M1717: Benoît Hamon réunit ses partisans pour inscrire son mouvement «dans la durée»

POLITIQUE Samedi, Benoît Hamon devrait réunir quelque 2.000 partisans au Palais des Congrès du Mans pour ancrer le M1717 dans le paysage politique…

Thibaut Le Gal

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Benoît Hamon voit loin pour son mouvement.
Benoît Hamon voit loin pour son mouvement. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Benoît Hamon a quitté le PS cet été pour créer le M1717.
  • Le candidat réunit samedi ses partisans pour installer son mouvement dans le paysage politique.

 

« Ptit Ben » poursuit sa mue. Il y a cinq mois, Benoît Hamon quittait le Parti socialiste et lançait on mouvement du 1er Juillet. Un « cheminement logique », disait-il. L’ancien ministre de Hollande, lâché par une partie de famille lors d’une campagne présidentielle désastreuse, décidait d’inscrire son futur loin de Solférino. Samedi, l’ancien candidat devrait réunir quelque 2.000 partisans au Palais des Congrès du Mans pour ancrer son M1717 dans le paysage politique.

« Donner une structure au mouvement »

« Il s’agit de poser les fondations du mouvement, qui d’un point de vue statutaire n’existe pas encore », précise Roberto Romero, ex-délégué général de la campagne présidentielle, désormais dans la coordination du mouvement. « Nous allons lui donner une structure, une charte des principes pour construire la suite ». Un nouveau nom et une direction provisoire seront également dévoilés.

Au-delà des aspects techniques, le rassemblement est l’occasion pour Benoît Hamon de trouver un second souffle. Après sa défaite au premier tour des législatives en juin dernier, l’ancien député se comparait à Sisyphe, condamné par les dieux à remonter éternellement un énorme rocher en haut d’une montagne.

Comme le héros grec, Benoît Hamon est donc reparti à zéro. « Il a lancé le 1er juillet un mouvement sans bien imaginer ce qui allait suivre. L’objectif est de construire un mouvement politique nouveau, en respectant la transparence et la consultation des militants. Cela prend du temps mais énormément de gens nous rejoignent », s’enthousiasme Claire Monod, d’Europe Ecologie-les Verts.

Benoît Hamon lit.
Benoît Hamon lit. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

« Je n’ai pas rejoint le mouvement car je ne veux pas d’une énième fragmentation à gauche »

« On constate une dynamique de terrain. Benoît Hamon a fait pas mal de déplacements, dans les universités notamment, en province et en région parisienne. A chaque fois, il y a une vraie attente », poursuit Roberto Romero, qui revendique environ 40.000 personnes inscrites. L’ancien député des Yvelines assure au Monde n’être pas « obsédé par l’idée de faire des prises en ralliant tel ou tel ». Il faut dire que très peu de cadres socialistes ou écologistes, même parmi ses amis, ont franchi le Rubicon.

« J’ai décidé de rester au PS, même si je garde une amitié pour Benoît Hamon, avec qui je continue de partager les combats », explique Mathieu Hanotin, son ancien directeur de campagne. « Son mouvement ne fait que démarrer. Mais je remarque que lorsqu’il fait le tour des universités, il réunit du monde. Sa parole a du sens et elle en aura dans les mois et les années à venir ».

Comme lui, Marie-Noëlle Lienemann espère beaucoup du Congrès PS au printemps 2018. « Je ne comprends pas pourquoi Benoît Hamon n’a pas créé une grande association transpartisane, plutôt qu’un mouvement politique qui sera un concurrent du PS, dit la sénatrice socialiste. Je n’ai pas rejoint son mouvement car je ne veux pas d’une énième fragmentation à gauche ».

« Soyons clairs, c’est parfois difficile, notamment en termes de moyens financiers »

« Quitter son parti est acte qui doit se mûrir. Mais beaucoup de personnes accompagnent le mouvement et conseillent Benoît, relativise Claire Monod. Notre mouvement est l’antithèse d’En Marche, construit sur trois meetings en hurlant des slogans, qui a emporté des dizaines de milliers de personnes dans une conquête personnelle du pouvoir ».

« Il n’y a pas de déception, il faut être patient. Notre souhait est de nous installer dans la durée », balaie Roberto Romero. « Soyons clairs, c’est parfois difficile, notamment en termes de moyens financiers. Nous n’avons pas de financement public, et Benoît Hamon n’est pas parti avec les millions de la présidentielle comme l'a dit Julien Dray. Nous n’avons que les dons des gens, heureusement généreux. On va faire en sorte que les élus cotisent pour avoir un petit fond, un local, des permanents. Vous savez, lors de la primaire, on avait aussi construit la victoire avec trois bouts de ficelle… », ironise-t-il.

Ces soucis n’entament en rien le moral de Benoît Hamon, qui continue de discuter avec écologistes et communistes, et bientôt même avec Jean-Luc Mélenchon, avec qui les relations se sont réchauffées. « Au-delà du résultat très mauvais de la présidentielle, Benoît Hamon a compris qu’il avait réussi à toucher beaucoup de gens. En quittant le carcan qu’était devenu son parti, il se sent une grande responsabilité et une grande liberté », dit Claire Monod. Il n’y a qu’à voir la photo publiée sur son compte Instagram, où le fondateur du M1717 pose sous la neige, les yeux vers le ciel.

 

 

Clermont-Ferrand by night

Une publication partagée par Benoît Hamon (@benoit_hamon) le 30 Nov. 2017 à 14h05 PST

« C’est une photo très expressive. Je ne sais pas qui l’a prise, mais on voit que Benoît a ce sentiment de liberté, comme lorsqu’on lève les bras et qu’on avale les flocons de neige », sourit l’écologiste. Comme dirait Albert Camus : il faut imaginer Benoît Hamon heureux.