la foulée de la mort de l’artiste, mercredi, du député Alexis Corbière en tweet à Jean-Luc Mélenchon qui rendait hommage à ses admirateurs touchés plus qu’à l’homme. Le président du groupe FI à l’Assemblée nationale a critiqué le vaste hommage populaire rendu samedi au chanteur, sous l’angle d’une laïcité qu’il a jugé bafouée par le président de la République Emmanuel Macron.

Statut Facebook de Jean-Luc Mélenchon le 8 décembre 2017.
Statut Facebook de Jean-Luc Mélenchon le 8 décembre 2017. - FB

Le député de Marseille présente l’église de la Madeleine, où a eu lieu la messe consacrée à Johnny Hallyday, en « monument religieux contre-républicain, où la prostituée de l’Evangile implore le pardon du Christ », et ironise sur la valeur de « la laïcité républicaine de certains », puisque le chef de l’Etat participait à cette cérémonie le jour-anniversaire de la loi de séparation des églises et de l’Etat, le 9 décembre. Emmanuel Macron a néanmoins évité de faire un signe de croix devant le cercueil du défunt et a prononcé son discours à l’extérieur du bâtiment religieux.

Thomas Guénolé, politologue et membre de La France insoumise, ajoute à 20 Minutes qu’il y a « une émotion populaire légitime, mais que dans ces circonstances, celui qui incarne la République ne doit pas intervenir dans une cérémonie religieuse ». Il précise que « Jacques Chirac ne faisait jamais ça par exemple, car il se savait garant de la laïcité, inscrite dans la Constitution ».

« Ils n’en font pas un peu trop ? »

Autre personnalité politique à gauche, Philippe Poutou, porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste et ancien candidat du parti aux élections présidentielles 2012 et 2017, a tweeté son exaspération devant les moyens déployés pour l’hommage au chanteur. « Ils n’en font pas un peu trop ? » s’est-il questionné, s’attirant essentiellement des reproches dans les réponses à son message. Sophia Chikirou, ancienne directrice de communication de Jean-Luc Mélenchon en charge du lancement du Média, avait également fait part de son agacement devant les choix éditoriaux privilégiant Johnny Hallyday à la décision de Donald Trump de faire de Jérusalem la capitale d’Israël.

Contacté par 20 Minutes, Philippe Poutou n’a pas ajouté de commentaire. Thomas Guénolé avance une explication : « Le public vraiment marqué par Johnny Hallyday est d’une certaine génération. Pour les plus jeunes, ce n’est pas un événement très important car il n’a pas fait partie de leurs vies. »

Le politologue adhérent FI estime également que le chanteur « parlait plus aux milieux populaires de droite, mais il n’y a pas de problème à ce qu’on laisse faire cette cérémonie pour tous les gens touchés par sa mort » et conclut que « ça sera oublié dans deux jours ».

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Johnny Hallyday ne masquait effectivement pas sa sensibilité politique de droite (il a soutenu Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy). Dans sa carrière, il y a quand même eu ce concert à la Fête de l’Humanité, en 1985, avec une célèbre ouverture brièvement assurée par Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste français, alors que le public réclamait ardemment la venue du chanteur. Dans Les Inrocks, Robert Hue, autre ancien chef du PCF, racontait en septembre dernier que pour les têtes du parti, Hallyday, « c’était le showbiz, une star qui roulait en Jaguar. Et puis, il y avait un fond d’antiaméricanisme encore présent chez les plus anciens. Ils ne voyaient pas que la jeunesse adorait le rock’n’roll et que Johnny était l’ami du peuple, qu’il collait à la réalité de la classe ouvrière ».