Congrès du PS: Qui est Luc Carvounas, l’ancien vallsiste qui veut le «rassemblement de la gauche»?

POLITIQUE Le député socialiste a annoncé sa candidature au poste de Premier secrétaire jeudi dans son fief d’Alfortville…

Thibaut Le Gal

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Luc Carvounas, à l'Assemblée nationale.
Luc Carvounas, à l'Assemblée nationale. — Bertrand GUAY / AFP

Lorsqu’on l’interroge sur sa volonté d’être le futur patron du Parti socialiste, Luc Carvounas évacue la question d’une pirouette : « Je ne suis pas candidat pour l’instant, mais ça ne saurait tarder, à lire ce qui en est dit dans la presse… ».

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Le député Nouvelle gauche du Val-de-Marne se concentre pour l’instant, dit-il, sur son « tour de France » des fédérations. Du moins, pour quelques heures encore, car dès jeudi soir, le socialiste s'est lancé dans la course lors d’une réunion publique à Alfortville, son ancien fief du Val-de-Marne. « On devrait y voir un peu plus clair dans les jours qui viennent », glissait-il, avec malice.

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Après le départ de Jean-Christophe Cambadélis, le Parti socialiste moribond se cherche un nouveau chef. Mais Luc Carvounas se défend de vouloir relever un cadavre : « Ceux qui actent le décès du parti sont des socialistes assez âgés, désabusés, qui n’ont plus envie de mettre les mains dans le cambouis. Ou alors ce sont des très jeunes qui l’ont déjà quitté, attirés par le miroir aux alouettes, lance-t-il. Mais il y a toute une génération, que je représente, qui croit encore au Parti socialiste. Quand je fais mon tour de France, je ne vois pas de mourants. A nous de démontrer que ce vieux parti est toujours en mouvement ».

« Luc n’est pas quelqu’un de sectaire, il a toujours su parler avec tout le monde »

Cette « relation charnelle » au PS n’est pas nouvelle. Le natif de Charenton-le-Pont prend sa carte en 1995, après la victoire de Jacques Chirac. « Je me considère de la génération Jospin, j’ai éclos en politique avec lui ». En quelques années, Luc Carvounas grimpe les échelons à Alfortville et dans la fédération PS du Val-de-Marne avec la bienveillance du député-maire socialiste du coin, René Rouquet. « Je ne connaissais personne, j’ai connu le parcours du militant entré par la petite porte », dit-il. ll est premier secrétaire PS du département en 2008, entre au Sénat en 2011 à 40 ans puis devient maire d’Alfortville l’année suivante.

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« Luc n’est pas quelqu’un de sectaire, il a toujours su parler avec tout le monde. Dans la majorité à Alfortville ou aux sénatoriales de 2011, il a su rassembler socialistes, communistes, écologistes et chevénementistes », explique Jonathan Kienzlen, son ancien directeur adjoint de cabinet, désormais patron du PS départemental.

En 2013, lorsque Luc Carvounas est chargé pour le PS de négocier avec les autres partis de gauche, l’ambiance est parfois tendue. «Il dialogue avec un fusil», dira un responsable communiste. Le député balaie : « Le rassemblement de la gauche, c’est mon ADN, je n’ai jamais dérogé à ça. C’est mon socle, n’en déplaise aux esprits chagrins qui disent que je n’ai pas de colonne vertébrale ».

La rupture avec Manuel Valls

Le parlementaire devance ici l’autre critique faite par ses détracteurs : l’inconstance. Considéré pendant des années comme le lieutenant de Manuel Valls, dont il a été le directeur de campagne pendant la primaire socialiste de 2011, Luc Carvounas rejoint finalement la campagne de Benoît Hamon après la défaite. « J’intègre l’équipe de Benoît Hamon d’un commun accord avec Manuel Valls, après quatre échanges téléphoniques avec lui, pour définir le rôle que j’allais jouer dans la campagne, sur notre ligne. Je ne m’attendais pas à ce qu’il s’en aille… Moi je n’ai jamais bougé. D’ailleurs, un truc m’exaspère : qu’on pointe du doigt les gens loyaux et fidèles à leur parti », se défend-il.

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« Il a été exemplaire dans cette séquence à tout point de vue, il a été d’une loyauté sans faille avec Benoît Hamon, sans nier les différences », reconnaît Mathieu Hanotin, ancien directeur de campagne du candidat socialiste. « Il a d’ailleurs essayé d’emmener d’autres personnes, moins convaincues, notamment son ex-mentor… »

Luc Carvounas et Manuel Valls
Luc Carvounas et Manuel Valls - JACQUES DEMARTHON / AFP

Entre les deux amis, la rupture (politique) est consommée. Quand il évoque le député rallié à la majorité LREM, les mots sont durs :

« Quand j’étais vice-président du département, les idées du député-maire me convenaient, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Dans ce compagnonnage, Manuel Valls ne m’a rien apporté, rien donné. Je ne lui dois aucun poste. En retour, j’ai fait le job, je lui ai apporté la moitié de ses parrainages lors de la primaire en 2011 », lâche-t-il.

Il poursuit : « Il a été important à un instant T mais je ne suis pas son lieutenant. Il a décidé de partir dans une nouvelle aventure politique, je respecte son choix. La rupture s’est faite sur le fond. J’ai du respect pour l’homme, mais le personnage politique qu’il est devenu ne cadre plus du tout avec mes réflexions ».

« Les militants n’ont pas envie de revivre le match retour, frondeurs VS pro-gouvernement »

Luc Carvounas, candidat ni vallsiste, ni hamoniste, donc. « On a essayé de lui coller telle ou telle étiquette, mais il est d’abord socialiste. Son trait de caractère, c’est sa fidélité au parti. Aujourd’hui, il a une position assez centrale. Il parle avec tout le monde, les pro-Montebourg, les Hollandais, il a cette centralité », justifie Christophe Lantoine, ancien chef de cabinet d’Arnaud Montebourg à Bercy, désormais proche du futur candidat.

« Les militants n’ont pas envie de revivre le match retour des frondeurs contre les pro-gouvernements. Luc ne veut se venger de personne. Il soutient le bilan du quinquennat dans sa globalité mais il comprend qu’il y a un devoir d’inventaire à faire. Sa position centrale peut être soutenue par beaucoup de monde », abonde Jonathan Kienzlen.

Luc Carvounas sera le premier candidat à se lancer officiellement. C’est qu’une fois de plus, il ne veut pas perdre de temps. « Il y a du boulot… Beaucoup de boulot attend la prochaine équipe ».