Corse: Qui est Jean-Guy Talamoni, chef de file des nationalistes corses?

PORTRAIT Jean-Guy Talamoni, avocat de profession et président de l'Assemblée corse, est en lice pour le second tour des élections territoriales sur l'île de Beauté...

L.C.

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Le président de l'Assemblée corse Jean-Guy Talamoni, le 30 mars 2017 à Ajaccio.
Le président de l'Assemblée corse Jean-Guy Talamoni, le 30 mars 2017 à Ajaccio. — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
  • La coalition menée par Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni est arrivée en tête au premier tour des élections territoriales corses le 3 décembre dernier.
  • Leader indépendantiste issu de la mouvance plus radicale, il s'est allié avec un autonomiste plus modéré.
  • Avocat de profession, il est aussi l'auteur de plusieurs livres dont certains ont été primés.

A 57 ans, Jean-Guy Talamoni est sur le point de remporter l’élection la plus importante de son parcours politique. Allié avec Gilles Simeoni dans la coalition Pè a Corsica, arrivée en tête au premier des élections territoriales  le 3 décembre dernier, le président de l’Assemblée corse a milité pour l’indépendance de la Corse dès l’adolescence et n’a jamais condamné l’usage de la violence par les indépendantistes.

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Militant dès le lycée

Fils d’un instituteur corse depuis plusieurs générations, et d’une commerçante d’origine espagnole, Jean-Guy Talamoni n’est pas né sur l’île de Beauté, mais à Saumur (Maine-et-Loire), où son père avait été muté après avoir fait la guerre d’Algérie. Il ne reste guère longtemps « sur le continent » (comme on dit en Corse) puisque l’instituteur est muté à Morsiglia en Haute-Corse lorsque Jean-Guy n’a que quelques jours.

Les Talamoni s’installent ensuite à Bastia. C’est au lycée que Jean-Guy Talamoni commence à militer pour l’indépendance de la Corse, après avoir baigné dans la politique dès l’enfance, ses parents l’ayant emmené avec son frère cadet à des réunions politiques indépendantistes dès l’enfance.

Après le bac, Jean-Guy Talamoni s’oriente vers le droit, sans délaisser son goût pour la langue corse : il devient avocat en 1988, à 28 ans, non sans avoir pris le temps de faire un mémoire sur les proverbes et locutions en usage à Pietra-di-Verde, le village corse où il passe ses vacances depuis l’enfance. Il plaidera notamment devant la cour d’assises spéciale chargée de juger les nationalistes corses.

Un avocat féru de lettres

En 1992, il est élu conseiller territorial à l’Assemblée de Corse (dont il est le benjamin) sur la liste indépendantiste Corsica nazione. En tant que président du groupe, il mène la délégation corse invitée à Matignon pour négocier un accord sur le statut de l’île. « Cette étape est importante, elle lui confère un statut et le fait connaître sur la scène politique nationale », souligne André Fazi, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Corse. Il participe aussi au rapprochement entre nationalistes, conclu en 1999, qui met un terme à la lutte fratricide entre le FLNC canal historique (dont il a dirigé l’aile politique A Conculta Naziunalista) et le FLNC canal habituel, ayant fait plusieurs dizaines de morts. Lui-même est la cible en juillet 2001 d’une tentative d’assassinat au colis piégé.

Jean-Guy Talamoni, marié et père d’une fille, est réputé discret. Cet amoureux des livres en a publié plusieurs, sur la politique et la langue corse, dont certains ont été primés. Il a récemment présidé le festival du livre en Bretagne de Carhaix, en octobre 2017.

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Radical mais pas « va-t-en guerre »

Le leader indépendantiste est aussi connu pour ses sorties très directes, comme lorsqu’il affirme que « la France est un pays ami de la Corse », ou qu’il « ne se sent pas Français » et qu’il « n’a jamais chanté la Marseillaise ». E lu président de l’Assemblée de la Corse en décembre 2015, il prête serment en corse, sur la Justification de la révolution de Corse, un livre écrit en 1758 par le Corse Don Gregorio Salvini et une « bible » pour les indépendantistes.

« Il peut avoir ce côté provocateur », note André Fazi. Un aspect qui lui a permis de s’imposer dans l’opinion publique comme le leader corse par excellence, et de compenser le retard que son mouvement accuse (il a obtenu 7,7 % des voix au premier tour des territoriales en 2015) sur celui de Gilles Simeoni (17,6 %), désormais son allié. « Il incarne le courant plus radical de l’indépendantisme corse, d’où l’intérêt pour lui de s’allier avec Gilles Simeoni, plus modéré, et plus populaire en Corse​. Mais Talamoni n’est pas un va-t’en guerre ».