Florence Portelli: «Il y a eu un train de vie et des avantages qui ne sont pas justifiables» aux Républicains

INTERVIEW Candidate à la présidence du parti Les Républicains face à Laurent Wauquiez et Maël de Calan, Florence Portelli s'est confiée à «20 Minutes»...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Florence Portelli, maire  LR de Taverny, conseillère régionale, candidate à la présidence de Les Républicains, le 2 septembre 2017 à
Florence Portelli, maire LR de Taverny, conseillère régionale, candidate à la présidence de Les Républicains, le 2 septembre 2017 à — LOIC VENANCE / AFP
  • Florence Portelli est candidate à la présidence du parti Les Républicains en décembre 2017, face à Laurent Wauquiez et Maël de Calan.
  • Agée de 39 ans, filloniste, la maire de Taverny Val-d’Oise et conseillère régionale d’Ile-de-France revendique une ligne de « droite, ni au centre, ni d’extrême droite ».
  • La candidate souhaite que le parti redéfinisse sa ligne plutôt que recréer des courants en son sein, à l’image de l’UMP des années 2000.
  • Florence Portelli déplore que le favori Laurent Wauquiez soit « déjà candidat à la présidentielle » et dise « tout et l’inverse» «sur des sujets fondamentaux ».

Florence Portelli est candidate à la présidence du parti Les Républicains (LR). Ses concurrents s’appellent Maël de Calan et Laurent Wauquiez, favori du scrutin de décembre 2017. Incarnant une ligne de droite, « ni de centre ni d’extrême droite », l’ancienne porte-parole de François Fillon à la présidentielle souhaite installer plus de méritocratie et de transparence au sein du parti Les Républicains. En s’opposant à « certains qui se sont donnés les pleins pouvoirs, et marchent dans un système de cooptation à l’ancienne »…

L’ex-directeur de campagne de François Fillon publie ce jeudi un livre dans lequel il décrit un candidat sans empathie et peu investi. En tant qu’ancienne porte-parole, avez-vous ce souvenir ?

Je me suis engagée avec moi-même de ne pas commenter ce que j’ai vu, entendu et vécu pendant la campagne présidentielle. Ayant été porte-parole de campagne de François Fillon, j’aurais l’impression qu’en en parlant, je cracherais dans la soupe parce qu’il y a eu une défaite.

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Êtes-vous la gardienne du temple filloniste ?

Non. Je ne suis ni fanatisée ni sans libre arbitre. François Fillon avait un programme qui me plaisait bien. Après, il y a des sujets qui me sont propres et que je rajoute à cette base, comme la défense des collectivités locales, les fractures sociales et territoriales et les questions de culture et d’écologie.

Avez-vous une place au sein de Force républicaine, l’ancien microparti de François Fillon, et dont la présidence vient de revenir à Bruno Retailleau ?

Je concours à être présidente des Républicains, je ne cherche pas de place ailleurs. J’ai été référente départementale de Force Républicaine et considère qu’il avait du sens quand François Fillon y était. Mon combat est désormais le parti.

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Vous faites de la méritocratie un axe fort de votre candidature. Votre plus longue expérience professionnelle a été auprès de votre père, maire, qui a été aussi sénateur et président d’agglomération. Êtes-vous un exemple de la méritocratie ?

C’est une façon curieuse de présenter les choses mais aussi un parti pris. J’ai été recrutée, pour mon premier travail, par le député Henri Cuq et non par mon père qui n’était d’ailleurs pas parlementaire à cette époque. Je ne dois ce travail qu’à mon propre mérite. Ensuite, j’ai conseillé mon père et j’ai eu un rapport que certains ont comparé à celui de Claude Chirac à son père. Et on n’a jamais reproché à  Claude Chirac d’avoir conseillé son père car elle était compétente. Mon père est quelqu’un de formidablement intelligent, mais c’est moi qui l’ai conseillé et pas l’inverse. Enfin, concernant mon mandat local [La mairie de Taverny, dans le Val-d’Oise, conquise en 2014] je ne l’ai pas hérité. Taverny n’était pas dans la circonscription de mon père et c’était une ville de gauche que l’on disait imprenable. J’ai voulu faire mes preuves dans une élection difficile, et ainsi montrer que je le méritais.

