Le syndicat de la magistrature dénonce une justice «vampirisée par l'Intérieur» et charge le «télévangéliste» Macron

JUSTICE Le syndicat de la magistrature était réuni à Nice à l'occasion de son 51e congrès et a présenté un rapport au vitriol sur l'état de la justice française...

20 Minutes avec AFP
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Un magistrat au Palais de justice de Paris, le 9 septembre 2013.
Un magistrat au Palais de justice de Paris, le 9 septembre 2013. — WITT / SIPA

« La vampirisation de la justice, gardienne de la liberté individuelle, par l’Intérieur n’apparaît jamais tant que dans la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. » Cette phrase-choc est issue d’un « rapport moral » de huit pages livré par le syndicat de la magistrature (SM, gauche).


Présenté ce samedi à Nice, à l’occasion du 51e congrès du SM, ce rapport au vitriol sur l’état de la justice française assure que « l’Intérieur a le champ libre » et défend « une vision de gauche du rôle et du fonctionnement de la justice ».

«Le télévangéliste devenu président est tout sauf un novice»

« Ce nouvel exécutif pratique la concentration au sommet et le télévangéliste devenu président est tout sauf un novice et impose un verrouillage quasi total », argue ainsi ce syndicat connu pour son militantisme.

« Les concertations orchestrées pour la fin de l’année devront être bouclées dans l’urgence pour accoucher - ô surprise - des propositions présidentielles pour la justice. Et nos interpellations pour que la place Vendôme pèse sur des sujets concentrés à l’Intérieur, de l’antiterrorisme à la dépénalisation des stupéfiants, ne suscitent que des silences gênés », déplore le syndicat.


« (Sa) langue édulcore et dissimule la violence de (son) action »

Le nouvel exécutif « manie le verbe pour travestir le réel », accuse encore le SM citant en exemple l’engagement fin juillet du président Emmanuel Macron à prévoir des hébergements d’urgence pour les migrants alors que l’Etat contestait un mois plus tôt l’injonction du tribunal administratif de Lille d’installer des points d’eau à Calais.

« (Sa) langue édulcore et dissimule la violence de (son) action », fustige ainsi le syndicat : « La destruction des régulations protectrices en droit du travail ou en procédure pénale » est présentée comme des « simplifications » et « la réforme de la carte judiciaire » assimilée à une « mutation » du « réseau judiciaire ».

Une véritable « rupture du lien entre l’exécutif et la magistrature ».

Pour le syndicat de gauche, les codes de procédure pénale et civile « sont aussi dans le viseur de l’ardeur simplificatrice ». « L’horizon est celui d’une justice sans contact où la modernité numérique dissimule mal des intérêts privés », dénonce le représentant de magistrats. Enfin, la SM critique également l’amende forfaitaire en matière de stupéfiant annoncée en juin, qu’elle juge « socialement injuste, sanitairement absurde et pénalement inefficace ».


Le projet de réforme constitutionnelle du statut du parquet ne trouve pas non plus grâce aux yeux du syndicat qui évoque un projet « minimaliste ». Il rappelle son ambition d’une véritable « rupture du lien entre l’exécutif et la magistrature ».