Malgré les sifflets, Macron défend devant les maires ses projets pour les collectivités

COMBATIF Ferme et combatif face à quelques huées, Emmanuel Macron a présenté devant plusieurs milliers de maires inquiets ses projets pour les collectivités locales...

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron faisait face aux maires réunis en Congrès
Emmanuel Macron faisait face aux maires réunis en Congrès — LUDOVIC MARIN / AFP
  • Le chef de l’Etat faisait face à des édiles inquiets après l’annonce de la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages français.
  • Emmanuel Macron s’est montré combatif et a conclu son discours devant un public plus apaisé.

Accueilli par des sifflets et des huées, Emmanuel Macron a fait face ce jeudi aux maires réunis en Congrès à Paris. Le chef de l’Etat a suscité quelques réactions hostiles par son rappel de la suppression prévue de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages, un des principaux impôts locaux.

« Les sifflets ne m’ont jamais beaucoup étourdi »

« Vous pouvez être en désaccord. J’ai fait campagne (…) et les sifflets ne m’ont jamais beaucoup étourdi. J’ai toujours demandé dans mes meetings aux gens de pas siffler. C’était des militants. Je peux demander la même chose aux maires », a-t-il lancé devant plusieurs milliers d’édiles.

Emmanuel Macron a démarré son discours en déclarant sans appel : « Ce que je vais vous dire a vocation (…) pas toujours à vous contenter, parfois à répondre à une inquiétude que j’estime légitime mais a vocation en tout cas à être appliqué ». Il a ensuite annoncé : « j’ai besoin de vous parce que le pays ne réussira que parce que partout sur les territoires il y a les engagés que vous êtes ».

« Les mesures prises durant l’été concernant les collectivités n’ont pas été dûment concertées », a-t-il reconnu, une allusion notamment à la baisse des emplois aidés. « Je veux que maintenant elles le soient pleinement », a-t-il ajouté.

Il a enfin souligné qu’il n’avait « pas peur d’affronter une grogne lorsque l’action publique l’exige » et fait appel à la responsabilité des maires sur la maîtrise des dépenses, « parce que nous avons cette dépense publique en partage ».

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« Notre pays aime la finance magique où on peut laisser les impôts sans que la dépense publique ne baisse », a-t-il fait valoir, ajoutant que « tous ceux qui râlent contre la fin de la taxe d’habitation sont ceux qui voulaient avant sa suppression ».

« La carte territoriale » restera inchangée malgré ses imperfections

Le chef de l’Etat a assuré qu’il ne toucherait pas à « la carte territoriale », malgré ses imperfections, et « garanti » que l’Etat ne « forcera pas à des regroupements de communes ni à des modifications de la carte intercommunale ».

« Nous perdrions du temps et de l’énergie à revoir » la carte territoriale, « et donc c’est la stabilité institutionnelle des collectivités territoriales qui sera retenue », a déclaré le président de la République, intervenant en clôture du Congrès des maires de France.

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« Je veux aussi vous garantir que l’Etat ne forcera pas à des regroupements de communes ni à des modifications de la carte intercommunale », a-t-il lancé cette fois sous les applaudissements

« Vous savez mieux que moi où sont les bons regroupements donc mieux vaut faire confiance à ceux qui savent qu’à ceux qui le définiraient d’en haut, avec une doctrine pré-établie (…) Et, sur le terrain, ça marche mieux quand vous l’avez voulu que lorsque cela vous a été imposé », a ajouté Emmanuel Macron.

« L’Etat vous accompagnera pour que les solutions pragmatiques sur le terrain puissent être facilitées. Nous jouerons un rôle de facilitateur dans le cadre des coopérations volontaires, dans les créations de nouvelles communes, dans les regroupements intercommunaux souhaités », a assuré le chef de l’Etat.

Une « autonomie financière et fiscale » en 2020

Emmanuel Macron a également annoncé une « refonte en profondeur de la fiscalité locale, et en particulier communale », promettant pour 2020 « autonomie financière et fiscale » et « pleine visibilité ».

Le chef de l’Etat a demandé qu’apparaisse « pour les textes budgétaires de 2020 et des années suivantes » la « mise en œuvre (d') une refonte profonde de la fiscalité locale, qu’il s’agisse des communes, des départements ou des régions ».

Il s’agira, a-t-il précisé, d’une « réforme ambitieuse, cohérente dont la taxe d’habitation est le premier acte »

Cette réforme qui doit amener en trois ans à la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des Français « ne doit être qu’un début, un début nécessaire et juste parce qu’il enclenche quelque chose qu’on a refusé de faire depuis 40 ans dont les victimes étaient les Français », a-t-il expliqué.

« Je veux un impôt cohérent avec vos missions et avec les missions de chacune des collectivités territoriales », a-t-il observé, jugeant l’actuelle fiscalité locale « par trop illisible » et avec une « dynamique de base fiscale » inadaptée aux missions.

Le chef de l’Etat a conclu son plaidoyer d’une heure et quart devant un auditoire finalement amadoué.