Municipales: les chiffres qui contestent la diversité

MUNICIPALES Officiels ou officieux, ils traduisent une insuffisance...

Catherine Fournier

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Alors que le président Nicolas Sarkozy plaide pour la diversité, seule une poignée de candidats d'origine africaine ou asiatique sont en mesure de conquérir un fauteuil de maire lors du scrutin local des 9 et 16 mars en France, pourtant premier pays d'immigration en Europe.
Alors que le président Nicolas Sarkozy plaide pour la diversité, seule une poignée de candidats d'origine africaine ou asiatique sont en mesure de conquérir un fauteuil de maire lors du scrutin local des 9 et 16 mars en France, pourtant premier pays d'immigration en Europe. — Martin Bureau AFP/Archives

«Environ 2.000 sur 520.000.» C’est le nombre de candidats issus de la diversité susceptibles d’être élus en tant que conseillers municipaux, selon les calculs du Cran (Conseil représentatif des associations noires). «C’est sans doute un peu mieux qu’en 2001 mais c’est encore insuffisant, déplore Patrick Lozès, son président.

>> Patrick Lozès a répondu à vos questions lundi

A l’époque, aucune étude de la sorte n’avait été menée. La comparaison est donc difficile. Mais à titre d’exemple, Patrick Lozès rappelle que «sur les 788 conseillers municipaux des dix plus grandes villes (en ne prenant que les mairies centrales), aucun n’est noir».

Candidats issus d’une minorité visible

En 2008, un comité national pour la diversité, regroupant le Cran et des membres de l'UMP, du PS et du Modem, veille au grain. Il a répertorié tous les candidats issus d’une minorité visible («noirs, arabo-maghrébins, asiatiques et personnes handicapées»), hormis ceux qui revendiquaient publiquement de ne pas être répertoriés comme tel», précise Patrick Lozès.

Dans les villes de moins de 10.000 habitants, c’est clair, «il n’y en a quasiment pas», indique ce dernier. Dans les 900 villes de France métropolitaine de plus de 10.000 habitants, le nombre de têtes de liste issues de la diversité varie selon les partis : il est de 40 pour les «sans étiquette» (soit 0,1% à l’échelle des 36.565 communes), 30 pour le Modem (0,08%), 20 pour le PS (0,05%), 16 pour l'UMP (0,04%), 15 pour les divers gauche (0,04%) et 8 pour les Verts (0,02%).

Pour les 254 villes de plus de 30.000 habitants, le Cran compte 7% de candidats de la diversité, dont la moitié est en position d'éligibilité. Le pourcentage est de 6%, avec moins de 50% en position d'éligibilité pour les villes de plus de 20.000 habitants, précise le Conseil.

Ces chiffres sont «en profond décalage avec la représentation sociologique française», déplore
Patrick Lozès.

Au Parti socialiste, officiellement, «aucun calcul de ce type n’a été fait, le mot “diversité” ne recouvrant pas un concept unanime». Officieusement, le Cran est parvenu à se procurer le chiffre de «800 candidats issus de l’immigration susceptibles d’être élus». Par ailleurs, «sept candidats sont chefs de file dans les villes de plus de 30.000 habitants».
Mais selon un ancien responsable de la commission électorale du parti, contacté par 20minutes.fr, un seul est en position de remporter une mairie: Hussein Mokhtari, qui se présente à Garges-lès-Gonesses (Val-d’Oise) et qui pourrait profiter des bisbilles entre deux candidats UMP. D’autres candidats PS issus de la diversité sont en moins bonne posture, «à cause de l’attitude du Parti à leur égard», estime cette même source. «Soit ils sont parachutés au nom de la discrimination positive, comme Razzy Hammadi à Orly (Val-de-Marne), irritant les militants socialistes locaux. Soit ils sont évincés alors qu’ils étaient soutenus localement, comme Faouzi Lamdaoui à Argenteuil (Val d'Oise), Bagdad Ghezal à Etaples-sur-Mer (Pas-de-Calais) ou encore Rachid Mammeri à Evreux (Eure)».

Treize têtes de listes à l’UMP

A l’UMP, on communique officiellement sur les chiffres de la diversité. Un communiqué fait état de 148 candidats en France, auxquels il faut ajouter treize têtes de liste dans les villes de plus de 30.000 habitants. Patrick Lozès, lui, évoque le chiffre de «950 candidats de la diversité sur les listes de l’UMP». Parmi les têtes de listes, une seule part véritablement favorite, la ministre de l’Intérieur Rachida Dati, parachutée dans le 7e arrondissement de Paris. Les autres candidats en vue auront plus de difficultés, comme Six-Emmanuel Njoh à Vitry-sur-Seine, le seul candidat d’origine africaine de l’UMP en métropole, et Karim Boudjema, candidat à la mairie de Rennes. Interrogé par 20minutes.fr, ce chirurgien minimise le rôle des partis dans la représentation de la diversité sur leurs listes électorales. «Il y a une timidité de la part des habitants de ce pays qui ont un nom à consonance étrangère. Or, c’est à eux de s’engager», estime-t-il, tout en refusant d’être limité à «ses origines». Abderrahmane Dahmane, secrétaire national de l'UMP et conseiller à l'Elysée, est plus sévère à l’égard du parti. Il dénonce «les dérives de l'UMP qui a oublié les engagements de Sarkozy». Pour lui, si Rachida Dati est candidate dans le 7e arrondissement de Paris, «c'est parce qu'elle est ministre».