Corse: L'indépendance? Pas avant dix ans... L'exemple de la Catalogne «pas transposable»

POLITIQUE Un scénario «à la catalane» relève du fantasme, après la victoire des nationalistes au premier tour des élections territoriales, en Corse...

Jean Saint-Marc

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Les principaux responsables de la liste Pè a Corsica.
Les principaux responsables de la liste Pè a Corsica. — P. Pochard-Casabianca / AFP
  • Indépendantistes et autonomistes se sont alliés, en Corse, et ont remporté une victoire d'envergure ce dimanche, au premier tour des élections territoriales.
  • Les indépendantistes ont mis de côté «pour dix ans» leur volonté d'indépendance.
  • Les situations économique, démographique et politique en Corse ne sont de toute façon pas comparables à celles en Catalogne. 

C’est un meeting assez banal, à une semaine du premier tour. La salle est acquise et, bientôt, hilare. Gilles Simeoni se détend. Ses sympathisants agitent les drapeaux à la tête de Maure. Lui raille ses rivaux qui brandissent le spectre de l’indépendance :

C’est quand, le second tour ? Je m’y perds… Le 10 ? Si les Corses nous confirment le 10, le 11 c’est l’indépendance [rires nourris]… Et Talamoni qui remonte le cours Grandval sur un char et qui attaque la préfecture [rires et applaudissements] !

Talamoni, c’est son grand allié, le deuxième « nom » du ticket gagnant. Un indépendantiste « de toujours », qui ne se considère pas Français - ce rappel ayant d’ailleurs suscité des cris d’effrois dans le studio de France Info. Au contraire, Simeoni est lui autonomiste. Il l’a martelé avec peu d’égard pour ses alliés : « L’indépendance, ce n’est pas la question aujourd’hui ! Il y a dans la coalition une composante indépendantiste. Elle est importante… mais minoritaire ! »

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Pas d’indépendance avant dix ans, c’est écrit noir sur blanc

C’est écrit noir sur blanc dans l’accord de mandature : les nouveaux hommes forts de la nouvelle collectivité corse veulent « un statut d’autonomie dans les trois ans » et « une mise en œuvre dans les dix ans. » Pas de référendum sur l’indépendance dans les dix ans, donc. « Il n’y aurait pas de vote majoritaire en faveur de l’indépendance si nous votions dimanche », a d’ailleurs reconnu Talamoni, ce lundi matin, sur France Inter. Le politologue Thierry Dominici confirme auprès de 20 Minutes :

L’indépendance, ce n’est pas la question fondamentale pour les électeurs corses. La question, aujourd’hui, c’est l’autonomie. L’indépendantisme est une question qui se pose chez les militants nationalistes… Mais qui n’a aucune accroche sur les citoyens !

Pour le chercheur, l’indépendantisme corse, porté par Talamoni, « se greffe peut-être politiquement sur le cas de la Catalogne : grâce à cet exemple, ces idées anti Etat unitaire ont le vent en poupe ». Mais la comparaison s’arrête là : « A mon sens, l’exemple catalan est un très mauvais calque », analyse le chercheur, en écho au « pas transposable » de Simeoni. Thierry Dominici, de nouveau :

Il y a en Catalogne un degré de faisabilité élevé, qu’il n’y a pas en Corse. Economiquement, démographiquement… Et la Catalogne bénéficie d’un droit constitutionnel qui n’est pas comparable au nôtre, elle a plus de compétences et depuis longtemps !

Impossible, en effet, de comparer la Catalogne, communauté autonome d’un Etat régionalisé, et la néo-collectivité corse, membre d’un Etat unitaire, institution en pleine fusion/création, qualifiée « d’usine à gaz par ses opposants ». Impossible, aussi, de comparer les situations démographique et économique : il y a 7,5 millions de Catalans et ils produisent 20% du PIB espagnol… Là où 330.000 Corses pèsent environ 0,4% de la production économique française.

Les Corses ne feront le choix de l’indépendance « que s’ils sont assurés d’une stabilité sur le plan matériel », estimait avant le premier tour Jean-Guy Talamoni. En 2016, selon l’INSEE, un Corse sur cinq vivait sous le seuil de pauvreté. Un « record », en France métropolitaine…