VIDEO. Corse: Après la Catalogne, la question de l'autonomie agite les élections territoriales

ELECTIONS Les Corses sont appelés aux urnes ce dimanche pour un vote historique…

Mathilde Ceilles

— 

Illustration d'un bulletin de vote déposé dans une urne.
Illustration d'un bulletin de vote déposé dans une urne. — FABRICE ELSNER/20MINUTES
  • Les Corses votent ce dimanche.
  • Cette élection vise à désigner pour la première fois les élus de l’unique collectivité territoriale de l’île.
  • La campagne éclair est marquée par la question de l’autonomie, après l’épisode catalan.

Il y a eu Marine Le Pen ce week-end, puis Christophe Castaner lundi soir. Les grandes figures partisanes françaises se succèdent ces derniers jours en Corse. Mais l’heure n’est pas à se dorer la pilule. L’île est à l’aube d’un important scrutin, historique, qui s’ouvre ce dimanche : « les territoriales » avec, pour toile de fond, le devenir de l’île et une éventuelle indépendance.

Une première dans l’histoire de France. L’année 2018 marque un tournant dans l’histoire de Corse et l’histoire des collectivités françaises. En effet, pour la première fois, une seule entité régira l’île en lieu et place des actuels conseils départementaux de Haute-Corse et de Corse-du-Sud, ainsi que de la collectivité territoriale de Corse. Baptisée «  collectivité de Corse », ce projet de collectivité unique avait été rejeté par référendum en 2003. Mais le principe de cette collectivité unique a été voté en 2015 dans la loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRe). Elle répondait à un vœu émis par les élus de la collectivité territoriale de Corse, notamment des élus nationalistes qui détiennent depuis décembre 2015 la majorité dans cette assemblée. Les Républicains ont cependant voté contre le projet de loi, tout comme les communistes.

Pas de PS, deux droites, deux nationalistes. Les électeurs auront le choix entre sept listes. Comme en 2015 lors des élections régionales qui avaient vu leur victoire, le mouvement indépendantiste Corsica Libera de Jean-Guy Talamoni et le courant autonomiste Femu à Corsica de Gilles Simeoni présentent une liste commune. Face à eux, ils trouveront le Rinnovu, petit parti indépendantiste qui promet aux insulaires un référendum d’autodétermination et la liste de la majorité présidentielle.

>> A lire aussi : La Corse, meilleur élève public en matière de diversité

La République en Marche n’est pas en reste avec la liste conduite par le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci. A droite, deux listes s’opposent, l’une menée par Jean-Martin Mondoloni, conseiller territorial sortant, et l’autre par Valérie Bozzi, maire de Grosseto (Corse-du-Sud). Interrogée par 20 Minutes, cette dernière n’exclut pas une union au second tour avec son adversaire de droite et/ou celui de LREM. Le Front national se présente également. La France insoumise et le Parti communiste font de leur côté liste commune, une union dénoncée par Jean-Luc Mélenchon. En revanche, ni le PS, ni le PRG de l’ex-député et homme fort de Haute-Corse Paul Giacobbi – condamné en première instance pour détournement de fonds publics en janvier 2017, une condamnation dont il a fait appel – ne seront représentés à ce scrutin.

L’autonomie​, l’ombre qui plane sur le scrutin après l’épisode catalan. Les derniers scrutins en Corse ont la faveur des nationalistes. Fait historique : aux dernières élections législatives, trois des quatre sièges de députés de l’île ont été raflés par cette mouvance. Dans cette campagne express de deux petites semaines, une thématique est récurrente : la question de l’avenir de la Corse, avec ou sans l’Hexagone. « L’enjeu politique des nationalistes, favoris en théorie, est bien la réouverture d’un débat institutionnel autour de la révision de la Constitution, analyse André Fazi, politologue et professeur à l’université de Corse. Le statut corse arrive à la limite de ce que la Constitution permet. » Or, le processus d’autonomie​ réclamé par les nationalistes actuellement au pouvoir, qui consiste à un transfert d’une partie du pouvoir législatif, demande une révision de la Constitution.

Cette question hante dès lors le scrutin, vécu par les nationalistes aux manettes comme un plébiscite de leur politique et leurs idées. Dans leur programme, les candidats sortants veulent obtenir dans les trois ans un statut d’autonomie et le mettre en œuvre en dix ans. « C’est un délai incompréhensible pour provoquer le développement économique de l’île et obtenir un statut institutionnel plus performant », affirme Jean-Guy Talamoni, un des chefs de file de cette coalition. « C’est la question cruciale, renchérit Valérie Bozzi, candidate Les Républicains et opposante à ce projet. Depuis deux ans, on entend parler de la question de la co-officialité des deux langues par exemple… Ça arrive petit à petit, jusqu’à l’autodétermination comme en Catalogne ! »

>> A lire aussi : Le président de l'Assemblée de Corse reconnaît l'indépendance de la Catalogne

La candidate n’est pas la première à faire l’analogie entre ces deux régions à l’identité forte. Dans un billet publié sur son blog, Jean-Luc Mélenchon met ainsi en garde sur son blog contre une « impasse catalane » en Corse. Une analogie qui reste à tempérer et pour cause : la situation, notamment économique, de la Corse n’est pas comparable, et rend l’idée d’une indépendance rapide assez impopulaire sur l’île. Conséquence : l’abstention pourrait être relativement importante, après une année électorale riche. « Certains ne savent même pas qu’il y a une élection » déplore Valérie Bozzi, candidate Les Républicains.