Selon un questionnaire soumis aux adhérents LR cet été, 70 % des adhérents sont contre les primaires. Comment réagissez-vous alors que vous défendez ce principe ?

On a posé cette question au lendemain d’une défaite hyper traumatisante. Si on avait gagné, les militants auraient dit que la primaire est formidable. Ensuite, je ne vois pas qui pourrait s’imposer naturellement aujourd’hui. Pour cela, il faudrait que l’homme ou la femme présidentielle existe, or je ne suis pas sûre que ce soit dans l’ADN de nos femmes et hommes politiques actuels, même si certains sont de grande qualité. La primaire est un bon processus démocratique, à l’instar de ce que font les Américains avec les Caucus [Les électeurs ne peuvent voter qu’une seule fois].

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Vous souhaitez « supprimer la double appartenance à un parti politique » alors que les « Constructifs » qui se constituent en mouvement politique prévoient cette double appartenance. Votre proposition serait-elle sectaire ?

Non, ce n’est pas être sectaire, c’est faire un choix. Et faire des choix n’est pas honteux. C’est comme la polygamie : je ne reproche pas aux Constructifs d’aller voir ailleurs, mais s’ils créent leur propre parti, il faut qu’ils assument jusqu’au bout.

Selon votre concurrent Maël de Calan, « ce n’est pas l’excès de courants mais le rétrécissement politique qui a tué la droite ». Adhérez-vous à cette réflexion ?

Maël de Calan a tellement élargi sa ligne qu’il a mis Emmanuel Macron sur ses affiches de campagne [aux législatives]. Je ne souhaite pas rétrécir la ligne du parti, mais la définir. Les gens viendront ensuite ou pas. Il ne faut pas faire l’opération à l’envers, en additionnant des courants et en distribuant des postes dans des perspectives électoralistes, et tenter de tirer de ce magma des semblants de lignes.

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Que manquerait-il à votre concurrent Laurent Wauquiez, favori du scrutin ?

Il a des qualités et est intelligent. Mais je pense qu’il est déjà candidat à la présidentielle, alors que ce parti a suffisamment souffert d’avoir servi des logiques électorales. Et on ne sait pas ce qu’il pense sur des sujets fondamentaux comme l’Europe, car il dit tout et l’inverse. J’aime suivre des gens qui ont une constance, pour savoir où l’on va.

Déménagement du siège, nouvelle communication, formation renforcée, aide technique et juridique aux élus locaux, budget dédié aux jeunes. Avez-vous chiffré vos propositions alors que le parti accuserait plus de 50 millions d’euros de dettes ?

Tout n’est pas coûteux pas dans mes propositions. Ma proposition de vendre le siège du parti rapporterait de l’argent. Je propose aussi de réaliser un audit sur les dépenses de fonctionnement du parti. Il y aurait sûrement des choses surprenantes. Je pense qu’il y a eu un train de vie et des avantages qui ne sont pas justifiables au regard des finances du parti, voire même qui ne sont pas justifiables tout court.

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Dans votre campagne, vous ciblez les « chapeaux à plumes » du parti. Qui sont-ils ?

Je dis que certains se sont donnés les pleins pouvoirs, et marchent dans un système de cooptation à l’ancienne.

Qui, par exemple ?

On sait que le bureau politique ou la commission nationale d’investiture ont été constitués selon des écuries. J’y ai moi-même été nommée car j’étais filloniste. C’est pourquoi je pense qu’il faut que ne siègent dans ces instances que des personnalités qui ont une expertise ou qui représentent un territoire au lieu de désigner des gens en fonction de telle ou telle écurie pour faire plaisir aux copains.

Que faites-vous le 12 décembre, lendemain du scrutin pour la présidence du parti ? Revenez-vous à Taverny et à la Région Ile-de-France ?

Je ne reviens nulle part car je n’ai ni quitté ma mairie ni le conseil régional. Le 11, je me prépare à affronter le second tour face Laurent Wauquiez, et qui se déroulera le 17. Et le 18 décembre, on se reverra pour vous expliquer ce que je ferai en tant que présidente des Républicains.