Quels sont les atouts de Najat Vallaud-Belkacem et Boris Vallaud pour redresser le PS?

PARTI L’ex ministre de l’Education est pressée par ses amis de se présenter à la tête du PS, tandis que son mari devient l’une des personnalités montantes du parti…

Delphine Bancaud

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Boris Vallaud et Najat Vallaud-Belkacem le 24 juin 2017 à Paris.
Boris Vallaud et Najat Vallaud-Belkacem le 24 juin 2017 à Paris. — Zakaria ABDELKAFI / AFP
  • L’ancienne ministre de l’Education pourrait briguer la tête du parti.
  • Son mari, député des Landes et porte-parole de la Nouvelle gauche (PS) à l’Assemblée, est très remarqué depuis quelques mois.
  • Le couple pourrait jouer un rôle parallèle dans la reconstruction du PS.

Après le couple Royal-Hollande, Najat Vallaud-Belkacem et son mari Boris Vallaud seront-ils le nouveau tandem emblématique du PS ? C’est ce que l’on pourrait croire à entendre les rumeurs persistantes ces jours-ci autour de la potentielle candidature de l’ex- ministre de l’Education à la tête du parti. Et ce, alors que son époux s’est imposé ces derniers mois comme une des figures montantes d’une gauche moribonde. 20 Minutes analyse les atouts qu’elle et lui pourraient avoir dans le processus de reconstruction du parti.

Pourquoi Najat Vallaud-Belkacem pourrait-elle prendre la tête du PS ?

Elle se fait très discrète depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Il faut dire que l’ancienne ministre de l’éducation n’a pas rejoint le camp des déserteurs du PS lors de la campagne présidentielle. Elle a soutenu la candidature de Benoît Hamon, par loyauté à son engagement au PS. Et après sa défaite aux législatives à Villeurbanne, Najat Vallaud-Belkacem a pris du recul. Il n’empêche qu’à l’approche du congrès du PS, certains de ses amis socialistes la poussent à briguer le poste de premier secrétaire du parti. Une hypothèse qui semble réaliste à Gérard Grunberg, politologue spécialiste de la gauche : « C’est une vraie personnalité à gauche et qui sait exister médiatiquement. Elle incarne le centre gauche du PS, ce qui la met dans une position favorable, car les membres de l’aile gauche du parti ne sont plus majoritaires. Elle a donc toutes les chances de l’emporter », affirme-t-il.

Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et membre du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), est du même avis : « Elle a deux atouts : elle fait partie du groupe dit des « quadras » au PS et s’inscrit bien dans la tonalité du renouveau en politique face aux éléphants du parti. Par ailleurs, le PS n’a pas encore été dirigé par une femme jeune», souligne-t-il. Mais il y a quand même quelques ombres au tableau selon le politologue : « Elle incarne le mandat de François Hollande. D’autant que certaines de ses réformes de l’éducation n’ont pas fait le consensus. Cela pourrait compliquer sa volonté d’incarner la rupture », observe Bruno Cautrès. Sa défaite aux législatives pourrait-elle aussi lui porter préjudice ? « Je ne pense pas que ce soit rédhibitoire car il y a eu une telle hécatombe chez les candidats socialistes, que cela rebat les cartes », estime Gérard Grunberg.

Qu’aurait-elle à y gagner ?

Devenir numéro un d’un parti en perdition, dont on est même obligé de vendre le siège pour qu’il survive, peut sembler un sort peu enviable à première vue. « Mais cela lui permettrait de retrouver rapidement des responsabilités politiques. Alors que si elle prend un poste dans le secteur privé, ce sera plus dur pour elle de revenir à la politique ensuite », note Bruno Cautrès. Selon lui, prendre la tête du parti pourrait aussi constituer un challenge très stimulant pour  l’ancienne ministre de l’Education : « C’est une vraie militante, qui s’est toujours montrée fidèle à ses engagements. Faire redémarrer le parti serait forcément porté à son crédit. On y verrait un certain courage », insiste-t-il.

Reste que cela ne se ferait pas sans certaines conditions : « elle négocierait d’avoir un vrai salaire, alors que ce poste était occupé jusqu’alors bénévolement. Et elle pourrait aussi négocier d’être désignée la tête de liste du parti aux élections européennes de 2019 », ajoute Gérard Grunberg. Pour l’heure, les amis de Najat Vallaud-Belkacem disent d’ailleurs qu’elle n’a pas encore pris sa décision.

Pourquoi entend-on parler de Boris Vallaud depuis le début du quinquennat Macron ?

Ancien conseiller d’Arnaud Montebourg, puis de François Hollande, Boris Vallaud est longtemps resté dans l’ombre. Mais depuis l’élection d’Emmanuel Macron, son ancien copain de promotion à l’ENA, a pris la lumière. « Le fait qu’il ait décroché un poste de député des Landes en pleine débâcle du PS l’a placé sur le devant de la scène. D’autant que sa victoire n’était pas gagnée. Et en outre, il est plutôt doué dans son rôle et s’exprime très bien dans les médias », observe Gérard Grunberg.
 
Porte-parole du groupe Nouvelle Gauche (ex-PS), il est devenu le fer de lance de l’opposition socialiste sur les bancs à l’Assemblée. Il a éreinté à plusieurs reprises les ordonnances réformant le droit du travail et déposé de nombreux amendements. « Il dispose d’un bon capital d’image, car il est réputé comme sérieux et posé. Et même s’il a travaillé pour le gouvernement Hollande, il n’a pas été exposé médiatiquement et peut donc monter au front pour prouver que le PS en a encore sous le pied », juge Bruno Cautrès.

 

Quel pourrait être son rôle au sein du PS ?

Le porte-parole du groupe Nouvelle gauche à l’Assemblée, ne se « sent pas la légitimité » de prendre les rennes du PS, a-t-il déclaré récemment à France 2. « Mais il pourrait très bien occuper un poste de cadre important à la nouvelle direction du PS », avance Gérard Grunberg. Bruno Cautrès abonde dans ce sens : « Ce serait une manière de ne pas laisser à la République en marche le monopole du renouveau en politique et de montrer que le PS a tiré les leçons de 2017 », souligne-t-il.

Par ailleurs, Boris Vallaud pourrait encore plus s’imposer dans un rôle de sniper de la politique gouvernementale : « il faut encore attendre un peu pour que le PS ait un discours crédible politiquement. Mais à mi-mandat de Macron, Boris Vallaud pourrait très bien émerger encore plus et proposer une offre politique intéressante aux déçus du Macronisme », estime Bruno Cautrès.